Groupe:

Parallel Minds

Date:

20 Mars 2026

Interviewer:

Blaster of Muppets

Interview Grégory Giraudo

Quatre ans après "Echoes From Afar" arrive "Cairn". Le disque précédent explorait un concept SF mais, comme vous semblez le faire à chaque fois, Cairn part dans une autre direction avec un concept assez original et ambitieux. Pouvez-vous nous en parler un peu et nous dire comment cette idée a germé ?

Greg : C’est Steph qui est à l’origine de cette idée. Il avait ce concept en tête depuis très longtemps. Il m’en avait parlé déjà avant qu’on attaque "Echoes From Afar" mais le concept me semblait trop ambitieux à l’époque. Après avoir terminé "Echoes", qui s’est révélé être plus complexe que ce qu’on avait imaginé, on s’est dit qu’il était temps de réaliser sa vision. Son idée originelle était de concevoir un album sur le thème du voyage, où chaque chanson serait dédiée à un pays, une culture ou un continent. Puis au fil de l’écriture le concept s’est enrichi et aborde des sujets plus universels et humains, en s’appuyant sur des évènements historiques ayant marqué l’histoire de l’humanité. Nous avons choisi ensemble les pays et les thématiques qui nous semblaient intéressantes et pertinentes, tels que la Pistes des Larmes en Amérique du Nord, la grande bataille de Sekigahara au Japon, la catastrophe industrielle de Bhopal en Inde etc. Nous abordons également des thématiques plus récentes, telles que la pandémie du COVID. Chaque chanson se devait donc d’illustrer au mieux l’atmosphère et la culture de ces pays et de ces peuples, bien évidemment vues à travers le filtre de notre culture européenne, ainsi que de notre style musical. Cairn reste un album de Heavy Metal dans son essence et pas un album de World Music. Le symbole du Cairn revêt une double signification à mes yeux. A la fois comme un marqueur de voyage, un phare pour les voyageurs perdus. Mais également à un niveau plus profond comme un symbole de reconstruction, de nouveau départ.

D’après vous, "Cairn" offre-t-il une vision principalement optimiste de l’humanité (avec, par exemple, la résilience ou la spiritualité comme forces) ou plutôt pessimiste (parce qu’on y parle d’événements tragiques/horribles, guerres, déportations, massacres…) ?

Greg : Je pense qu’il y a un aspect assez pessimiste dans la plupart des paroles que Steph écrit, et ce, depuis les débuts du groupe. "Cairn" ne déroge pas à cette règle mais je pense qu’il y apporte une touche un peu plus lumineuse et un message de résilience comme tu le dis. Un espoir (sans doute vain) que l’humanité puisse apprendre des erreurs de son histoire.

Avez-vous eu des difficultés à obtenir l’adhésion de musiciens de différents pays pour accomplir votre vision ?

Greg : Certains d’entre eux ont refusé pour des raisons politiques mais la plupart ont accepté rapidement et tout s’est fait sans accroc majeur.

Comment avez-vous travaillé avec eux ? Aviez-vous des idées très précises de ce que vous attendiez en termes de contribution ou ont-ils eu le champ libre ?

Greg : Ca dépend des chansons. Pour certains, par exemple les invités qui ont participé aux chœurs, tout était déjà écrit et il fallait qu’ils suivent les harmonies donc la marge de manœuvre était très limitée. Mais pour les solistes, comme sur "Orishas" par exemple, on leur a laissé carte blanche.

Avec un tel concept, a-t-il été difficile pour vous de garder un ensemble cohérent qui ne perde pas trop l’auditeur en partant dans trop de directions différentes ou cela s’est-il fait naturellement ?

Greg : Je pense que nous avons un style d’écriture qui reste ce qu’il est, peu importe dans quelle direction nous décidons d’aller et on fait confiance à notre instinct pour savoir jusqu’où on peut aller sans dénaturer l’esprit de Parallel Minds. Cela étant dit, on aime surprendre et aller sur des terrains où on ne nous attend pas. Nous voulions créer une atmosphère de voyage, de dépaysement avec cet album, et embarquer les auditeurs curieux et ayant soif d’aventure avec nous.

Sur "Echoes From Afar", le propos était heavy et l’on retrouvait bien l’esprit du groupe (entre power, thrash, heavy…) mais avec un touche prog un peu plus prononcée. Cette fois-ci, tous ces éléments sont encore une fois présents mais avec un équilibre réactualisé. Est-ce le concept ou les paroles qui dictent la présence de tel ou tel élément dans la musique ? Ou partez-vous d’abord de la musique que vous avez envie de jouer ?

Greg : Dans le cas de "Echoes" ainsi que celui de "Cairn", le concept était décidé, ainsi que la thématique de chaque chanson, bien avant l’écriture. Et tout ça a influencé la composition. J’aime avoir une image plus ou moins précise avant de m’atteler à l’écriture, me projeter mentalement dans un univers, fantastique ou réel. Je compose presque comme le ferait un compositeur de musiques de film ou de jeux vidéo. Et je sais que Steph a la même approche dans l’élaboration de ses textes et lignes vocales.

Le lineup est stable depuis quatre ans. Cela a-t-il eu des conséquences sur votre façon d’approcher cette nouvelle aventure ? Comment vous êtes-vous répartis les tâches cette fois-ci ?

Greg : Ca n’a pas eu d’influences sur la composition puisque c’est toujours Steph et moi-même qui sommes aux commandes de cet aspect-là. On travaille à deux sur des maquettes très avancées avant de les envoyer à Eric et Fabien. Par contre nous les avons laissés s’approprier au mieux leurs parties et y injecter de leur propre sensibilité artistique. Ils ont apporté une touche plus organique et groovy aux chansons et je trouve que l’album s’est enrichi grâce à leurs contributions.

Entre les tendances plus agressives de certains titres ("Fear is the Pandemic" a des touches Testament par moments) et les aspects plus mélodiques ou prog d’autres, avez-vous dû manier l’art du compromis ou est-ce que chacun d’entre vous aime pleinement tous les styles abordés ?

Greg : Il y a toujours des compromis à faire car nous avons tous des sensibilités différentes. Rien qu’entre Steph et moi, nous ne sommes pas toujours d’accord sur la direction à prendre sur tel ou tel morceau et il y a beaucoup de discussions. C’est ce qui arrive lorsque des personnes créatives essayent de créer quelque chose ensemble. Mais nous arrivons toujours à trouver un bon compromis et les échanges se font toujours dans le respect. Au final on cherche juste à écrire les meilleures chansons possibles.

Encore une fois, l’album est très varié avec des morceaux allant du powerprog à la Symphony X au speed épique très arrangé à la Blind Guardian, en passant par une ballade celtique ou un titre furieux à l’esprit beaucoup plus thrash. Il y a du chant en espagnol, beaucoup d’harmonies vocales, d’arrangements, quelques instruments traditionnels… Quel titre a été le plus compliqué à mettre sur pied ?

Greg : Tous les titres sont assez complexes et ont demandé du temps. Mais je dirai que "Sekigahara" a été la chanson qui a mis le plus de temps à être terminée. Ce n’est pas la plus complexe mais nous n’arrivions pas à nous mettre d’accord sur sa structure globale et ça a été un vrai casse-tête. Mais globalement l’écriture a été plutôt fluide dans l’ensemble.

Pour ce qui est du travail de production, il me semble que vous faites tout par vous-mêmes… Vu l’ampleur du projet, est-ce que cela a été plus ardu cette fois-ci ?

Greg : Oui c’est du 100% home-made :). Après quatre albums, honnêtement, et malgré l’ambition du projet, c’est à chaque fois un peu plus facile car nous savons comment être efficaces. D’habitude nous passons par un studio externe pour le mastering mais cette fois c’est moi qui l’ai réalisé, ainsi que le mixage. On est plutôt contents du résultat, ça sonne bien pour un album autoproduit je trouve.

Vous avez sorti un clip pour le titre "Sufero". Pas d’animation, pas d’IA, un concept plus « à l’ancienne » avec des musiciens jouant ensemble. Est-ce un choix « politique » au moment où l’Intelligence Artificielle se fait de plus en plus présente dans le monde de la musique ou pas particulièrement ?

Greg : Je t’avoue que je n’y avais pas pensé sous cet angle-là. On cherchait surtout un cadre naturel qui passe bien à l’image.

Et d’ailleurs, soit dit en passant, quel regard portez-vous sur l’évolution de la technologie en rapport avec la musique ?

Greg : La technologie est un formidable outil dans la création musicale. Il y a encore vingt ans, il aurait été impossible d’imaginer réaliser un album tel que "Cairn" pour un petit groupe comme nous avec un budget si limité. Aujourd’hui, tout est réalisable à partir d’un ordinateur. Maintenant si tu parles d’IA, personnellement j’ai un problème car là on dépasse le cadre du simple outil assistant. Pour Cairn on a utilisé des outils pour réaliser notre vision mais tout a été écrit, pensé et enregistré par des êtres humains (nous en l’occurrence). L’outil numérique nous a permis de faire sonner ça de manière très professionnelle mais nos oreilles, nos doigts, nos voix, nos âmes ont été sollicités tout au long de la création. L’IA se contente de piocher dans des créations déjà existantes et de régurgiter de manière plus ou moins cohérente ce qu’elle a appris. Le contrôle de l’artiste devient limité et j’ai du mal à accepter ça. C’est un débat complexe… qui mériterait peut-être un album pour en parler plus en détail ;)

Avez-vous d’autres vidéos en préparation ?

Greg : Nous avons tourné un clip pour "Sekigahara" qui sera diffusé plus tard dans l’année.

A l’écoute de "Cairn", on prend la mesure de la richesse voire du côté foisonnant de l’ensemble et le travail abattu force le respect. Y a-t-il un aspect, un titre, un accomplissement relatif à ce nouvel opus qui vous rend particulièrement fier ?

Greg : Je suis particulièrement fier de la chanson "On Both Sides", qui mélange énormément d’éléments instrumentaux et vocaux. C’est pour moi le climax de cet album. Mais "Trail of Tears" a également une place à part dans mon cœur, je la trouve particulièrement émouvante. Mais en vérité j’aime l’album entier. Suis-je bien objectif ? :D

Avez-vous, personnellement, des titres préférés que vous conseilleriez en priorité au novice ? Lesquels… et pourquoi ?

Greg : Pour un novice qui veut découvrir le groupe sans rentrer directement avec des morceaux longs tels que les deux que j’ai cités dans ta question précédente, je dirai "Sufero" qui est très accrocheur et accessible.

Des projets de concerts en France ou ailleurs pour l’année en cours ?

Greg : Nous avons plusieurs dates prévues en France tout au long de l’année. Pas de tournée à proprement parler. Rendez-vous sur nos réseaux Facebook et Instagram où vous trouverez toutes les dates.

Si vous en aviez l’occasion, avec quels groupes rêveriez-vous de tourner ?

Greg : La plupart des groupes qui nous ont inspirés, Blind Guardian, Symphony X, Savatage etc. Mais pour l’exposition je dirais Metallica ou Iron Maiden.

Vos derniers coups de cœur musicaux, groupes, albums ou concerts ?

Greg : Pas du Metal, mais j’ai récemment découvert Larkin Poe, un duo féminin dans un style Country/Blues/Rock vraiment très sympa et que je te recommande.

D’autres projets à côté de Parallel Minds pour 2026 ?

Greg : Je travaille parallèlement (héhé) sur le nouvel album de The Enders qui est lui aussi plutôt ambitieux. On espère le sortir d’ici la fin de l’année. J’ai également intégré le groupe de Heavy/Doom Ecclesia en tant que chanteur, un nouveau single va sortir en avril et un album complet est en préparation pour 2027. Bref, j’ai un planning chargé !

Vous avez peut-être envie de dire ou partager des choses que les journalistes ne pensent pas forcément à vous demander… si c’est le cas, que souhaiteriez-vous nous communiquer au sujet de "Cairn" ? Allez-y, faites-vous plaisir !

Greg : Je pense qu’on a couvert pas mal de sujets. Je tiens juste à adresser un grand merci à tous les gens qui ont participé au Ulule pour le financement de l’album. Merci pour votre soutien. Et également un grand merci aux invités qui ont gentiment accepté de nous prêter leurs talents pour cet album.

Le mot de la fin :

Greg : Un grand merci à toi et à l’équipe d’Aux Portes du Metal pour votre soutien depuis le début. J’espère que vos lecteurs prendront le temps d’écouter et d’apprécier "Cairn".

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