Il suffit de regarder la pochette de leur album pour comprendre qu’on va se retrouver plongé au milieu des années 60, avec toutes ces photos aux couleurs pastels, la naissance de la caméra et pas que d’ailleurs. Damantra est avant tout un groupe bien ancré dans le monde actuel. Composé à l’origine de Melanie Lesage au chant et de Virgil Jennevin à la guitare, le duo s’est exilé de sa Franche Comté pour poser ses valises à Toulouse et faire la rencontre du batteur Teddy Chretien et du bassiste Robin Fleutiaux pour compléter le groupe. Après un premier LP en 2019 (Broken) et quelques EP, c’est le second album que Damantra nous propose ici. Influencé par Rival Sons et Blues Pills entre autres, c’est donc vers ces univers que le groupe va puiser son inspiration, mais pas que, les références sont nombreuses et renvoient souvent l’auditeur vers cette fameuse phrase : « ah ouais ! On dirait… » mais toujours sur des références bluesy ou seventies forcément. Il suffit de voir la pochette entre typographie marquée, le côté flower power et la caméra super 8 pour voir dans quel univers le groupe va nous emporter à fond, sans regarder dans le rétro.
Dès Reach Out For Me, le groupe pose les bases de son univers avec un blues psyché et écorché.
Un départ en douceur qui va accélérer avec Slow It Down plus rock porté des bonnes grosses guitares au son saturé. C’est plus mordant, plus concis et au final très bon. Ce son « à l’ancienne » est toujours mis en avant sur The Game avec des riffs et une guitare rythmique qui font un gros boulot. Le chant de Mélanie n’est pas sans rappeler les chanteuses écorchées des seventies, Janis Joplin en tête. Ca envoie, y’a pas à dire.
L’enchainement avec Big Girl montre l’apport de lignes d’orgue qui donnent un plus, c’est indéniable avec toujours ce côté daté mais néanmoins moderne. Le groupe poursuit sur sa lancée de titres qui font mouche. La première face se clôture sur Sweet Little Girl, un duo chant / guitare acoustique en arpèges, et rien, d’autre. Un morceau tout en douceur sans aucun artifice. Alors oui ce n’est pas metal pour deux sous, mais qu’est-ce que c’est bon.
Allez, on tourne le disque et on attaque la face B avec Deep Into My Eyes, entre trip psyché et rock envoutant, le groupe trouve un curseur original pour nous embarquer très loin dans leur univers. Le solo est extra avec cet effet de trainer en longueur. On repart sur un rythme plus lourd et un son de guitare plus brut et accordé très bas avec Let Go et avec le timbre vocal de Mélanie, tout se marie pour un très bon titre bien punchy. Après un planant et encore très psyché Jekyll And Hide, Damantra repart sur une grosse ligne de basse et rythmique plus pushing avec Mr Woop Woop. C’est presque punk dans les lignes de chant par moments, mais là aussi c’est maitrisé et donne une couleur originale à cet album.
Pour clôturer la face B, le groupe nous offre I’ve Been qui propose un chant écorché et habité dans cette ballade en mid-tempo. Les arpèges accentuent un peu plus cet aspect pour un final en apothéose de ce Better Off This Way.
Il n’aura fallu que dix titres à Damantra pour nous replonger dans cette période très singulière du psychédélique seventies US. C’est brillamment exécuté puisque l’auditeur se rappelle à son bon souvenir de groupes de cette période presque sur chaque titre (je laisserai l’auditeur se faire ses propres ref’ sur le sujet). En tout cas c’est un album vraiment plein et complet, de ceux qu’on ose presque plus imaginer possible que nous délivre Damantra. Sublime !