BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Active depuis 1999 (alors âgée de 15 ans) mais parvenue sous nos radars depuis moins de dix ans, Eivør n’en finit plus d’enchanter une scène Metal ravie (pour certains) d’entendre autre chose, une musique plus atmosphérique, contemplative.Wardruna est passée par là il y a une grosse décennie et depuis les musiques traditionnelles « vikings » ont la cote. Point chez les metalleux traditionnels (quoique …) mais réellement en vogue. Créneaux de qualité en festival, présente sur les plus gros sites traditionnels (Hellfest, Motocultor) mais aussi sur les Fest réputés purs Metal (Brutal Assault, Summer Breeze) ce qui est plus étonnant. D’abord via l’excellent label Season Of Mist plutôt habitué de ce genre d’offres musicales (Eihwar étant leur dernière pépite), Eivør a désormais rejoint l’écurie Nuclear Blast, gros label s’il en est confirmation de son statut croissant.
Deux ans après un Enn très bien reçu et de grande qualité, Eivør revient avec Tungl, nouvel effort signifiant en féroïen Lune. Dès l’artwork, on retrouve l’esprit nordique de la chanteuse : une imagerie sombre, ce qui contraste avec la blondeur de ses cheveux (qui lui donne une allure bien viking, elle qui aurait pu jouer dans la série éponyme ou The Last Kingdom dont elle a co-composée la BO). Dès Og mánin græt (les traductions des titres sont dans la tracklist ci-dessous), la dimension électro est très présente, sur des rythmiques sous forme de boucle électro. Il y a d’emblée quelque chose de très dark pop dans sa musique. Le Kid A de Radiohead n’est pas bien loin, le Massive Attack des années 90 non plus. Deux influences majeures que la chanteuse revendique volontiers et qu’on retrouve de manière subtile tout au long de sa discographie. On reconnaît la patte Eivør immédiatement, surtout quand sa voix cristalline et puissante intervient.
Et quelle voix, mes amis !! C’est dingue, puissant, angélique, envoûtant. Eivør c’est juste la plus belle voix dark pop actuelle. Voilà, c’est dit et assumé. Ce postulat étant posé, Eivør ce n’est pas qu’une voix. Ce sont aussi d’excellentes compositions elle ne tombe pas dans la facilité de se « réfugier » derrière son organe (phénomène qu’on retrouve chez de grandes divas de la chanson, je ne donnerai pas de nom). Cette capacité vocale est fondamentalement imbriquée avec la musique. On trouve encore de grandes envolées vocales (Spøkilsir, Hinumgin) mais c’est cohérent et jamais forcé, la qualité intrinsèque des morceaux étant bien présente.
L’ouverture lance les hostilités de manière élégante, qualité qui revient souvent à l’écoute de ce disque. Déjà proposé en single, Drekafljóð plonge dans une ambiance bien sombre, ça fonctionne très bien aussi avec de belles lignes vocales. Plus dark encore, voilà un morceau à même de plaire aux metalleux (comme un Healer, autre single marquant et exprimant un bel éloge de résilience). Verjugarðar n’aurait pas dépareillé chez Myrkur, une pop sombre, presque post (la guitare) avec un refrain classe mondiale. Vocalement ce titre est dingue. On trouve aussi une rythmique de dingue sur Tann tú saknar qui vous fera headbanguer en douceur (oui !!) avec une entrée de la voix qui touche au sublime. Le morceau XXL de ce disque selon moi avec ce contraste rythmique puissante / voix magique. La rythmique électro fait des merveilles ici et la voix qui emporte tout. Sur un Spøkilsir on retrouve ce petit côté french touch si chère à la Sofia Coppola des débuts avec cet électro soft très cool et toujours ce voile de mélancolie qui traine non loin.
Parfois se faisant plus lente, plus atmosphérique, Eivør offre aussi des mélodies vocales très sombres avec des claviers aux sonorités très graves. C’est beau mais pas joyeux (Hinumgin, le final Everyone But Me). Impossible de ne pas citer la petite sœur Elinborg qui monte en puissance et qui intervient ici sur Fangað, même si, pour être franc, j’ai moins accroché à ce titre. Everyone But Me et son superbe piano achèvent cette rêverie gothique avec encore des vocalises d’une douceur inouïe. C’est vraiment très beau.
Le bilan est sans appel : un disque très réussi, de très belles compositions, une ambiance générale cohérente et envoûtante pour un disque sur lequel on revient avec bonheur porté par cette voix merveilleuse. Parfaitement intégrée à la scène Metal désormais, Eivør confirme, continue d’impressionner en faisant évoluer son électronica vers une dark pop maîtrisée, très pertinente. La production a encore pris un clic, ça monte en puissance chez Eivør. Aussi, la féroïenne chante encore majoritairement dans sa langue natale ce qui vu son développement et sa présence sur un gros label est admirable d’intégrité quand j’imagine qu’en interne, on doit la pousser vers l’anglais. Point de décibels ici mais une douceur plaisante qui vous enveloppe dans un disque à l’ambiance folk nordique toujours aussi enchanteresse. Un bonheur d’écoute, une douce rêverie d’une beauté sidérante pour une artiste incroyable, passionnante.