Après un premier effort éponyme en 2019, puis La Banalité du Mal, voici le troisième LP de Gros Enfant Mort : Le Sang des Pierres. Le groupe poitevin poursuit sa musique viscérale, mêlant toujours émotion brute et regard critique sur la société. Déjà reconnu pour son screamo francophone habité, il signe ici un album qui ne cherche plus la catharsis, mais la survie. Les premières informations distillées évoquent un disque enraciné dans « l’épuisement » et « l’effondrement », transformant cette fatigue existentielle en un refus de plier.
Musicalement, l’album regorge de contrastes, des guitares capables d’être aussi bien décapantes que mélodiques, des rythmiques nerveuses, des passages planants, ou encore des montées en puissance insidieuses qui explosent sans prévenir. Le groupe sait manier les ambiances, parfois au sein d’un même titre. Prenez l’ouverture: Cloué au sol est un parfait exemple, avec ses deux parties bien distinctes, mais le groupe peut aussi offrir à chaque morceau une identité singulière. Il suffit d’écouter le très direct 3114 et le morceau Le Sang des Pierres pour mesurer l’écart, bref deux salles, deux ambiances. Gros Enfant Mort maîtrise l’art du contraste, entre passages suspendus, presque post‑rock, et brutalité plus directe héritée du hardcore... La fragilité est ici aussi importante que la violence.
Le chant, parfois parlé, crié ou murmuré, constitue l’une des signatures du groupe. Quoi de plus naturel dans le screamo ? Les textes, tous en français, oscillent entre poésie brute, journal intime et colère primaire. Ce véritable champ d’émotions dessine un manifeste des failles qui nous habitent et que l’on dissimule inlassablement pour continuer d’avancer.
Le titre Saigne ! Saigne ! Saigne ! accueille Logan Rivera, du groupe américain Gillian Carter. Ce morceau tendu et nerveux crée un pont évident entre la musique des Français et leur affinité avec la scène US. J’aurais d’ailleurs tendance à situer Gros Enfant Mort quelque part entre les Caennais d’Amanda Woodward et les Américains de Funeral Diner. Autre point révélateur de leur volonté de dépasser les frontières et les conventions, l’album sort en vinyle, CD et cassette sur quatre labels différents : deux français, un allemand et un canadien.
Gros Enfant Mort est définitivement un groupe comme on en croise peu. Il est fait d’une matière artistique d’une rare intensité. Sa musique, son expression, les émotions ressenties et transmises sont remarquables. Cet album m’a renvoyé à tellement d’autres disques des années 90 que je ne peux pas lui attribuer un coup de cœur, mais il y avait longtemps que je n’avais pas pris un album de cette trempe en pleine figure.
Tracklist de Le Sang des Pierre :
01.Cloué au sol 02. Saigne! Saigne! Saigne! 03. Château de cartes 04. 3114 05. Étranger à la Terre 06. Paillasson 4ever 07. L’art de perdre 08. Merci les cendres 09. Le sang des pierres