JC et ma pomme sommes de retour dans l’antre du Showcase d’Angoulême en ce dernier jour de février pour le Warm Up du Vars Attack ! Une soirée estampillée scène de la Nouvelle-Aquitaine, qui va prouver qu’elle a tout de même sacrément fière allure. C’est Fred, toujours à la barre du Vars Attack, qui comme à son habitude va nous régaler les oreilles avec une programmation dont il a le secret. (Il nous a d’ailleurs promis du lourd pour le Vars Attack officiel… wait and see.)
Le Showcase affiche une belle affluence ce soir pour ce tour de chauffe. L’ambiance dans cette salle est toujours sympa, et on y retrouve quelques habitués de la scène locale. Nous allons nous régaler devant cinq groupes, cinq univers, et une même certitude : ça va envoyer du lourd !
Fosse :
La soirée s’ouvre avec Fosse, un trio qui sent bon l’essence même du rock : brut, frontal, sans fioritures. Quelques pointes de punk viennent secouer l’ensemble, mais c’est surtout la solidité du duo rythmique qui impressionne. La basse, particulièrement travaillée, apporte une vraie structure mélodique, tandis que la batteuse assure aussi les chœurs, donnant une couleur presque garage à l’ensemble, mais parfaitement tenue. Le guitariste, quant à lui, alterne entre rythmiques enlevées et passages plus mélodiques.


Quand le tempo s’emballe, on pense à Motörhead ou à l’énergie débridée de Gâtechien : ça fonce, ça mord, ça refuse de regarder en arrière. Les nombreux passages instrumentaux permettent au groupe d’installer une tension continue, presque hypnotique. Une mise en bouche idéale : simple, efficace, honnête. Bref, le rock qu’on aime, celui qui cogne droit au plexus.
BordEirland :
Changement total d’univers avec BordEirland, formation qui navigue entre rock trad celtique et imagerie pirate du XVIIᵉ siècle. Ici, pas de hurlements, ni même de chant : c’est le violon qui raconte l’histoire, qui mène la danse. Quelques « Yehaaa » ponctuent l’ensemble, mais c’est bien la musique qui nous embarque dans leur univers.
Le public se laisse happer immédiatement : ça tangue, ça virevolte, ça gigue. La guitare acoustique apporte une mélodie tantôt dansante, tantôt folklorique, tandis qu’une rythmique au parfum militaire rappelle les marches celtiques. Le groupe est hyper appliqué, précis dans ses compositions, et la violoniste assure autant l’ambiance que la communication avec la salle.


Soyons honnêtes : je ne suis pas le public cible. Mais force est de constater que le groupe a bel et bien de la musique plein les mains. Et manifestement, le public adhère, c’est bien là l’essentiel.
Gorsed Noctis :
C’est une toute nouvelle mouture de Gorsed Noctis qui se présente à nous ce soir. Uelcos à la guitare et Arios derrière les fûts sont toujours là, le pied de micro punko-sanglier aussi, mais deux nouveaux protagonistes font leur apparition : Albios à la basse et aux chœurs, et Epona (que nous avions déjà croisée avec Grimmoire sous le nom de ZTHX, certainement pour un son plus large...) au chant.
Pour ce qui est de la recette musicale, aucun changement : les Angoumoisins officient toujours dans un Brutal Death Metal du plus bel effet. Ils arrivent sur scène pour casser la dynamique précédente et poser un véritable mur de violence. Avec ce nouveau line-up, le côté Dying Fetus de leur musique est encore plus évident. L’intensité est continue, le jeu de guitare est incroyable, et le duo basse-batterie allie puissance et précision chirurgicale. Techniquement, ça casse, ça cisaille, ça concasse : une véritable tartine de furie.


Epona dégage une présence impressionnante : regard habité, expression vivante, elle mène la charge. Le bassiste, loin d’être un manchot avec ses cinq cordes, assure des chœurs gutturaux qui épaississent encore le son. Et que dire d’Uelcos, qui avec sa guitare huit cordes enchaîne riffs lourds comme un jour de canicule et solos sournois à souhait. Le groupe ne joue clairement pas pour toutes les oreilles et peut rentrer dans la catégorie “musique de musiciens”, mais ils savent aussi balancer quelques riffs massifs qui donnent envie de casser le carrelage avec la tête. Le public ne s’y trompe pas : premier wall of death de la soirée, lancé sans forcer. Une énorme claque.
Exorcizer :
Place au thrash pur jus avec Exorcizer, formation de Limoges bien connue des amateurs du genre. Et ce n’est pas un vain mot : Florent, frontman-guitariste-hurleur, descend dès la première chanson dans le public pour botter quelques culs. Pas de temps à perdre, pas de faux-semblants, la barrière entre le groupe et la fosse n'existe pas.
Steven, le batteur, impressionne lorsqu’il envoie des salves de double pédale dans la durée (assez surprenant pour le style) plantant des banderilles rythmiques qui dynamitent les riffs. Chouzi à la basse reste concentré sur son instrument. Quant à Luke, il doit suivre les riffs de l’intenable frontman. Florent m'évoque un peu Jack Black (au régime, faut pas pousser) totalement possédé, monté sur ressorts, avec une voix râpeuse à la Kreator.


La recette musicale est classique mais diablement efficace. Peu de solos, beaucoup de riffs rapides, parfois proches du black sur certaines accélérations. Ça joue vite, ça joue fort, mais ça manque parfois d’un petit twist pour sortir du cadre du thrash. En revanche, niveau interaction, c’est carton plein : le chanteur est prêt à jouer avec le public sur tous les terrains, y compris celui du jus de houblon. Et ça marche : premier stage diving de la soirée, en beauté. Mission accomplie.
Aodon :
Tête d’affiche de la soirée, Aodon est initialement un projet solo créé en 2016 et porté par M‑Kha, qui s’occupe d'enregistrer tous les instruments. À la lumière de cette info, on est surpris de voir arriver sur scène deux guitaristes supplémentaires, plus une troisième guitare dans les mains de M‑Kha, qui assurera aussi le chant. Viennent ensuite une bassiste et un batteur chargés de porter la rythmique… et c’est une mission, car niveau densité sonore, Aodon en impose.


Le quintet transforme immédiatement le Showcase en cathédrale obscure : nappes de guitares qui s’empilent, se croisent, se répondent, pour un rendu écrasant. M‑Kha, s'occupe principalement du chant ce soir. Il reste concentré, jouant finalement assez peu de guitare pour mieux aller chercher le public. Le contraste entre la violence des blasts et la profondeur des textures rappelle parfois Devin Townsend, mais plongé dans un bain de noirceur. Le batteur est un phénomène : précision chirurgicale, endurance monstrueuse, variations subtiles malgré la vitesse. Le groupe superpose les couches, construit des paysages sonores, et finit par envelopper totalement la salle. Une conclusion qui se voulait à la fois puissante, immersive, et écrasante, bref à l'image du Black Metal.
En conclusion, ce Warm Up Vars Attack confirme une fois de plus sa volonté d’offrir un véritable éclectisme sur scène et de mettre en avant des groupes locaux qui possèdent tous des qualités évidentes dans leur style. Vivement la programmation du Vars !