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Le mauvais timing, dans la vie, ça peut nous arriver à tous.
Prenez... moi, par exemple. Quand est-ce que j'ai commencé à sérieusement
m'intéresser à Coroner ? Au milieu des années 90, pile au
moment où le groupe entamait une très longue période d'inactivité. Ce qui
fait, chers lecteurs, qu'en ce 25 septembre, j'ai enfin pu les voir pour... la première fois de
ma vie. Oui, cela fait quelques années qu'ils se sont reformés et tournent (même
s'il a fallu attendre jusqu'à l'année dernière pour enfin avoir un nouvel album) et je n'ai jamais réussi à les voir. Jusqu'à
la semaine dernière.
Le Dissonance Over Europe Tour a donc enfin permis à nos chers
Suisses de revenir dans la Capitale, cela faisait une éternité que ça
n'était pas arrivé. Dans ses bagages, Coroner a emmené les copains
de Tar Pond et un groupe de thrash/death répondant au doux nom de
Schizophrenia. La soirée se déroule dans la salle parisienne La Machine
du Moulin Rouge et le concert est annoncé complet (depuis un bon moment) ! Ca fait plaisir.
Je ne vais pas pouvoir vous dire grand-chose sur Tar
Pond, je ne connais pas le groupe (je sais juste que Markus Edelmann,
l'ancien batteur de Coroner est de la partie) et je ne suis arrivé que sur le
dernier morceau du set. Alors que je m'approche de la scène, je distingue un groupe jouant avec
un éclairage minimaliste, c'est ultra dark (on aperçoit à peine les visages des
musiciens), extrêmement lent... un doom hypnotique à l'ambiance bien travaillée.
C'est pas très "Friday night" comme ambiance... mais il y a quelque chose de véritablement
prenant dans ce que j'entends.
A peine vingt minutes après le départ de Tar
Pond, arrivent déjà les fous furieux de Schizophrenia que
j'avais déjà vu (enfin juste un petit bout de concert) en première partie d'Evil Invaders et Warbringer il y a trois ans de cela. Et là, gros changement
d'ambiance. C'est même le parfait contrepied du morceau de Tar Pond entendu plus
tôt. Brutal, rapide, le thrash/death des Belges est là pour nous anéantir. Bestial,
c'est le mot. Le son est puissant mais pas hyper clair et la partition est telle qu'il n'est pas
toujours facile de distinguer un riff ou une mélodie. On ressent bien le tempo
effréné et on perçoit les cris du frontman/bassiste mais c'est à peu
près tout. L'énergie est dingue, rien à redire là-dessus. Pendant le set, la
scène baigne principalement dans des lumières rouges (sang)... une certaine vision de
l'enfer.
 
Donc, comme dit ci-dessus, pas toujours évident de bien tout
comprendre mais ça charcle. Quatre auditeurs dans la fosse se font d'ailleurs plaisir en se
lançant dans des petits circle pits, juste entre eux. Vers la fin du show, il seront parfois
entre six et huit... on sent le reste de l'assistance plus timide mais tout de même amusée
et pas forcément insensible à la force de frappe du groupe. Certains ont même
été galvanisés par les interventions du frontman : "where the f**k is the energy ??
It's Friday f**kin' niiiight !!!". De mon côté, je ne fais pas trop la différence
entre les morceaux, j'ai parfois l'impression que le titre qui démarre est le même que
celui qui vient de s'achever (j'ai pensé avec un sourire au film Didier d'Alain
Chabat... je vous mets la scène ici) mais c'est fun... et je reconnais tout de même
Necrophiliac de Slayer à un moment ! Et les gars s'activent
avec une conviction qui force le respect. La rapidité d'exécution est impressionnante et
une maîtrise technique certaine est observable (chez le batteur et le guitariste soliste,
notamment). Au final, j'ai l'impression d'avoir assisté à un show de quarante
minutes joué par des petits démons tombés sur un sac de coke et prêts
à tout dévaster.
 
Juste avant que le set de Coroner ne démarre, j'ai
un peu peur. Le concert doit se terminer tôt (une soirée est prévue ensuite dans ces
lieux) et une connaissance me dit qu'il parait que le show sera assez court (genre une heure, dix
titres). Je croise les doigts pour que ça ne soit pas le cas... Bien heureusement, les Suisses
montent sur scène rapidement après Schizophrenia et c'est bien un set
complet - d'une heure et demie - qui va nous être administré. Ouf !
Et quel concert ! Je me suis pris une claque, ni plus ni moins. Bien
sûr, Coroner, c'est un peu froid... et si l'on est venu chercher du jeu de
scène, on n'est sans doute pas à la meilleure adresse. Mais le rendu est sérieux,
costaud et sacrément convaincant. Commençons par le début. Coroner
est censé être un trio mais, on le sait bien, sur scène, ils sont quatre. Et c'est
bien le fidèle Daniel Stössel qui traverse la scène en nous saluant
de la main, avant d'aller se placer derrière son clavier. Le reste du groupe le rejoint, sous les
vives acclamations du public (visiblement très heureux), pendant que l'intro Oxymoron
résonne dans les enceintes de la Machine du Moulin Rouge. En toute logique, les Suisses lancent
les hostilités avec leurs nouvelles compos extraites de l'excellent Dissonance Theory sorti l'année dernière.
Consequence et Sacrificial Lamb nous percutent de plein fouet et, cela se
vérifiera pendant toute la soirée, alors que certains groupes suscitent bien plus
d'émoi lorsqu'ils jouent les vieux classiques (cris de la foule en délire) que les
morceaux récents (assistance polie, respectueuse mais plus calme pour ne pas dire
légèrement indifférente), ça ne sera pas le cas avec
Coroner. Quelle que soit la compo proposée et la période à
laquelle elle est se réfère, les fans semblent heureux et ne se privent pas de le faire
savoir. Cela en dit pas mal sur la qualité de la discographie de ces messieurs.
 
Alors oui, quand même, on entend plus certains fans scander les
paroles de vieux classiques comme Masked Jackal ou participer sur un refrain taillé pour
le live comme celui de Die By My Hands mais, globalement, cela ne vient pas contredire le
constat qui vient d'être fait. La setlist est assez équilibrée et pioche dans chaque
album. Les toutes premières heures sont moins représentées (il n'y aura qu'un seul
titre de R.I.P, pareil pour Punishment For Decadence) mais Mental Vortex est mis en avant à travers trois compos (Divine
Step, Semtex Revolution et Metamorphosis) alors que Coroner
propose deux extraits de No More Color (Tunnel Of Pain et Die By My Hands) et Grin (Serpent Moves et la chanson titre). Il y a même
Golden Cashemere Sleeper part 1 (inédit provenant du best-of sorti au beau milieu des
90s). Pour ce qui est du dernier album, quatre morceaux sont offerts aux fans, les plus percutants...
car en plus des deux premiers cités plus haut, on aura le droit aux véloces et implacables
Symmetry et Renewal qui fonctionnent parfaitement sur scène, allant même
jusqu'à inciter une partie de la foule à se lancer dans des circle pits ou pogos (plus
fournis que sur Schizophrenia, cette fois-ci).
 
Le son n'est pas des plus impressionnants au démarrage (avec
notamment, la guitare de Vetterli qui manque un peu de mordant) mais va rapidement
s'améliorer, le temps d'affiner deux trois réglages, et finir par devenir assez
énorme (sur Grin, le riffing puissant me cloue au sol). L'interprétation ne
souffre d'aucun reproche, tout le monde fait son job avec sérieux et sobriété.
Tommy Vetterli lève parfois la main vers le ciel, nous fait un petit signe des
cornes du diable, ce qui fait crier l'assistance, Ron Broder est bien occupé par
ses vocalises et son jeu de basse mais reste plutôt souriant et prend la peine de s'adresser
à nous, parfois en français avant de s'excuser de son niveau (alors qu'il s'en sort plus
que bien) et de basculer sur l'anglais. Il nous remercie chaleureusement, ainsi que le staff, les
groupes... et on le sent vraiment reconnaissant d'un tel accueil. Il faut dire que les fans mettent une
excellente ambiance dans la salle, il ne s'agirait pas de passer pour un vieil ingrat blasé.
Mention spéciale au batteur Diego Rappachietti qui cogne ses fûts avec une
énergie remarquable. Son jeu est physique, on voit bien qu'il ne s'économise pas et quand
il lance ses baguettes dans la foule, on constate aisément à quel point elles sont
abimées !

Au final, les quatre-vingt-dix minutes passent vite. Le show est intense,
l'atmosphère sombre mais pas plombante pour autant. Je me demandais si l'aspect technique et
glacial de la musique de Coroner allait finir par distiller un léger ennui sur
scène mais ce ne fut pas le cas. Quand le quatuor quitte les planches juste après un
Renewal bastonnant, ce n'est que pour mieux revenir avec un rappel old-school enchaînant
sans pause, comme s'il ne s'agissait que d'une seule compo, Reborn Through Hate et Die By
My Hands. Les fans sont ravis, le groupe a triomphé. Quel retour (après trois
décennies d'absence dans la capitale) !
Un grand merci à Garmonbozia pour cette date... et
pour l'accréditation !

.Setlist Coroner :
Intro (Oxymoron) / Consequence Sacrificial
Lamb Divine Step (Conspectu Mortis) Serpent Moves Masked
Jackal Symmetry Golden Cashmere Sleeper Part 1 Semtex
Revolution Tunnel Of Pain Metamorphosis Grin (Nails
Hurt) Renewal ----------------------------------------------- Reborn
Through Hate Die By My Hands

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