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Artiste/Groupe:

Dimmu Borgir

CD:

Grand Serpent Rising

Date de sortie:

Mai 2026

Label:

Nuclear Blast Records

Style:

Black Metal et Sympho teinté de Gothic

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16.5/20

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Pendant qu’une partie de l’Europe distribue ses « twelve points » à des hommes déguisés en lampadaires fluorescents, à des pingouins sous kétamine ou à des "performers" atomiques qui semblent avoir perdu un pari dans une friperie berlinoise, certains continuent encore à pratiquer un art plus ancien. Plus pur. Plus difficile aussi.

Car pendant que l’Eurovision célèbre le triomphe du brushing waterproof et de la chorégraphie inclusive sous stroboscopes, Dimmu Borgir, eux, continuent d’invoquer les ténèbres depuis les fjords norvégiens avec le sérieux liturgique d’un conclave satanique.
Et franchement… entre un « Papa Pingouin » teinté de ridicule et un Grand Serpent Rising au sérieux absolu, mon choix sera vite tranché.

À leur apogée, Dimmu Borgir dégage aujourd’hui une majesté maléfique absolument fascinante. Le groupe règne sur son royaume noir avec un mépris impassible et une certitude absolue quant à son mandat impie. C’est précisément cette alliance de grandeur, de théâtralité et de mélodrame qui avait happé son socle de fans inconditionnels… et qui continue de maintenir mon intérêt malgré les interminables silences entre les albums (11 années si je compte bien..).

Depuis 1993, Shagrath et Silenoz façonnent un black Metal symphonique où l’acrimonie de la seconde vague se voit transcendée par des mélodies mélancoliques et des orchestrations gigantesques. Une sorte de rencontre improbable entre Gorgoroth et Nightwish. Oui, ce grand écart est honteux… mais l’image fonctionne merveilleusement bien. Non ?!

En 2000, l’arrivée de Galder avait renforcé cette mécanique infernale. Pendant près d’un quart de siècle, le trio aura sculpté un black Metal monumental, sophistiqué, souvent pompeux… mais suffisamment habité pour éviter la caricature. Son départ en 2024 pouvait donc faire craindre le pire. Une sorte de « Temu Borgir », version discount du mal absolu.

Finalement, Grand Serpent Rising réduit rapidement ces craintes en cendres.
Comme toujours, le groupe déploie une théâtralité extravagante à travers un black Metal luxuriant, saturé d’orchestrations et d’atmosphères hantées. Depuis Death Cult Armageddon, les éléments symphoniques n’ont cessé de prendre de l’ampleur, mais ici, ils paraissent enfin totalement intégrés au cœur même des compositions. Là où Eonian pouvait parfois donner l’impression d’un gigantesque buffet baroque où tout le monde parlait en même temps, Grand Serpent Rising respire davantage. Chaque instrument trouve sa place dans cette cathédrale sonore.

L’introduction de Tridentium, portée par des cordes funèbres et des récitations spectrales, ouvre les portes du sanctuaire, particulièrement cinématographique, rayon film d’horreur. Puis Ascent déboule avec ses blasts féroces, ses riffs incisifs et son refrain haletant, rappelant que Dimmu Borgir demeure avant tout un groupe de black Metal, même lorsqu’il porte une cape longue de huit mètres. Pour tout dire, ça déménage sévère.

As Seen in the Unseen poursuit cette dynamique avec une brutalité presque euphorique, tandis que The Qryptfarer vous plongera dans un monde lourd, malsain et labyrinthique. Le piano spectral et les synthés aériens y apportent une profondeur remarquable. Une pièce maîtresse de l’album dont les qualités explosent pile poil au milieu de la piste, assurément enthousiasmante.

Mais c’est peut-être Repository of Divine Transmutation qui marque le plus durablement. Guitares acoustiques introductives, accélérations blastées, mélodies sinueuses, soli grandioses… le morceau ressemble à une procession ésotérique avançant lentement vers un gouffre magnifique. Sublimement beau, méritant ses 5 étoiles.

Même chose pour Slik Minnes en Alkymist, très heavy dans l’esprit (bon tout est relatif..), presque hypnotique, avec ses passages parlés et son parfum de retour aux sources. Phantom of the Nemesis, lui, convoque l’ombre industrielle de Puritania dans un déluge orchestral, parfois dissonant et particulièrement réussi. Une très belle fresque relevée par des chœurs portés par les meilleures intentions du style. Je vous laisse vous faire votre propre idée sur The Exoneratedque j’ai trouvé pour ma part déboulonnant. Mention spéciale à Gjǫl, l’instrumentale indispensable, qui clôture la galette par une belle respiration.

Et derrière tout cela, le batteur Daray réalise lui aussi un travail colossal. Sa frappe naturelle, organique, redonne au groupe une puissance physique qui manquait parfois sur les productions précédentes. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Soixante-neuf minutes, c’est immense. Dimmu Borgir adore les fresques gargantuesques, parfois au détriment de l’impact immédiat. Quelques minutes de moins auraient sans doute renforcé l’ensemble. Mais paradoxalement, cette densité participe aussi au charme de la galette : Grand Serpent Rising exige du temps, de l’attention, presque de la dévotion. Les impatients décrocheront peut-être en route. Les autres y construiront probablement leur propre cathédrale intérieure ou d’autres trucs et machins.

Au final, Dimmu Borgir convertit ce qu’il savait faire de mieux. Le groupe a affiné un style qu’il maîtrise désormais avec une assurance souveraine. Et c’est peut-être cela le plus impressionnant : après plus de trente ans de carrière, malgré les changements de line-up, malgré les attentes interminables et les débats sans fin sur leur supposée « trahison » du black Metal originel, nos norvégiens continuent de produire une musique immédiatement identifiable. Flamboyante. Excessive. Grandiose.
Et oui parfois merveilleusement ridicule dans son sérieux absolu.

Amies lectrices, amis lecteurs, si vous n’êtes pas fondamentalement opposés au black Metal flamboyant, ce dernier opus saura vous stimuler, vous captiver et peut être même vous renverser. A découvrir absolument sur grande scène où le groupe prend toute sa place, une place énorme au Panthéon des formations dotées de vie.

Pour conclure (enfin !), pendant que certains chantent avec des mascottes géantes sous pluie de confettis biodégradables, Dimmu Borgir continue de bâtir des temples sombres à coups de riffs et d’orgues liturgiques. Et cette année encore, les véritables « twelve points » sont venus de Norvège.

Traclist de Grand Serpent Rising :

01. Tridentium
02. Ascent
03. As Seen in the Unseen
04. The Qryptfarer
05. Ulvgjeld & blodsodel
06. Repository of Divine Transmutation
07. Slik minnes en alkymist
08. Phantom of the Nemesis
09. The Exonerated
10. Recognizant
11. At the Precipice of Convergence
12. Shadows of a Thousand Perceptions
13. Gjǫl

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