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Le 23 septembre dernier, les fans du groupe brésilien Angra étaient conviés à une soirée
d'exception : celle célébrant les 30 ans de l'album culte Holy Land... en grandes pompes, s'il vous plaît. Oui, car pour cette
occasion unique (il ne s'agit d'ailleurs pas d'une tournée européenne mais d'un unique
concert donné à Paris), un invité de marque avait été annoncé
: le fameux guitariste Kiko Loureiro, libéré de Megadeth depuis quelques temps (mais qui ne semble pas revenir
dans son groupe d'origine pour autant). L'occasion s'annonçait donc très belle avec un
album fabuleux joué en intégralité, un second set (best-of) et un nouveau chanteur
en la personne d'Alirio Netto (pas totalement inconnu cela dit, surtout par les fans de
Shaman).
Et pourtant l'Olympia n'est pas totalement comble. C'est bien dommage mais
le pari était sans doute un peu risqué. Le concert a lieu en plein milieu de la semaine
(ce qui ne facilite pas les choses pour les fans venant de loin, on imagine que des provinciaux seraient
volontiers venus si le show avait eu lieu lors d'un weekend) et le tarif des places en a
découragé plus d'un. Cela dit, la salle est loin d'être vide, la vision de l'Olympia
depuis la scène est loin d'être ridicule. Tant mieux.
   
Alors que je m'attendais à ce que le show démarre avec
l'album Holy Land, ce sont les premières notes de l'intro du Unfinished Allegro
d'Angels Cry qui résonnent dans l'Olympia. Et oui, c'est bien sur
Carry On que le groupe déboule, remonté à bloc. Le son n'est pas des plus
percutants mais il reste tout à fait correct (il s'arrangera rapidement... même si
certaines personnes, moins bien placées que moi, certainement, ont trouvé qu'il
n'était pas très bon). Ce titre me transporte plus de 30 ans en arrière quand je
découvrais Angra en 1994... quel plaisir de le réentendre ce soir, aussi bien
interprété. Alirio Netto m'impressionne, son chant est absolument
impeccable, très haut, juste et très agréable, on n'a pas l'impression qu'il force
comme un malade pour respecter les lignes jadis chantées par André Matos.
La paire de guitaristes Rafael Bittencourt / Marcelo Barbosa se fait
face lors des solos de guitares magnifiques pendant que la section rythmique tenue par Felipe
Andreoli (basse) et Bruno Valverde (batterie) se démène avec
agilité, vélocité et précision. Excellente entrée en matière.
Le public est très chaud... c'est un démarrage triomphal. Le reste de ce premier set sera
globalement très réussi même si certains choix me laissent un peu perplexe.
Lisbon en deuxième place ? N'est-ce pas un peu tôt pour un titre aussi calme ? Peu
importe, l'Olympia est en feu et chante à gorge déployée. Le groupe ne doit pas
être insensible à une telle ferveur. En revanche, le diptyque Tide Of Changes
joué immédiatement après fait légèrement retomber l'ambiance.
Là aussi, son placement, en tout début de soirée, me surprend. Et niveau surprises,
ça n'est pas fini, puisque quelques minutes plus tard (après un Angels and Demons
percutant et virtuose), c'est la reprise de Wuthering Heights qui sera proposée. Sur
cinq morceaux, le groupe a déjà placé deux ballades et un morceau prog pas ultra
évident pour enflammer la foule... Cela dit, l'ambiance va très vite se réchauffer
puisqu'une fois le morceau de Kate Bush terminé, c'est le set Holy Land
qui démarre.
 
Quelques petites observations : ça joue plus que bien. Le niveau
des musiciens est ahurissant. On le sait. Mais il est toujours agréable de constater qu'il n'a
pas régressé avec les années. Netto est vraiment un excellent
vocaliste, je n'avais pas entendu du Angra aussi bien chanté depuis bien
longtemps (il s'en sort - à mon sens - mieux que Fabio Lione ou Edu
Falaschi). Il est cependant humain et quelques petits décrochages ou
légères difficultés se sont parfois fait sentir mais, dans l'ensemble, sa
performance demeure très impressionnante. Cela me rend curieux pour la suite. Ce soir, à
côté de la batterie de Valverde, il y a un sixième convive. Un
percussionniste qui ne s'économise et apporte vraiment quelque chose de très sympa (en
termes musicaux bien sûr mais également visuels). Un écran diffuse des vidéos
ou animations tout du long du show (bon, sur Holy Land, on va rapidement se rendre compte que
ce sont souvent les mêmes séquences qui passent et repassent... mais le visuel est de
qualité même s'il donne l'impression d'avoir été généré
avec l'aide appuyée de l'IA). Dernier point avant de passer à la suite, l'hommage
(attendu) à André Matos a été bien vite
expédié. Je m'attendais à quelque chose de plus long ou émouvant... mais
non, Netto a juste décroché quelques mots en introduction de
Wuthering Heights pour dire que le morceau lui était dédié et hop, en
quelques secondes, ce fut plié.

Quel bonheur de réentendre les compos de Holy Land. Quel
album, quelle beauté ! Et c'est évidemment là que Kiko Loureiro
fait son entrée (Barbosa attendra que l'album soit fini pour revenir, pas de
places pour trois guitaristes, visiblement, chez Angra). Netto ne fait
pas que chanter, il joue du piano également... il l'a déjà fait sur Wuthering
Heights, il recommence sur l'intro de Silence And Distance. Il le refera sur la chanson
Holy Land. Tous ces titres sont excellents et leur rendu sur scène est plus que
convaincant. Celui qui s'avère le plus marquant de ce premier set reste évidemment
l'épique Carolina IV bien étiré ce soir avec une longue intro de
percussions à laquelle tout le monde participe. Et au moment du solo bien speed,
Bittencourt et Loureiro se font face, comme à la belle
époque, et se laissent aller à un headbanging énergique... on a l'impression
d'avoir voyagé dans le temps. Magique.
Après la chanson Holy Land, c'est la pause. Tiens, encore
un choix curieux. L'album est coupé en deux. Le groupe a joué une heure et dix minutes. On
le sait, deux sets sont prévus, il faut bien s'arrêter à un moment. Vingt minutes
après avoir quitté la scène, Angra revient pour achever ce qu'il a
commencé. The Shaman (avec un petit solo de batterie en son sein), Make
Believe, Z.I.T.O et ses solos incroyables, tout y passe... et l'ambiance est à la
fête. Au moment de jouer Lullaby For Lucifer, il ne reste que les deux guitaristes sur
scène. Un très beau moment introduit par un discours remerciant chaleureusement
Olivier Garnier, l'homme qui a fait percer Angra en France et sans qui
le groupe ne serait pas là ce soir. Puis c'est Rafael Bittencourt lui-même
qui chante (fort bien d'ailleurs) pendant que Kiko joue de la guitare sèche. A
la fin les deux hommes se prennent dans les bras et Rafael nous dit à quel point
il est heureux de partager la scène avec son vieux complice ce soir. Il se passe
indéniablement quelque chose de fort, on ne peut y rester insensible.
  
Pour finir la soirée, Loureiro s'en va,
Barbosa revient et nous avons le droit à Waiting Thunder
(deuxième extrait du très bon Temple Of Shadows) et Rebirth introduite -
et c'est une surprise - par le refrain de SOS d'un Terrien en Détresse de
Starmania. Pour le rappel (le public chante "ohé ohé ohé
ohéééééé... Angra ! Angra !" avec
enthousiasme), c'est l'intro In Excelsis que l'on entend avant que la véloce Nova
Era n'arrive pour conclure magistralement ce concert. Terminer la soirée sur deux morceaux
de l'album Rebirth a quelque chose de symbolique. On parle bien de
résurrection, de nouvelle ère... Angra vient de renaître à
nouveau et reviendra prochainement pour de nouvelles aventures.
Alors, une soirée parfaite ? Eh bien non, pas tout à fait.
Vous l'avez bien senti à travers mon compte-rendu. On a tous un petit avis sur ce que l'on aurait
fait différemment (l'agencement de la setlist est discutable, l'hommage à
André bien trop expédié, quelques titres ont manqué, je
m'attendais à un set best-of légèrement plus étoffé, le rappel avec -
seulement - Nova Era a semblé bien court, Kiko n'est pas revenu jouer
un dernier titre avec ses camarades une fois l'album Holy Land achevé...) mais cela ne
doit pas prendre le pas sur le reste. Car il y a eu de véritables moments de grâce voire de
magie sur cette scène de l'Olympia et la fête fut plus que belle. Au sortir de la salle,
j'ai le sourire, je suis même un peu ému. C'était sacrément beau quand
même. Et d'ailleurs, même si l'on peut voir quelques commentaires mécontents ici ou
là, sur les réseaux, le public ne s'y est globalement pas trompé, l'ambiance fut
très chaleureuse.

C'est à mon tour de remercier chaleureusement Olivier
Garnier de Replica Promotion pour avoir organisé cette soirée mais aussi pour
m'avoir fait découvrir ce groupe il y a 32 ans de cela... et, enfin, pour m'avoir accordé
une accréditation afin que je puisse couvrir cet événement. Pendant un moment, j'ai
eu 19 ans à nouveau. Ca n'a pas de prix.
Set 1 :
Intro (Unfinished Allegro) / Carry
On Lisbon Tide Of Changes - parts I & II Angels And
Demons Wuthering Heights Crossing / Nothing To Say Silence
And Distance Carolina IV Holy Land
Set 2 :
The Shaman Make
Believe Z.I.T.O. Deep Blue Lullaby For
Lucifer Waiting
Silence Rebirth -------------------------------- In Excelsis
/ Nova Era

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