Groupe:

Ges - Jour 3

Date:

18 Juillet 2025

Lieu:

Saint Julien en Genevois

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Dominique, tel un général romain rentrant de la terrasse, a retrouvé les lignes de front des APdM au milieu d'après-midi. L’homme, auréolé de l’odeur persistante d’une pizza aux truffes (et d’un soupçon d'une mousse bien ambrée), a plaidé la cause de la digestion maîtrisée face à l’explosion sonore. Après délibération du conseil restreint (Didier, moi et un bénévole qui passait par là), il a été réintégré. Mais à titre provisoire, sous surveillance sensorielle. Une oreille dans le fest, l’autre dans le godet de bière. Suspicion d’évasion persistante. Sa seule phrase intelligible fut : « Les gars, je n’ai pas raté un moment culte, au moins ? »

Notons un service digne d'être commenté : ici au GES, on trouve une double méga buvette, avec une tendance majoritaire vers les bières (4 parfums de la Bière du Mont Blanc) et une autre buvette accolée dédiée aux vins. Double excellente idée couvrant largement les besoins et les désirs de l'ensemble des protagonistes... D’ailleurs, nous filons planter notre dévolu sur la scène Village, toute proche des pompes et fûts précités.

Jour 3 - La journée du Metal qui est très attendue

Saults

Un talent fou, deux frères effervescents qui distillent un rock un peu pop, un peu jazzy par moments, toujours un tantinet sucré, mais surtout très varié. Les morceaux s'enchaînent sans jamais se ressembler. Le fait mérite d’être souligné, car en live, pour la majorité des groupes, tout finit un peu par se ressembler. Mention spéciale à la section rythmique, qui balance un tempo punchy. En revanche, mention "peut mieux faire" à la section cuivre, dont on peine à percevoir la pertinence.

Frais, ce show se marie parfaitement avec les premières gouttes fines qui rafraîchissent l'ambiance. Le sextet composé autour du duo des frères Antoine et Greg partage habilement leur pop dopée à la fois par une énergie rock et par un esprit parfois disco, pour le plus grand bonheur d’un public venu étrangement nombreux. Le jeu et les interactions avec le public sont sincères et bienvenus.

Tous les ambassadeurs de nos APdM n’apprécieront pas cette prestation à la même hauteur. Didier, en haussant les épaules, aura un constat lapidaire : « Pfff, du Bruno Mars. » Il est vrai. Alors faites-vous votre propre idée en écoutant ce morceau qui cartonne… en vous disant que la tablette sonore du groupe Saults reste riche et très, très variée. Assurément énergique. Et la gratte est bonne.




Nous y voici. Le groupe le plus attendu par vos émissaires va pointer son nez sous le chapiteau. Vite, filons nous placer au mieux. La Halle est bien pleine, la jauge des 5 000 festivaliers a été franchie. On ressent insidieusement une excitation, pas si anodine. La peur que le groupe fasse flop, peut-être.

Dream Theater

Grand groupe. Très grand groupe. Énorme groupe. Et si peu reconnu finalement. Il ne fallait pas les rater sur cette tournée européenne. Ils se déplacent plus facilement depuis presque une décennie sur le Vieux Continent : quelques festivals (très gros et moyens) et de nombreuses dates pour cette visite 2025. Il y a peu, nous avions encore des difficultés à les croiser sur scène sans devoir traverser l’Europe.

Dès les premiers riffs, on ressent un son comme jamais. Dominique le qualifiera judicieusement de « mur du son ». Oui, il nous est littéralement tombé dessus. Les spectateurs exultent, ils communient à l’unisson de ce groupe dont ils connaissent chaque hymne. Ça renifle le fan à plein nez.

La voix de James Labrie est au top. Il semble en forme, plus Metal que jamais. Idem pour le son global, d’une puissance dingue. La fusion entre la section rythmique et la guitare du Maître John Petrucci semble plus fluide que lors de mes cinq précédents lives avec Dream Theater. Peut-être que le retour du Maître Mike Portnoy aux fûts aura ramené avec ses baguettes une énergie brute glanée ici et là, lors de ses confrontations avec des musiques plus extrêmes.
Leur set ne pouvait évidemment pas reprendre tous les standards du groupe (j’en compte plus d’une cinquantaine à la louche), et nous aurions tant apprécié qu’il dure toute la nuit. Sans doute moins nos tympans, car le volume était cruel pour ceux-ci.

Un rappel, deux rappels, trois rappels… Rien n’y fera, ils finiront par repartir, après 1h30 de live vibrant et puissant.
Ce n’est pas grave. Nous retournerons les voir pour revivre ces rares moments magiques.

Énorme concert donc, mené par des musiciens planétaires, de classe exceptionnelle. Les maîtres du Rock prog devenus, au fil du temps, les maîtres du Metal prog. À placer tout là-haut, au Panthéon des GMA.
Ils n’avaient jusqu’à ce jour jamais aussi bien porté leur nom.
Wouah... Que ferions nous dans ce monde sans une musique de cette qualité ?

(Setlist sans aucun intérêt autre que de faire l’intéressant.)

Setlist de Dream Theater

Prelude (Bernard Herrmann song)
Night Terror
Act I: Scene Two: II. Strange Déjà Vu
Act I: Scene Three: I. Through My Words
Act I: Scene Three: II. Fatal Tragedy
Panic Attack
Under a Glass Moon
The Enemy Inside
A Rite of Passage
Midnight Messiah
Peruvian Skies (with "Wish You Were Here" and "Wherever I May Roam" excerpts)
As I Am
Pull Me Under
Singin' in the Rain 


SatchVai Band

Voilà ce que nos camarades (enfin, plus exactement Fabulous) écrivaient il y a peu concernant la prestation live du rock band doré lors du Hellfest 2025 :

"Il y a du lourd sur la Mainstage 1. Vous savez comme moi que parfois, quand un supergroupe se crée, le résultat n’est pas toujours au rendez-vous. Là, ce sont carrément deux légendes qui s’associent, et le résultat est excellent. Joe Satriani et Steve Vai, deux des meilleurs guitaristes dans le même groupe : inutile de vous dire que les riffs de folie, les solos grandioses sont de la partie. Le reste du band est aussi efficace. Les connaisseurs restent bouche bée devant une telle démonstration. On apprécie le moment et on kiffe. L’entente est parfaite entre les deux. Aucun ne tire la couverture à soi : quand l’un est en démonstration à la guitare, l’autre attend patiemment son tour et complète le tableau..."

Bien, bon… Moi, je me suis fait ch… Voilà, c’est dit et assumé. Son de bonne qualité mais strident, criard, et d’une autre époque. Un solo continu – voire deux ou trois en même temps – qui commence à la première seconde du concert, jusqu’à la dernière. Pire : je n’ai même pas reconnu Surfing with the Alien du cultissime album. Une seule respiration avec le morceau Sahara. Sinon, les deux virtuoses nous versent une bouillie insipide. Et que dire du passage ou Vai joue avec sa guitare improbable à trois manches ...

Quelle déception ! Je n’ai pas obtenu le ressenti de mes deux camarades, mais j’ai rapidement capté que le public s’ennuyait fermement. Je suis sincèrement désolé de devoir écrire ce constat cinglant, qui concerne deux artistes magnifiques… devenus cultes si rapidement, et ayant duré si longtemps.

Setlist de Satchvai :

I Wanna Play My Guitar
The Sea of Emotion, Pt. 1
Zeus in Chains
Little Pretty
Ice 9 / The Crying Machine
Flying in a Blue Dream
Surfing With the Alien
Sahara
Tender Surrender
Teeth of the Hydra
Satch Boogie
If I Could Fly
For the Love of God
Always With Me, Always With You
-------------------------------------------
Crowd Chant
Born to Be Wild

 

Matteo Mancuso

Chères lectrices, chers lecteurs, voici un moment rare. Une rencontre inattendue, presque miraculeuse. Celle d’un jeune prodige sicilien qui, contrairement aux deux vétérans qu’on vient de subir, n’a pas confondu virtuosité et démonstration tapageuse. Matteo joue, mais surtout, il respire. Chaque note a un sens, chaque silence trouve sa place. Pas de posture, pas de concours de solos interminables. Juste un son pur, élégant, travaillé, et cette humilité qu’on croyait disparue depuis la fin du premier millénaire. Ce garçon est un cadeau. Et ce set, un bonbon. Toute la bande des APdM valide d’un hochement de tête mi-ému, mi-surpris.

Une respiration bienvenue, un concert qui fait du bien. Et comme souvent avec les vraies révélations, on se dit qu’on le reverra bientôt.

Et ensuite ? Vous en voulez encore?

Minuit passé sonne, la troisième journée s’achève, et avec elle notre dernière once de lucidité. Les corps réclament du repos, les tympans pleurent des larmes de sang, et les cerveaux surchauffés n’ont plus qu’un seul objectif : retrouver le dodo. Un exploit logistique à ce stade.

Cette journée tant attendue nous a offert son lot d’émotions :– un groupe mythique au sommet de sa forme ;– deux légendes égarées dans leur propre génie ;– une révélation sicilienne comme un spritz frais sur une place ensoleillée.

Bref, on a râlé, vibré, bu, râlé encore, puis applaudi. Mission gauloise accomplie.
Demain, feu d’artifice promis. Ou pétard mouillé, allez savoir. En tout cas, on sera là, frontale vissée, godet en main, oreille affûtée, et argument douteux prêt à dégainer.
D’ici là, bonne nuit, et je me répète telle un item de marteau-thérapie avant de m'endormir: « Faut pas mollir le Diable Bleu, tu n'as pas encore fini. »

Venez donc discuter de ce live report sur notre forum !