À la diligence des mots suspendus, quelques groupes semblent plus importants que d’autres.
Je ne parle pas des « Grands Groupes », ces mastodontes du Metal, souvent d’outre-mer, dont on nous rebat les oreilles à grands coups de musiques flatteuses, de clips tape-à-l’œil et d’affiches surdimensionnées. Et qui parfois, si ce n’est le plus souvent, devraient demeurer outre-tombe.
Non, eux ont déjà leur place au sommet, tout là-haut, en lettres majuscules, bien ancrées dans l’imaginaire collectif.
Je pense donc plutôt à ces petites formations, discrètes, mais sincères, qui ne cherchent pas à hurler (encore que..) pour exister, mais qui murmurent à ceux qui prennent le temps d’écouter.
Parfois, ces groupes réapparaissent dans nos mémoires à l’occasion d’une rencontre fortuite, d’un album qui vous happe et vous transporte.
Prenons Hand of Kalliach, par exemple, ce duo écossais, couple à la ville, qui trace depuis 2020 un sillage sonore singulier, entre folklore et fureur. Pas de grandes déclarations, pas de paillettes, mais une musique qui vibre d’un souffle ancien et d’une énergie presque tellurique.
Leur dernier album, Corryvreckan, emprunte son nom au mythique maelstrom écossais, et cela tombe à pic : il tourbillonne, il gronde, il déferle et il emporte tout sur son passage. C’est un album où chaque note semble convoquer un paysage sauvage, où chaque voix – celle, puissante et saturée de John, ou celle, aérienne, éthérée et lumineuse de Sophie – dessine des contrastes saisissants.
Et si le contraste se situe au cœur de leur art, il n’est jamais forcé. Il y a dans leur musique une épaisseur, une justesse qui désarment. Comme un vieux conte celtique raconté au coin du feu, où l’on alterne entre ombres et lumières, entre le rugissement des éléments et le murmure des âmes. Le Metal mélodique et le folk celtique se croisent comme deux rivières sinueuses, pour se rejoindre parfois et s’éloigner presque aussitôt : parfois tumultueux, parfois apaisés, mais toujours irrésistiblement balançant.
Corryvreckan, c’est une prouesse technique, avec un seul musicien, John, qui fait tout le job. C’est aussi une prouesse musicale, un album concis, de neuf morceaux, où rien ne dépasse, mais où tout déborde d’intensité. Les riffs y claquent comme des vagues sur les rochers, et les mélodies, parsemées de touches électro-futuristes, évoquent un monde à la fois ancien et étrangement moderne. C’est un équilibre rare, que peu parviennent à atteindre.
Certes, on pourrait lui reprocher un léger relâchement au milieu du parcours – un instant de calme dans cette tempête musicale. Mais n’est-ce pas là, aussi, le charme de ces œuvres qui prennent le temps de respirer, avant de repartir de plus belle ?
J’ai particulièrement apprécié l’inventivité, la cornemuse et les nappes dans Unbroken You Remain, la rythmique échevelée dans The Cauldron, l’ambiance la plus proche de Draconian dans Three Seas ... et tout le reste que vous prendrez soin de découvrir, vous trouverez également des pistes bien musclées, comme Dìoghaltas ou Cirein-cròin.
Alors, amies lectrices et amis lecteurs, laissez-vous porter. Laissez Hand of Kalliach vous entraîner dans ses flots indomptés, là où le Metal rencontre l’éternité des légendes celtes. Oui, Corryvreckan est un album d’une rare justesse, une œuvre qui, à l’image de son nom, vous aspire et ne vous relâche qu’une fois digéré.
Oui, Hand of Kalliach, votre musique est une invitation aux voyages celtiques, un hymne à la beauté brute et sauvage des paysages écossais. Que personne ne vous oublie, car vous n’appartenez ni à un genre ni à une époque : vous appartenez à l’imaginaire. Il m’aura fallu une bonne année pour m’en apercevoir ...
Tracklist de Corryvreckan :
01. Three Seas 02. Fell Reigns 03. Dìoghaltas 04. Cirein-cròin 05. Deathless 06. The Hubris of Prince Bhreacan 07. Unbroken You Remain 08. The Cauldron 09. Of Twilight and the Pyre