Très beau plateau en cette semaine passée entre lente décrue de nos rivières et redoux printanier dans notre chère Occitanie. Direction le Bikini décidément très à l’honneur en ce début d’année avec ce soir une très belle affiche. Vacances de février obligent, les étudiants sont rentrés dans leurs pénates et la salle n’affiche pas complet. C’est raisonnable avec un bon deux tiers plein mais vu la qualité des groupes présents ce soir, on aurait pu espérer mieux. Aussi, avec une moyenne d’âge de fait plus élevée, l’ambiance dans le pit sera plus timide ce soir. Pas grave, l’affiche est belle, profitons-en !
Ce soir, ce sont trois groupes expérimentés qui sont là, en commençant par Blood Red Throne. Formé en 1998, le groupe norvégien a déjà douze albums à son actif, une réputation de très solide formation en live et ce n’est pas ce soir que cette réputation va s’étioler. Le dernier disque paru en décembre 2025 ne m’avait pas enthousiasmé à l’extrême, je l’avoue, la faute probablement à une densité de sortie démente dans ce registre. Le groupe arrive alors que la salle est encore allumée. L’ambiance est presque détendue mais très vite les gros riffs déboulent et ça fait mal d’entrée. On croirait les musiciens débarqués de Floride, y a du short, c’est pas tout à fait de saison, pas réellement norvégien mais quelle belle efficacité.
Le guitariste avec son baggie militaire présente de faux airs avec un certain Dimebag Darrell et pousse la ressemblance jusqu’à ne parler que d’alcool entre les titres assure comme un chef. Fait amusant, ce dernier parle au public sans micros renforçant l’effet intimiste de ce concert. Avec leur bière à la main entre les titres, on pourrait croire être en face d'un groupe jeune mais non, nous avons face à nous de grands adulescents qui ont choisi de consacrer leur vie au death metal. Le bassiste Stian « Gunner » Gundersen impressionne avec son jeu aux doigts donnant un vrai groove à ce death très solide. C’est en place, ça tape fort.
Le frontman Sindre Wathne Johnsen hurle ce qu’il faut avec sa voix caverneuse, tout cela est bien envoyé devant un auditoire réceptif bien que plus timoré que de coutume. Il y a bien quelques circle-pits en fin de show mais cela me semble éloigné de ce que les norvégiens peuvent obtenir dans le cadre de purs Fest Metal. Un show solide, un combo très pertinent qui lance la soirée avec ce death velu, percutant. Décidément, après des JO incroyables, on ne peut que se dire qu’ils savent vraiment tout faire ces Norge.
Après cette très bonne entrée en matière, place aux légendaires polonais de Vader. Pour être honnête, c’est la principale raison de ma venue ne les ayant jamais vus en live. Lors de sa chronique de Solitude In Madness paru en Mai 2020, l’estimé Orion regrettait les quatre années d’attente par rapport au précédent disque. Le groupe n’ayant toujours rien sorti depuis, on peut comprendre l’intérêt de cette venue live le groupe se faisant de fait plus rare. Pour parler du concert, ce fut une déflagration. Hyper énergique, maîtrisé de bout en bout, les expérimentés polonais ont tout enfoncé. Avec ce death hyper en place, Vader déroule porté par un Piotr "Peter" Wiwczarek en grande forme, impeccable de présence scénique. Il en profite pour rappeler que le groupe n’est pas venu depuis un certain temps et fait référence à l’ancien Bikini (rasé par l’explosion AZF en 2001), c’est dire si ça date en effet.
Là où Blood Red Throne offrait un death plus interactif faisant remuer le pit, Vader déroule un death mâtiné de thrash / speed hyper intense, pur produit fin années 80 début 90. J’aime bien la complémentarité des deux groupes dans la programmation du soir et le côté rouleau compresseur de Vader fait son effet devant un Bikini complètement embarqué. L’apport de Marek "Spider" Pająk est très précieux et la rythmique Michał Andrzejczyk - Tomasz "Hal" Halicki hyper solide.
Fidèle à sa réputation, Vader écrase tout, rappelle son incroyable pedigree et a délivré un excellent show dans une ambiance démoniaque. Ça laboure et la présence des deux guitares offre une assise incroyable au groupe et les riffs n’en sont que plus puissants. C’est méchamment efficace. L’iconique thème de John Williams sur ce personnage qui a tant marqué la pop-culture des années 80 accompagne la sortie du groupe sous les acclamations d’un public méthodiquement détruit.
Setlist
Sothis
Fractal Light
Wings
The One Made Of Dreams
Reign Forever World
The Book
Cold Demons
This Is The War
Lead Us !!!
Triumph Of Death
Dark Age
Carnal
Helleluyah !!! (God Is dead)
Kataklysm
Et revoilà nos cousins de Kataklysm, réguliers destructeurs de Fest avec leur death vélu, groovy et pourvoyeurs de pits déchainés. Les ayant encore vus récemment lors du dernier Motocultor (avec un très bon show au passage), je n’écrirai pas beaucoup de lignes sur nos estimés québécois. C’est percutant, un death qui envoie bien, ça dégaine toujours autant les bons riffs et les bons plans avec cette communication avé l’accent qui d’emblée vous embarque dans cette lointaine contrée si réputée.
Le groupe sait y faire, tient sa scène. Si je trouve que le groupe est parfaitement calibré pour le modèle festival, en format, c’est un peu plus roboratif surtout après avoir pris deux gros groupes de death en ouverture. L’usure se fait sentir mais Kataklysm sait y faire, ce n’est un secret pour personne.
J’ai bien conscience qu’il s’agit là de la tête d’affiche mais pour moi c’est la parfaite conclusion d’une soirée death bien réussie en ce jeudi soir. Trois groupes valeurs sûres qu’on reverra certainement et pour moi Vader impeccable ce soir. Il aura manqué un peu d’auditoire, un peu de folie mais chouette soirée.