Certains concerts dépassent la simple performance pour devenir des jalons, des repères, des instants où un groupe et un public se rencontrent au sommet. Le passage de Dvne au Hellfest 2023 fait partie de ceux-là.
Pourquoi cette chronique ? Parce que Etemen Ænka, chef‑d’œuvre sorti en 2022, n’avait jamais été chroniqué sur notre page, et que cet album live offre l’occasion idéale de réparer cet oubli. Mais surtout parce que ce set, dense, habité, magistral, a marqué la Valley comme peu de concerts savent le faire.
On se remet dans le contexte du concert. Ce jour-là, l’attente était palpable. La Valley, désormais ouverte sur l’extérieur, faisait face à une foule compacte de plusieurs milliers de personnes. On voit d’abord Victor Vicart (guitare, chant), fier représentant français du groupe basé en Écosse, saluer le public. Le rejoignent ensuite Dudley Tait (batterie), Dan Barter (guitare, chant) et Greg Armstrong (basse). Enfin, Maxime Keller, autre Français et désormais membre incontournable, s’installe derrière ses claviers.
Quelques réglages, un souffle suspendu… On envoie le son et le voyage commence.
Dès les premières notes de Towers, on plonge dans l’univers tentaculaire de Dvne. Sur album, la pièce frôle les dix minutes ; en live, elle gagne encore en relief. Le mix est limpide, chaque instrument trouve sa place, et l’on sent qu’un soin particulier a été apporté à la restitution sonore. L’intensité brute du concert est intacte, mais sublimée. Le groupe enchaîne avec Court of the Matriarch. Les strates de guitares se déploient, mêlant riffs massifs et arpèges lumineux. Victor, visiblement ému, remercie la foule avant d’entamer Mleccha. La tension ne redescend jamais. Impossible de ne pas souligner les interventions de Maxime Keller : discrètes mais essentielles. Ses nappes, ses touches électroniques, ses respirations synthétiques ajoutent une dimension supplémentaire. Elles se marient parfaitement aux structures complexes du groupe, renforçant cette atmosphère mystique propre à Dvne. Cette architecture sonore éclate particulièrement sur Si-XIV, précédé du petit interlude électro Adraeden, qui prépare subtilement la montée en puissance.
Après un second interlude, Weighing Of The Heart, vient Omega Severer, autre pièce maîtresse de Etemen Ænka. L’intro, portée par Greg et Maxime, monte progressivement en intensité. Les chants clairs et growls s’entrelacent, les passages calmes explosent en déferlantes, les solos s’envolent, la rythmique écrase tout. Une composition totale, immersive, qui résume à elle seule la force de Dvne.
L’intro familière de Satuya retentit pour un final en forme de rituel. Dix minutes de montée, de tension, de libération. L’intro instrumentale, longue et majestueuse, installe une atmosphère quasi cérémonielle avant que la tempête ne se déchaîne. On entre en transe, porté par un final d’une intensité rare.
Cette captation sonore ne se limite pas à reproduire les huit morceaux joués d’Etemen Ænka : elle les élève. Ce jour-là, nous avions assisté à la prestation d’un groupe uni, précis et habité, offrant une performance mémorable. Un instant intense et suspendu, qui restera inscrit dans l’histoire du Hellfest ainsi que dans celle de Dvne grâce à ce Live At Hellfest.