Ma première rencontre avec Converge a eu lieu en 2003, grâce à la compilation Unloved and Weeded Out, qui visait à mettre en lumière la période pré-Jane Doe. Ce jour-là, mon petit monde du Metal n’a plus jamais été le même. J’ai évidemment enchaîné avec l’album que je viens de citer, et depuis je n’ai jamais lâché jusqu’à The Dusk in Us. Bloodmoon, à mon sens, n’est pas un album de Converge, mais une collaboration entre musiciens qui s’apprécient, peut-être qu’un autre nom de projet aurait été plus adapté. À l’écoute, malgré une qualité d’écriture indéniable, ce disque m’a profondément ennuyé. Bref, dix ans après ce que je considère être le dernier véritable album, j’appréhende (dans tous les sens du terme) ce nouveau Love Is Not Enough.
Je ne passe pas par la case présentation : le groupe est identique, tout comme ses pochettes et son identité sonore. Dès les premières notes, aucun doute : cette fois-ci, c’est du Converge pur jus. Et là, bordel, qu’est-ce que ça fait plaisir. Le groupe n’a rien perdu de sa férocité, ni de sa capacité à créer des titres à la fois rentre-dedans et totalement instables. C’est une déflagration musicale, sonore et émotionnelle. Des morceaux comme Distract and Divide ou To Feel Something sont très courts, directs, sans aucune forme de compromis. Seul Make Me Forget You offre un léger répit avec un pont qui laisse quelques instants de respiration, mais le reste du titre sonne exactement comme Converge sait si bien le faire.
Mais les petits gars de Boston n’ont jamais écrit un album exclusivement basé sur du frontal, il y a toujours eu une volonté d’expérimenter. Sur l’ensemble de leur carrière, ils ont produit des émotions diverses : introspection, noirceur, étouffement. Les titres Bad Faith, le binôme Beyond Repair (intro instrumental) / Amon Amok, ou encore Gilded Cage ralentissent le tempo et proposent un changement d’atmosphère assez inattendu. Ces morceaux, globalement proches du Sludge, avec leurs textures épaisses et leurs boucles hypnotiques, parviennent tout de même à conserver des mélodies.
Et puis il y a deux titres qui m’ont encore plus surpris, car ils sont probablement les plus éloignés de l’univers initial du groupe. L’excellent Force Meets Presence débute avec un riff digne de Gojira, avant de basculer vers une sorte de punk-black jouissif : le mélange est divin. Le morceau de conclusion, We Were Never the Same, est quant à lui presque un titre rock (à la sauce Converge, n’exagérons rien) avec un duo basse-batterie qui cogne comme Motörhead, tandis que la guitare se balade sur des riffs aussi aériens qu’entêtants. Ce titre sonne parfaitement pour conclure et nous dire au revoir.
Là où The Dusk in Us oscillait entre « sautillement » et mélancolie, Love Is Not Enough est plus lourd, plus sombre, et écrase davantage qu’il n’élève. Ce n’est pas un retour aux sources, mais bien la continuité d’un groupe qui maîtrise évidemment ses fondamentaux tout en ne refusant jamais une excursion dans d’autres univers. Le résultat est un album court, dense, cohérent, qui rappelle pourquoi Converge reste une force unique dans le paysage Metal.
Tracklist de Love Is Not Enough :
01. Love is Not Enough 02. Bad Faith 03. Distract and Divide 04. To Feel Something 05. Beyond Repair 06. Amon Amok 07. Force Meets Presence 08. Gilded Cage. 09. Make Me Forget You 10. We Were Never the Same