Artiste/Groupe:

Acanthus

CD:

Pays For Impressions

Date de sortie:

Juillet 2025

Label:

Indépendant

Style:

Metal Symphonique

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16/20

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Certains soirs, le journal télévisé devient un refuge pour les amoureux de musique, parce que c’est aussi son rôle d’adoucir le mille feuilles très pollué des sales news. Quelques minutes volées à l’actualité des brutes de ce monde (redevenu fou), puis, soudain apparaît Audric. Trente-trois ans. Concierge le jour, pianiste le soir. Un homme qui sort les poubelles avec la même régularité qu’il travaille ses gammes, qui distribue des colis avant de déposer ses mains sur l’ivoire. Rien de pittoresque, rien de misérabiliste. Juste un trait de vie, tout simple, modeste comme celui d’un ascète.

Dans cette loge minuscule, coincée entre les nécessités du quotidien, Audric compose, interprète, répète. Un musicien passé par les conservatoires de Tokyo, Berlin, New York, aujourd’hui revenu à une forme de nudité artistique presque dérangeante. Pas de grande scène. Pas de stratégie. Des petits concerts, organisés avec pudeur, portés par une intensité rare. Un homme cabossé par le parcours classique, sans doute brisé par un système et des gens indignes de bosser dans cet univers. Mais un musicien simplement amoureux de son instrument, de ses auteurs phares, un artiste qui a cessé de servir sa carrière au profit de la Musique.

Ce genre de trajectoire ne choque plus vraiment. Elle dérange pourtant. Elle rappelle que la valeur artistique ne garantit ni la lumière, ni la reconnaissance, ni même la visibilité minimale. Et surtout, qu’elle n’en a pas besoin pour exister.

Ce détour par le piano n’est pas un caprice. Il est un point d’entrée.

Car dans l’univers Metal aussi, il existe des Audric. Et Acanthus en fait partie.

Avec Pay for Impressions, le groupe, déboulant de Germanie, livre une œuvre audacieuse, mouvante, profondément imparfaite, et donc passionnante. Un album qui refuse l’uniformité comme on refuserait une camisole. Le Metal d’Acanthus est multiple, traversé d’influences symphoniques, progressives, parfois presque cinématographiques. Une matière dense, travaillée aux petits oignons par le compositeur claviériste, Alexander Thiel, visiblement habité par l’envie de tout dire. La passion de Nigtwish transpire à l’évidence dans ces compositions.

Quand l’album frappe juste, il le fait avec une classe évidente.
From the Bottom impose une tension maîtrisée, Jiyan élève le propos, Bamborderlined joue avec les nerfs et les textures, What We Have Become laisse une empreinte durable, mélancolique sans être plaintive. Ce sont de grands morceaux, écrits avec ambition, intelligence, et un vrai sens du contraste.

La voix y joue un rôle central.
La chanteuse, Lilli Janz, indéniablement talentueuse, possède un timbre capable de moments suspendus, presque célestes. Mais elle est encore jeune, fougueuse, sans doute très généreuse. Il arrive qu’elle sur-joue, qu’elle pousse l’intention au-delà de la justesse parfaite. Ce sont des failles, oui. Mais aussi des signes de vie. Des respirations aléatoires, comme chez un pianiste qui s’abandonne un instant trop loin dans l’émotion.

Les compositions, elles aussi, débordent parfois. Certaines pistes donnent l’impression d’un laboratoire en ébullition, d’idées magnifiques qui se bousculent sans toujours accepter la hiérarchie. Là encore, ce n’est pas un défaut rédhibitoire. C’est le symptôme d’un groupe qui cherche, qui refuse la ligne droite confortable.

Et c’est ici que le fil se resserre.

Audric, derrière son piano droit, n’est pas parfait. Il joue sans filet, dans un espace contraint, avec une valise pleine d’un passé lourd et une liberté retrouvée. Acanthus, derrière ses murs d’amplis et ses orchestrations ambitieuses, avance exactement de la même manière. À hauteur d’artiste. Sans cynisme. Sans calcul de rendement.

Combien de groupes metal extraordinaires vivent exactement la même chose ?
Des musiciens d’une sincérité folle, des albums habités, exigeants, lumineux, qui n’auront jamais les chiffres, jamais l’algorithme, jamais la lumière qu’ils méritent. Pendant que d’autres, plus bruyants que profonds, remplissent les salles et les timelines avec des œuvres tièdes, parfaitement marketées, parfaitement oubliables.

Le monde culturel adore les trajectoires flamboyantes.
Il se méfie des plus discrètes.
Notre monde des chroniqueurs, pâle reflet de l’hyper Monde, donc microcosme du monde culturel est atteint de cette même peste nauséabonde.

Audric, comme ces groupes que nous chroniquons avec obstination, appartient à cette confrérie mal éclairée, éloignée des spots. Celle des artistes qui ne demandent pas “combien ça rapporte”, mais “est-ce que ça vibre”. Ceux qui ont compris que la musique n’est pas un produit, mais un lieu de passage. Un endroit où l’on se retrouve, parfois cabossé, souvent fatigué, mais vivant.

Piano classique ou Metal symphonique, même combat au fond pour les artistes vrais : des notes, du travail, des maux, des compositions variées et cette volonté fragile mais tenace de faire passer quelque chose de plus grand que soi.

Pay for Impressions n’est pas un album lisse, parfait. C’est un premier album, sincère, peut être trop (et alors ?!), parfois brillant, souvent courageux. Un disque qui ne flatte pas l’auditeur pressé, mais qui récompense celui qui va se donner du temps pour l’écouter vraiment. Dans une époque mercantile, pressée, centrée sur l’ego et la performance, rencontrer de tels artistes, fait l’effet d’une respiration, comme une farandole d’étoiles brillantes.

Et peut-être que notre rôle, à nous, pauvres chroniqueurs (doués pour rien), auditeurs passionnés, passeurs, n’est pas de créer des foules artificielles, mais de tendre l’oreille, d’éclairer doucement ces loges bien trop petites pour contenir autant de beauté.

Parce que parfois, le plus grand concert du monde se joue loin de la scène.
Et il serait dommage de ne pas s’arrêter vivre cette respiration bénéfique... il serait encore plus dommage de ne pas suivre Acanthus, sur le long terme.
Amies lectrices et amis lecteurs, je vous prie de bien vouloir me pardonner les dérapages que vous auriez trouvés ici et là ...

Tracklist de Pay for Impressions :

01. From the Bottom
02. Human Reign
03. Fall for the Ink
04. Letter to the Mist
05. The Archaeologist
06. Jiyan
07. Bamborderlined
08. Cemetery Hills
09. What We Have Become
10. Response
11. Death of a Fox

PS : Suivez ce lien pour découvrir Audric le pianiste, https://www.france.tv/france-2/20h30-le-vendredi/8068269-audric-la-loge-du-pianiste.html#about-section

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