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le 22 juin 2026.

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Groupe:

Agriculture + Sopoorific

Date:

05 Juin 2026

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

Soirée pointue au Rex avec la venue d'un récent talent de la scène black, un groupe qui s'est fait remarquer positivement et incarne une nouvelle vague, accompagnant ainsi les évolutions d'une scène black dont l'attrait reste toujours plus puissant. Alors que la météo n'en peut plus d'évoluer fortement entre giboulées de iai, première vague de canicule et redoux, même s'il semblerait que l'été se soit déjà installé dans le Sud.

Le Rex n'a pas fait le plein, loin de là, mais vu le caractère pointu de l'affiche du soir, c'est compréhensible. La salle est néanmoins remplie à moitié (à vue d'œil je n'ai pas compté) ce qui est déjà très convenable. Ce soir c'est du black, du sombre, la jauge me semble cohérente.

Sopoorific

Première partie Sopoorific. Forcément avec un tel patronyme, les sarcasmes sont faciles. Derrière ce nom se cache un duo toulousain qui œuvre dans du sorcery synth. Ultra conceptuel, il s'agit à la base du projet solo d'Alison Flora. Elle est accompagnée sur scène avec un acolyte qui assure quelques percussions (électroniques) et de la basse ainsi qu'une certaine présence qui "habille" un peu la scène. C'est que derrière son (ses) synthé(s) Alison est de fait plutôt statique. C'est surtout elle l'élément central du projet dont elle gère tout. 

Hyper conceptuel pour ne pas dire franchement perché pour le béotien que je suis, l'idée est de retranscrire l'atmosphère mystique liée à la sorcellerie via des sonorités synthés très années 90. Ajoutez-y une voix black (plutôt impressionnante) qu'elle utilise avec parcimonie et vous aurez un rendu presque solennel, sombre, dérangeant. Le public suit attentivement, ça écoute, ça intériorise cette demi-heure hors du temps. Dans cet occultisme perturbant, le show tourne à l'esprit ritualiste. Je l'ai dit, faut rentrer dans ce genre de musique et adhérer au concept. 

Sur le plan plus technique, j'ai trouvé que la basse manquait de puissance, c'est dommage car avec ces rythmiques dark synth couplées à la voix black très profonde d'Alison, cela faisait son petit effet. 

J'ai parfois songé à Myrkur (dans son époque black) et la voix d'Alison n'y est sans doute pas pour rien. Un show original, une première partie intrigante, un peu déstabilisante (c'est le but recherché j'en ai bien conscience). Les scènes black (oui le pluriel est important) ont beaucoup évolué et Agriculture qui va bientôt débarquer sur les planches en est la confirmation.

Agriculture

Le black a débarqué en Scandinavie au début des 90's et c'est peu dire que c'est un style qui évolue. Bas du front, virulente et poussant les curseurs au maximum dans ses débuts avec des musiciens provoquant ouvertement une société alors sidérée de tant de noirceur, le registre black s'est adapté à son époque et une vraie scène avant-gardiste a vu le jour. Paradoxal par rapport à ses origines où les zikos semblaient premier degré, bêtement méchant parfois (cf la tragique histoire de Mayhem), aujourd'hui on pourrait presque se croire à la FIAC, cette exposition d'Art Contemporain qui laisse très sceptique. Cela nous renvoie à la question récurrente sur la création artistique : une œuvre a-t-elle besoin d'être expliquée pour être appréciée ? L'esthétique propre ne se suffit-elle pas à elle-même ? Vaste sujet vous avez quatre heures...

Car la musique d'Agriculture est ainsi présentée : "Pour qu’une chose soit extatique, il faut qu’elle déborde du cadre : pas juste du bonheur, mais une jubilation totale, une onde de choc émotionnelle qui touche au mystique, au spirituel, à l’invisible. Et c’est là que la musique extrême renverse tous les clichés. Longtemps cantonnée au noir, au macabre, à la violence, elle devient ici un canal de lumière brute, un langage pour dire l’amour écrasant, la beauté terrifiante, la sublimité absolue.
C’est exactement ce que propose Agriculture, quatuor de Los Angeles, avec son black metal extatique : trémolos en rafales, harmonies qui montent en flèche, cris de célébration, tensions atmosphériques, improvisations lucides... une musique qui ne cherche pas la destruction mais la transcendance." 
Comme le résume le groupe : “The Circle Chant est un doigt pointé vers la lune ; l’album, c’est un corps entier qui lui hurle sa révérence.”
Et c’est exactement ça : un black metal de catharsis et de splendeur, une violence tournée vers le haut, une beauté qui frappe comme une révélation."
(source Noiser dans la notice de présentation du concert). 

Admettons-le, nous sommes loin des Mayhem des débuts, plus bourrin et moins intrigant mais tout autant attirant. Car oui le black captive, c'est humain. Le sombre a toujours aimanté et ce ne sont pas fans de Star Wars qui me diront le contraire. 

Mais derrière ses grands concepts, quid de la musique me rétorquera-t-on à raison ? Là c'est plus difficile. Bon déjà c'est du black, pas mon domaine et qu'il n'y ait pas de méprise, ce fut une très bonne prestation d'Agriculture. C'est propre, carré, intelligible, très bien mis en son, c'est du super job. J'ai été très impressionné par le batteur Kern Haug m'a soufflé. Une batterie minimaliste mais un jeu dément : frénétique, hyper dynamique avec une frappe sèche. Le parfait charpentier qui tient cet édifice à bout de bras avec un jeu très visuel qui plus est. Le passage très minimaliste où Leah Levinson murmure alors que les deux guitares de Richard Chowenhill et Dan Meyer se taisent est impressionnant. Quelques frappes très sèches sur la caisse claire, les murmures de Leah pendant une petite minute : un rendu très solennel, très marquant. 

Tiens Leah Levinson puisque j'en parle. Un jeu de basse intéressant, des cris de dingue et une prestation habituée très réussie. Le regard noir est projeté, les cris sont intenses, elle en ferait presque peur en dépit d'un look tout à fait normal. Si Richard Chowenhill est plus discret dans son jeu de scène, Dan Meyer qui relaie Leah au chant avec un rendu identique, des voix hurlées black virulentes. Il s'essaie même à un petit passage indie où le bougre chante (super bien) en voix claire, Agriculture varie et organise un chaos frénétique. Il n'y a pas de débat sur ce point : il y a beaucoup d'idées, une vraie volonté de proposer un black créatif et original.

Le groupe rend ses hommages à la scène black en proposant quelques passages rapides et intenses, typique du genre, Agriculture maîtrise ses gammes. On me pardonnera d'avoir trouvé ses passages moins intéressants. Kern Haug continue sa performance haut de gamme et ultra physique. Il doit bien dormir après ses shows lui.

Au final une performance intéressante, les fans de black avant-gardiste / arty se sont régalés. Je reste sur mes réserves sur cette musique qui manque de mélodie selon moi (dixit un gars qui adore le hardcore en live, bonjour le paradoxe). C'est ce côté sombre, ce chant trop caverneux, ces atmosphères trop oppressantes, trop déstabilisantes, je n'y peux rien. Reste qu'il se passe indéniablement quelque chose, que le public a kiffé, réagi, qu'il y a une vraie volonté de proposer des compos, qu'on y trouve des idées. Le sombre attire, invariablement.

Une soirée étrange mais satisfaisante.

PS Drôle de paradoxe que ce groupe issu de la scène noise de Los Angeles qui se nomme Agriculture. Ironie assumée apparemment de musiciens qui n'ont (a priori) jamais vu une vache de leur vie ! Le Black avant-gardiste reste un phénomène urbain mais ça me surprend un peu de les voir reprendre des références d'un autre monde.  

 

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