Groupe:

Savatage

Date:

14 Juin 2025

Lieu:

Oberhausen

Chroniqueur:

Steph & Blaster

Magie.
Hormis la définition première donnée dans le dictionnaire, vient ensuite celle-ci : 
"Impression forte, inexplicable (que produisent l'art, la nature, les passions)".
Je pourrais arrêter là ce live report tant le principal semble énoncé.
 
Vingt-trois ans d'attente pour recroiser le chemin des maîtres du metal classieux.
Savatage n'a jamais joui d'un succès énorme, mais a paradoxalement inspiré de très nombreux groupes, et oserais je le dire, ouvert la voie au metal symphonique tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Mieux que ça, il s'agit, à l'instar de peu d'autres, d'un groupe unique. Si on se coltine une palanquée de Nightwish, Helloween ou Metallica au rabais (pas toujours c'est vrai), personne d'autre ne fait du Savatage !
 
Tout ce préambule pour mettre en contexte l'évènement que représentent ces quelques dates de concert de l'été 2025.
 
Sans date française (hormis une apparition au Hellfest), c'est donc naturellement que mon fidèle compagnon de concert et moi-même nous sommes rendus jusqu'en Allemagne, à Oberhausen, bravant la route et la traversée pénible d'une Belgique qui semble en perpétuels travaux.
 
Arrivés à la salle, la fameuse Turbinenhalle, une ancienne usine réaffectée, la chaleur nous assaille en cette mi-juin. Une fois n'est pas coutume, nous esquivons la première partie pour éviter la fournaise une heure de trop. Induction compte le fils de Kai Hansen dans ses rangs, aussi cela aurait-il pu valoir le coup d'œil... mais la chaleur est bien trop dissuasive.
 
21h10, la messe commence par The Ocean, extrait de The Wake Of Magellan qui sera grandement mis à l'honneur ce soir. D'ailleurs, ce à quoi nous allons avoir droit pourrait tout à fait être une tournée de cet album.
Un début qui, bien qu'excellent, étonne un peu, puisque ce sont trois "intros" qui s'enchaînent (car après The Ocean, le groupe nous sert les premiers instants instrumentaux de City Beneath The Surface avant d'enchaîner avec Welcome) avant que le concert ne démarre vraiment sur l'imparable Jesus Saves et son riff endiablé.
 
 
Quand je disais que Savatage était unique... Le groupe n'utilisera aucune bande ce soir, comme à son habitude d'ailleurs. Ni pour l'intro, ni pour les chœurs ambitieux, véritable marque de fabrique de la troupe, mais j'y reviendrai. Deux claviers sont présents de part et d'autre de la scène. J'avoue ne pas bien en comprendre l'intérêt, mais cela permet d'avoir deux voix disponibles pour embellir les compos du groupe, alors pourquoi pas !
 
S'en suit un enchaînement quasi ininterrompu de hits que les 3 500 fans présents dans la salle chantent à tue-tête à chaque instant (et le concert affiche archi-complet). Le premier morceau de bravoure arrive dès la première demi-heure, avec le fabuleux The Wake Of Magellan. Il est ici question de ces fameux chœurs, puisqu'arrive le premier contrepoint de la soirée. Savatage est familier de ces chants où plusieurs voix différentes et complémentaires s'accumulent, se mêlent et terminent en apothéose. Une technique issue de la musique classique, peu usitée en dehors. Une fois de plus, qui fait cela, d'autant plus en live ? Personne !
 
 
Quelques vieilleries sont ressorties du placard (comme Sirens ou Strange Wings), et elles sont d'autant plus intéressantes qu'elles n'ont jamais, ou rarement été chantées par Zak Stevens, seul vocaliste principal pour cette série de concerts. Le leader et fondateur du groupe, Jon Oliva est resté au pays pour raisons de santé et sera seulement parmi nous sur écran géant le temps de la sublime power ballade Believe (seule entorse au live ce soir, pas le choix...). Il sera rejoint par le groupe pour une version d'anthologie qui donne véritablement les larmes aux yeux.
 
Seul bémol musical dans cet orgasme musical de deux heures (le plus long concert du tour), Starlight, morceau déjà un peu "filler" sur album, est assez mal interprété par Zak qui devait très mal s'entendre sur les parties les plus graves, car il sera faux pratiquement tout le long (sur les premiers refrains essentiellement). Fait assez rare pour être souligné, car le bonhomme sera excellent, et aura encore toute son énergie et son coffre sur le génialissime Hall Of The Mountain King en guise de final titanesque.
 
 
Autre bémol, non musical celui-ci, les vidéos accompagnant le concert. Il est évident que cela représente un coût non négligeable pour le groupe, mais bon sang, comment peut-on avoir des images fleurant autant l'amateurisme avec un concert aussi classe ? Je me suis souvent fait cette réflexion, avec des très nombreux artistes utilisant des écrans en fond de scène (coucou Helloween et son aigle à poils ! ). C'est au mieux moyen, au pire hideux, et même honteux avec une utilisation maladroite et malvenue de l'IA, comme ce personnage se prenant un saut de... substance blanchâtre non identifiée sur Handful Of Rain (note de Blaster : le personnage est celui de la pochette de l'album et il me semble bien que la substance est un éclair... mais oui, le rendu est moyen), ou des serpents se battant dans une cour de château fleurant bon la cinématique Playstation 2 sur la bastonnante Taunting Cobras. Vraiment, carton rouge...
 
 
Par contre, tous les musiciens auront été à l'avenant, mais le contraire aurait été étonnant vu le niveau de professionnalisme. Mention spéciale au bassiste Johnny Lee Middleton, classe et souriant à la fois. Alors que la foule a totalement oublié la chaleur et acclame ses héros, ces derniers nous gratifient d'une ultime salve métallique avec un de leurs plus vieux titres de la soirée, l'irrésistible Power Of The Night.
 
Ceci conclut un concert d'anthologie qui restera longtemps dans la mémoire de ceux y ayant assisté (comme tous les shows du groupe que j'ai pu voir d'ailleurs !) et pour ceux qui ne me croient pas, ou qui me croient mais qui n'ont pas eu ma "Chance" (haha), le voici !
 
 
Avis vaguement complémentaire et synthétique de Blaster (car Steph a parfaitement retranscrit l'essentiel) :

Le retour de Savatage, l'un de mes groupes préférés... vingt-trois ans après le dernier concert que j'ai pu voir d'eux. Les attentes étaient énormes. Les risques de décevoir réels. Mais non, pas de déception... comme l'a si bien dit mon valeureux acolyte : un peu plus de deux heures de magie. Un son dantesque, un show généreux (une vingtaine de titres couvrant la carrière des Américains), une ambiance de feu, une émotion palpable (j'ai eu l'œil humide à plusieurs reprises), un groupe en grande forme... la paire de guitaristes Chris Caffery / Al Pitrelli nous en a mis plein les oreilles (mention spéciale à Pitrelli sur l'instrumental The Storm), la section rythmique fut parfaite, Zak Stevens nous a livré un chant puissant et majestueux (même s'il a forcément un peu perdu en aisance sur certains passages), des morceaux magnifiques ont parsemé le set (This Is The Time, The Wake Of Magellan, Chance, The Hourglass, Gutter Ballet, Edge Of Thorns, Believe, Hall Of The Mountain King... n'en jetez plus !), on a eu un hommage touchant aux frères Oliva sur Believe... le groupe a même dépassé le temps de jeu prévu et a ajouté un titre non écrit sur la setlist (Power Of The Night). La musique livrée en ce soir du 14 juin fut sublime. Un show maîtrisé, pro, classe. On a crié, on a chanté, on a fait du air-guitar, on a souri, frissonné, pleuré (j'ai dit que j'avais eu l'œil humide, c'était un euphémisme)... C'est fou, je m'attendais évidemment à quelque chose de qualité mais je ne me doutais pas que ce serait aussi fort, aussi puissant... voire bouleversant. Alors oui, bien sûr, chacun aurait bien aimé telle ou telle compo qui n'a pas été jouée. L'impasse a été faite sur un ou deux albums du groupe, c'est vrai. Objectivement, on pourra toujours trouver quelques petits points sur lesquels rechigner, on pourra regretter l'absence de Jon, trouver que le show a manqué de ceci ou de cela... Mais au bout du compte, tout cela s'écroule face à la majesté dégagée pendant ces deux heures intenses. Un moment spécial, vraiment, gravé à jamais dans les mémoires des 3 500 chanceux ayant assisté à ce retour. On attend avec impatience un nouvel album et plus de dates européennes, avec - croisons les doigts - le retour de Jon Oliva, le Mountain King lui-même, si sa santé le lui permet... (et au moins un concert en tête d'affiche en France ?) dans un futur pas trop lointain ! Qu'on se le dise, Savatage est bel et bien de retour... et, au vu de ce set allemand, le groupe n'est pas revenu pour faire les choses à moitié !
 
 
Pour finir, un immense merci à toute l'équipe de CMM et, en particulier, Morti qui a pu nous obtenir nos accréditations et l'interview de Jeff Plate... et Sonja qui nous a réservé un super accueil sur place. Sans eux, nous n'aurions pu assister à ce moment historique. 
 
 
Setlist Savatage :
The Ocean / City Beneath The Surface intro
Welcome
Jesus Saves
Sirens
Another Way
The Wake Of Magellan
This Is the Time (1990)
Strange Wings
The Storm
Morning Sun
Handful Of Rain
Chance
Starlight / I Am / Mozart and Madness
Dead Winter Dead
The Hourglass
Gutter Ballet
Edge Of Thorns
Believe
Taunting Cobras
Hall Of The Mountain King
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Power Of The Night
 

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