Birds Of Nazca est un duo nantais formé en 2019 par Guillaume Kerdranvat (Guitare) et Romuald Chalumeau (Batterie), qui propose un Stoner/Doom entremêlé de Heavy Psché. A l’instar d’une précédente chronique (Da Captain Trips), le moins que l’on puisse dire c’est que j’avais quelques attraits d’emblée pour l’univers dépeint mais aussi des interrogations d’une part par le côté restreint de la formation et d’autre part par le choix d’un projet uniquement instrumental.
Ceux qui ont puisés leur nom dans les célèbres géoglyphes de la civilisation précolombienne au sud du Pérou m’ont bluffés et convaincus avec ce second album Pangea qui sortira tout début octobre 2025. A la réception du CD j’ai déjà comme j’aime à le faire pris le temps pour l’objet, l’Artwork magnifique de Léo Girard m’invitant à plonger dans ce qui allait être une fois de plus un voyage sensoriel, musical et émotionnel.
Quand certains prennent leur temps pour s’installer, on peut dire que B.O.N (Birds Of Nazca) lui ne fait pas dans la dentelle avec Batagaïka. Dès les premières secondes on est dedans, un Stoner lourd empli de groove et de Post Rock, mais attention ce duo n’est pas pour autant " un bourrin sale" des nuances aériennes et mélodiques sont également présentes. Ce premier titre définit à merveille ce qu’est B.O.N (pour ne pas dire ce qui est bon !) à savoir un mur de son instrumental, des gros riffs de Doom hypnotiques mais aussi de la subtilité et une ambiance parfois éthérée. Chaque élément de la Drum (Fut, Cymbales, Snare...) devient un instrument à lui tout seul pour survivre dans ces terres gelées inhospitalières. Gang Rinpoché démarre sur des bruits d’éléments naturels (vent...) qui vous immergent immédiatement et vous conduisent dans un lieu hostile mais dans lequel on a irrémédiablement envie d’emprunter le chemin et de s’y perdre. Cette montagne vous jette un sortilège tout en musique et comme pour la plupart de leurs compositions le morceau est en plusieurs temps, tel un héros qui doit poursuivre plusieurs quêtes afin d’atteindre un but, une terre promise. L’alternance de sons sombres et lourds et de passages plus clairs et mélodiques suffisent à souligner les distorsions d’un monde plongé dans des doutes mais aussi en recherche d’espoir. Moins brut que pour l’ouverture de l’album il se présente comme un titre plus cérébral et est pour moi excellent.
Retour à une approche doom et pesante sur Racetrack Playa, ici la possibilité d’évoluer sans une basse ne se fait pas ressentir tellement on est dans des sonorités dans les graves. Moins de finesse dans le jeu et de variations atmosphériques, choix assumé pour la couleur souhaitée pour ce titre aux airs de grands vides désertiques, qui s’avère tout de même moins efficace chez moi.
Pour Man Pupu Nyor on a de nouveau un apport de sons annexes qui viennent accompagner le duo et qui fonctionne bien. Une touche Heavy Psyché est beaucoup plus présente ici, c’est très réussi, cette direction prouve que les nantais ne tournent pas en rond et savent utiliser toutes les influences qui leurs sont chères pour nous conter leur récit musical. Le tempo se veut assez lent, et les riffs plus discrets, mais dès lors va s’installer petit à petit un rituel chamanique oscillant entre lutte pour et défense contre tout ce qui fait monde autour de soi. Moment parfait pour Birds Of Nazca pour enchaîner avec le morceau Incahuasi qui m’évoque une lutte autochtone face à un éventuel envahisseur céleste, on plonge dans du Fantastique autant dans le sens cinématographique du terme qu’au sens premier du superlatif positif pour ce qui est de la qualité musicale. Un condensé de ce que le groupe fait de mieux et un remarquable travail de production par Alexis Bouvier(Enregistrement), Simon Garette(Mixage) et Jérôme Richelme(Mastering). C’est assurément mon second titre préféré avec Gang Ripoché. On arrive sur l’interlude qu’est Riftus... qui termine d’installer l’auditeur, le pousse à sa propre réflexion et l’emmène vers l’indissociable ...Pangea titre éponyme de ce second opus, qui est très ambiant. Un paradoxe de fin d’album pour exister finalement comme un prologue, une genèse ou un Big Bang sonore conduisant à la création d’une nouvelle ère : Quand tout n’est qu’un cycle infini....
Au final Birds Of Nazca nous montre l’importance du son, avec eux on se rend très vite compte que les notes prennent vie, se propagent en une véritable armée au service de la musique qui nous fait prendre conscience de sa présence depuis la nuit des temps. Moi ils m’ont surpris, car pour faire écho à mon introduction, de prime à bord un disque entièrement instrumental peut faire peur ou paraître lassant. Finalement les 7 titres passent très très vite, à tel point que je l’écoute deux fois de suite, tellement il s’avère efficace. Et puis le fait de n’être "qu’un duo" on ne le ressent pas du tout, ils réussissent à magnifier l’utilisation de chacun de leur instrument. La batterie de Romuald primordiale dans la rythmique, et encore plus en l’absence de basse, prend énormément de place dans la musique et cela me plait énormément. Quand à la guitare de Guillaume elle joue à la fois ce rôle de mélodie mais aussi parfois de rythmique et remplace aussi ce "chant" absent. Ce duo d’instruments est une association rythmique et mélodique dans une harmonie où finalement les deux "chantent" sans avoir besoin de mots ou de personne pour porter ces mots et cette musicalité.