Allons faire un tour en Suisse et nos chers voisins. Plus précisément, c’est du côté de la Chaux de Fonds que je convie mon humble lecteur non pour parler horlogerie mais noise rock. Au début de la décennie 2010, Jonathan Nido alors guitariste dans The Ocean et présentant quelques tendances hyperactives a l’idée d’un projet post-hardcore / noise rock et a embarqué deux autres membres de The OceanLuc Hess à la batterie et Louis Jucker au chant. Le résultat : un post-hardcore tendance noisy qui s’est fait remarquer et un groupe plutôt sympa. Difficile ensuite de bien suivre entre splits divers et variés, musiciens qui s’éparpillent à droite et à gauche mais le trio a recruté Kévin Galland (basse) et nous a proposé en novembre dernier un bien bon disque, fiévreux et dynamique.
Jonathan Nido avait profité de la « pause » (imposée) de la crise sanitaire et si chaque membre apporte sa contribution dans le processus créatif, c’est lui qui est à la base des compos. Kevin Galland ayant pris le train en marche (à l’heure forcément !), il a été moins impliqué mais son recrutement est pensé sur du long terme et Coilguns semble vouloir s’imposer dans le temps. Ce Odd Love démarre pied au plancher avec un excellent We Missed The Parade. Guitare fiévreuse, motif de guitare lancinant hyper accrocheur, ce premier titre fait mouche et embarque d’entrée dans la dynamique Coilguns. Les lignes de chant sont parfois déstabilisantes avec le recours au spoken-word par moments qui m’enthousiasment moins (Placeholders, Bandwagoning) mais le groupe varie souvent son propos et dégage beaucoup d’énergie. Moins post-hardcore qu’à ses débuts, ouvertement plus noise-rock, les helvètes envoient la sauce en étant plus accessibles. Le tout tient vraiment bien la route, un rock presque garage qui fait son effet, truffé de parties endiablées qui mettent la banane.
Aussi le groupe a été ambitieux avec un processus de production plus abouti, des démos très travaillées et le recours à un producteur extérieur Scott Evans qui a traversé l’Océan Atlantique pour venir les enregistrer. Coilguns se donne les moyens en dépit d’un discours assez typiquement suisse avec une ambition affichée plus modeste. C’est que le suisse n’est pas connu pour avoir des visées impérialistes, amoureux de ses montagnes qu’il est aimant la discrétion. N’en demeure pas moins que Coilguns se débrouille bien, enthousiasme avec un noise rock qualitatif et satisfaisant. Une bonne surprise venant d’un pays décidément admirable.