Encore un chantier compliqué que d’expliquer l’histoire de Coronatus. La dernière fois qu’un de leurs albums avait été chroniqué sur notre webzine c’était par la plume de l’excellent Orion qui avait conclu « il manque encore quelque chose à Coronatus pour passer à la vitesse supérieure. Le problème est qu’on en est déjà au quatrième album du groupe. Donc, si déclic il doit y avoir, il faudrait qu’il arrive vite, maintenant ». Et cette conclusion date de 2011, c’est dire si les attentes concernant l’auteur de ces lignes sont grandes. Grande découverte donc que ce groupe dont le line up est une évocation à lui tout seul. Parce que du groupe fondé par le chanteur Giorgios Grigoriadis et le batteur Mats Kurth, il ne reste que ce dernier dans la mouture actuelle. Et depuis sa création en 1999 (alors ok oui il s’est quand même passé 27 ans jusqu’à aujourd’hui) le groupe a vu passer rien moins que 38 membres en son sein, je ne m’amuserai pas à citer tout le monde, ça va lasser rapidement.
Comme évoqué lors de précédentes chroniques, la spécificité du groupe est la présence de deux chanteuses qui font le marqueur du groupe. Pour cet album il s’agit des mezzo sopranos Leni Eitrich et Sabine Prechtel, toujours accompagnées par Nemesis. Pour le reste du groupe on retrouve Tine Jülich au violon, Harry Zeidler à la guitare, Simon Gutbrod à la basse et donc Mats Kurth derrière les futs. Dreadful Waters, onzième album du groupe est précédé par le single The Maelstrom, inspiré par la nouvelle d’Edgar Poe, dont je ne saurais que conseiller la lecture, foi de votre humble serviteur. Le combo propose toujours ce qu’il sait faire de mieux, un metal symphonique, presque epic ou pirate metal, mais moins gothique que par le passé. Ce titre est bien sympa car il propose un metal bien puissant et porté par une belle frappe.
Mais là où le groupe prouve la maitrise de son art, c’est quand il prend le virage de l’opéra metal et associe le chant lyrique aux riffs musclés et à la batterie soutenue. A l’écoute de The Ship’s Cook on se retrouve plongée dans cet univers avec un titre complet et complexe, mélodique et lyrique, bref, en un mot, le genre de morceau dans lequel le groupe devrait diriger ses idées à chaque fois. Ici tout y est pour l’un des meilleurs titres de cet opus. On retrouve cette ambiance par ailleurs sur The Siren par exemple, mais c’est dommage de ne pas en avoir plus.
Coronatus va aussi explorer d’autres univers sur Dark Ice avec une sorte de gothique metal qui renvoie à des images de sorcières, mais surtout avec le sentiment que le groupe joue avec le pied sur la pédale de frein, ce qui est fort dommage car l’idée de départ était bonne.
Et impossible de conclure ici sans évoquer le titre final de Dreadful Waters, Die Hexe Und Der Teufel. Une grande envolée lyrique chantée dans leur langue d’origine (qui n’est pas la plus musicale, c’est le moins qu’on puisse dire). L’alternance entre le chant masculin et féminin, et cette ballade tout en suspension en font presque oublier, et rien que pour ça on peut féliciter le groupe. Ce nouvel album de Coronatus est cohérent et bien construit. Une belle découverte que ce groupe allemand qui mériterait probablement d’être plus connu dans l’Hexagone. Le problème c’est qu’ils ne tournent pas par ici, le seul moyen d’aller les applaudir est de passer la frontière et d’aller dans leur pays d’origine. Comme disait Orion au début de cette missive : « le groupe doit passer à la vitesse supérieure ». Alors oui ils l’ont fait, mais pas assez vite, il reste encore du chemin au regard de leur talent.
Tracklist de Dreadful Waters : 01. The Maelstrom 02. Through The Brightest Blue 03. To The Reef ! 04. The Ship’s Cook 05. Southern Cook 06. The Siren 07. A Seaman’s Yarn 08. Dark Ice 09. Die Hexe Und Der Teufel