BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Dix-huit ans. C’est le temps qu’il aura fallu patienter pour voir enfin surgir la suite d’une œuvre qui avait marqué les esprits en 2008 (le mien en tout cas). Avec Exodus : Slaves for Life, le projet Israélien Amaseffer nous proposait une fresque théâtrale et progressive de grande qualité et nous promettait une trilogie musicale retraçant l’Exode du peuple hébreu. Seulement voilà, après près de deux décennies de silence radio, l’on pensait ce projet mort et enterré, mais que nenni ! La formation menée par le batteur, compositeur et maître à penser Erez Yohanan refait enfin surface avec ce deuxième volet très attendu (toujours par moi), intitulé When the Lions Leave Their Den.
Sur le plan thématique, l’album reprend le récit biblique depuis le jour de l’Exode jusqu’à l’ascension de Moïse sur le mont Sinaï pour recevoir les Dix Commandements. Pour donner vie à ce chapitre, Erez Yohanan s’est entouré d’un casting composé d’un duo chant féminin / masculin : Lukky Sparxx et Jessica Mercy. Outre ce duo vocal principal, on trouvera une multitude d’intervenants : un narrateur, indispensable dans ce genre de projet, et une véritable armée de musiciens pour enrichir la musique. Côté instruments, les guitares et la basse sont confiées à Yadin Moyal, soutenu aux guitares additionnelles par Yuval Kramer et Hanan Avramovich. Nous avons bien entendu droit aux instruments orientaux. Gil Tzemach à l’oud et Sharon Cohen aux violons et instruments à vent traditionnels, sans oublier le piano d’Inbal Avni.
Il y a également la participation de figures bien connues de la scène Metal : Kobi Farhi (Orphaned Land) vient poser son timbre caractéristique sur plusieurs passages parlés, et Mats Levén apporte sa contribution aux chœurs. Plusieurs growls feront en outre leur apparition. Bref, un casting dense et taillé sur mesure pour donner vie à cette fresque biblique. L’album a une durée imposante de soixante douze minutes, articulée autour de dix morceaux. Un menu gargantuesque donc. Reste maintenant à voir si ce nouvel essai tient toutes ses promesses après une si longue attente. Un mot tout de même sur la superbe pochette, réalisée par Mattias Noren (à qui on doit notamment les pochettes d’Evergrey). Magnifique peinture qui donne immédiatement envie de lancer l’œuvre !
Le voyage commence avec la chanson titre. D’emblée nous sommes plongés dans une ambiance cinématographique et orientale entre instruments traditionnels et bruits ambiants. La suite monte en tension, avec une atmosphère plutôt sombre et mystérieuse, avant qu’un refrain lumineux orienté power prog vienne enchanter nos oreilles. Les orchestrations sont également bien présentes. Les deux vocalistes participent au côté cinématographique du titre, et c’est ainsi que les presque dix minutes passent à la vitesse de l’éclair. Vite, la suite ! La suite, justement, s’appelle A Flame Unbidden et Stardust Harvesters. L’enchaînement fluide de ces deux titres met en avant la dimension progressive du groupe, portée par des contretemps et des solos complexes mais accessibles, au profit d’une ambiance immersive plutôt que de refrains percutants.
A Silvered Mist of the Sacred Veil est une ballade à double voix, qui pourrait faire penser à du Orphaned Land (évidemment). En revanche, grosse claque dès l’introduction de Lady Of Slaughter ! Chœurs énormes, guitares monstrueuses, Amaseffer montre les crocs pour un titre résolument heavy (le plus Metal de l’album) que l’on croirait tout droit sortir de chez Epica ! Le refrain à deux voix est un régal. Le mélange des genres est parfaitement géré, avec de bons growls en prime, bref mon titre coup de cœur de l’album. Le gros pavé Pathway To The Promised Land (curieusement le seul titre dépassant les dix minutes finalement) résume à lui tout seul les qualités de composition de Erez Yohanan. Structure résolument progressive, mélodies orientales, duo vocal, montée crescendo sur le refrain, un vrai film sans image. Autre réussite, Miriam qui démarre comme une ballade pour devenir plus puissante au fur et à mesure du titre, avec un final d’une superbe intensité.
On arrive sur le dernier tiers de l’album et visiblement le laisser aller, Erez Yohanan ne connaît pas. Valley Of The Standing Sun And Moon est une nouvelle fresque dans la fresque, dans laquelle il faudra toute sa concentration pour y découvrir les richesses. Les chœurs sont courts mais superbes, les orchestrations servent les propos, les growls rappellent Arch Enemy, sans compter les différents intervenants et les bruitages rendant l’immersion totale. Encore un must. Wooden Staff Part II est la suite de Wooden Staff paru sur Slaves For Life. Musicalement les deux n’ont rien à voir, la première étant quasiment instrumentale. L’album se termine sur Foothills Of Mount Sinai, très théâtrale, en guise de générique de fin.
L’attente aura donc sacrément valu la peine ! Il est difficile de retranscrire la musique d’Amaseffer tant elle se vit et se savoure (au casque) au fur et à mesure des écoutes. Il va de soi que l’on a pas affaire ici à du consommable à la va-vite. C’est une véritable œuvre qui doit impérativement s’écouter en ne faisant rien d’autre à coté. A la fin de la première écoute, l’envie de relancer la machine est pressante et quasiment obligatoire pour continuer à appréhender le contenu à sa juste valeur. Il est d’ailleurs rassurant qu’en 2026 nous puissions encore avoir ce genre d’œuvres exigeantes, à l’heure où l’être humain se "Tiktokise" et perd en attention. Il ne reste plus qu’à espérer ne pas devoir patienter presque deux décennies de plus avant de découvrir le troisième et dernier volet de cette trilogie.