Le monde accélère. Sans doute bien trop vite à mon goût. À force de courir après l’instant suivant, le temps se plie, se froisse, puis finit par nous glisser entre les doigts. On ne regarde plus derrière soi. On n’en a plus le loisir. La respiration devient un luxe, le repos une anomalie, et la mémoire récente déjà un territoire flou.
Et pourtant, parfois, au milieu de ce tumulte organisé, quelque chose résiste, la passion. Une bouteille à la mer. Jetée non par un naufragé romantique, mais par cette force impersonnelle qui régit désormais nos existences numériques. IA, algorithmes, mécaniques froides et mercantiles, qui savent de nous plus de choses que notre propre mère. Rien de magique là-dedans. Juste la conséquence logique de nos errances quotidiennes dans les profondeurs de l’écran, à fouiller, renifler, scroller, jusqu’à l’abrutissement.
Alors oui, il arrive que l’une de ces bouteilles s’échoue sur la plage de nos passions. Et qu’à l’intérieur, au lieu du vide ou du gadget, se cache une véritable pépite. Par pitié, ne faisons pas semblant de l’avoir découverte seuls, bravement, dans l’océan sans fond du Metal contemporain. Acceptons la providence, aussi artificielle soit-elle, et ouvrons la bouteille. Simplement. Pour le plaisir. Pour renouer avec cette mélancolie douce et tenace qui nous filait entre les doigts depuis bien trop longtemps.
Amies lectrices, amis lecteurs, vous connaissez mon attirance pour ces albums secrets, ensevelis dans une vallée désertée, figée par l’hiver. Des disques dont l’intensité sonore, le travail sur les voix et la profondeur des ambiances finissent toujours par me faire chavirer. Hollow Decay avec son Anchor Of Madness accomplit ce double miracle.
Je me permets, d’emblée de vous recommander The Demise assez représentatif du groupe pour l’ambiance et globalement se situant à la croisée des autres compositions. Encore plus varié, un des plus long, le plus intense également, il sonne comme l’assemblage de plusieurs compositions. Et le tout forme un morceau profond, surprenant, très bien lié et dense. Il ne s’agit que de mon point de vue, voici un autre morceau exceptionnel, ce Fall So Low. Frais, il claque comme une rafale de vent sur votre joue. On passe de la bisolle (petite bise fraiche) au blizzard qui vous prendra les tripes à 2 minutes 16 secondes (tout pile !). Suffisamment lourd pour me faire comprendre, vous l’avez bien compris, c’est mon morceau préféré.
Cependant en découvrant l’intégralité de l’album, vous ne devriez pas être déçu par cette galette, car chacune des compositions est comparable à ce premier exemple. Le rendu global est extrêmement impressionnant, mêlant de nombreux genres musicaux dans un seul et unique morceau. Portez une attention particulière à ce Transcend si enthousiasmant.
Pour être beaucoup plus précis : Ça claque, fort selon une production soignée, mais que l’on ne retrouvera pas dans les exemples d’un You Tube aphone et déposés ici ... Ça rentre en tête, vite, et s’enchaine sans ennui. Ça tourne à fond et en boucle sur l’ampli. Écoutez cela aussi, Corruption, qui frise avec un Metal Prog intense, ou le sublime Anchor of Madness très très MPE.
Fans de Be’Lakor, des Insomnium, de la nervosité des MPE (Mors Principum Est) ou du côté sombre des Dark Tranquility, attention, notre mono Australien de Hollow Decay (Daniel Lovriha) ou pas, est (ou sont) définitivement là pour vous faire découvrir leur capacité à évoquer le désespoir par le biais de belles mélodies superposées à une atmosphère sombre et digne des Highlands (régions pourtant non australienne). Une sorte de pont fortement ancré entre les rives de la beauté et celle de la noirceur. Les voix éthérées, prog ou celle de l’ogre vous plongeront dans la rivière sinuant sous ce pont.
L’accent mis sur le son de la guitare mêlé au groove très technique de la basse est hypnotique. Le haut niveau de créativité affiché dans les limites d’un genre bien défini est bel et bien décroché. Anchor Of Madness est un album à la fois monstrueusement solide et extrêmement diversifié. Je nous souhaite également de découvrir un jour ce compositeur accompagné d’autres artistes sur scène. Merveille de cette fin d’année, assurément.
Tracklist d’Anchor Of Madness : 01. Transcend 02. Zero Hour 03. I Am the Night 04. Through It All 05. Corruption 06. Igniting the Flames 07. The Demise 08. Into the Fire 09. Anchor of Madness 10. Fall So Low