Groupe:

Shaârghot

Date:

24 Octobre 2025

Interviewer:

L.Red

Interview Étienne Bianchi et Bruno Garay

Salut Shaârghot, merci d'accorder cette interview à notre webzine Aux Portes Du Metal.

Étienne : On a pas eu le choix on a reçu des menaces de mort (rires).

Comment ça va, prêt à mettre de la suie dans le public de la Fire Master?

Étienne : Ah mais ce n'est pas de la suie qu'on met. Si tu parles de la substance que Skarskin met sur la gueule des gens je suis incapable de te dire ce que c'est, et je pense que lui aussi.

Bruno : Il vaut mieux ne pas savoir.

Étienne : De toute façon il improvise à chaque fois.

Avant de parler des concerts, globalement Shaârghot c'est quoi ? Est-ce que c’est venu comme un concept pensé dès le départ, ou comme une créature qui vous a échappé et pris vie un peu toute seule ?

Étienne : Ça a vraiment été pensé comme ça dès le départ. Le projet vient de ma tête, un projet cyberpunk, post apo avec des influences mi metal mi electro. J'avais déjà une idée globale du monde, ce n'était peut être pas aussi détaillé que ça ne l'est maintenant mais en tout cas l'idée principale était là.

Comment se construit un morceau chez Shaârghot ? Qui amène les premières idées : la musique, les paroles, le visuel ?

Étienne: (lève la main en rigolant) Moi! Oui la grande majorité du temps les morceaux partent de moi. Le système de composition part de moi maintenant comme ça fait un petit moment qu'on se connaît je leur permets [aux membres du groupe] de faire plus de choses aussi, ils savent un petit peu ce que je veux depuis le temps. Un morceau comme Jump, c'est Bruno qui a apporté les parties couplets, en me disant "j'ai ça, je ne sais pas comment le continuer, qu'est ce que tu en penses?". Je lui ai dit "vas y c'est mortel, je suis chaud pour le continuer". Tous les couplets c'est Bruno qui les a fait de A à Z, chose assez exceptionnel.

Bruno à Étienne : Je t'ai fait écouter 7-8 morceaux avant où tu me dis "ouais non, peut-être plus tard mais pas là", et là "ah ouais, ça ça me plait"!

Après 8 tests quoi ! (rire général)

Étienne : Oui je suis très chiant.

Bruno : C'est son univers c'est normal.

Étienne : J'essaie d'avoir une bande son qui soit cohérente avec les images que j'ai en tête.

Comment avez-vous fait évoluer votre son entre les premiers EP et le dernier album ?

Étienne : Ça s'est fait assez naturellement à la base. Pour le dernier album on a beaucoup plus répétés en amont. Sur le premier album, ils sont arrivés tout était fait, alors que sur le deuxième album on l'a fait avec Clémence et il n'y avait plus qu'à enregistrer. Sur le troisième album on a joué ensemble, avant d'enregistrer on a fait tourner les morceaux.

Bruno : Il y a eu beaucoup plus un travail de groupe sur le troisième, c'était plus plaisant on avait plus de temps passé ensemble et à travailler vraiment ensemble pendant 6-7 mois pratiquement tous les week ends.

Étienne : Histoire d'arriver super affûtés au studio d'enregistrement. Toutes les parties basse, batterie ont été enregistrées en deux jours et demi et toutes les parties chant en deux jours et demi. Les guitares ont été enregistrées à part par Bruno et Paul. On voulait quelque chose de plus rond et organique au niveau de la basse et de la batterie, on en a profité pour enregistrer la voix. Pour les guitares on voulait quelque chose de très machine donc pas de nécessité de prendre un studio.

Bruno: Il y a deux visions, la vision studio et live, c'est pensé pour de la musique live.

Étienne : Faut que lorsque tu écoutes tu te sentes un peu dans la fosse et tu te dis ok là c'est le moment de bagarre.

Ça va bientot faire 2 ans que le Vol III. Let Me Out est sorti [1er décembre 2023]. A quand un prochain album?

Étienne : Bah attends, attends t'es trop pressée, là on va sortir le vinyle du Volume III.

Ah enfin, chouette nouvelle, et il sort quand?

Étienne : Ah bah alors ça... Le mois prochain, mais je ne te dirais pas quand (rires).

Je vous ai découvert il y a deux ans au Sidfest à Tours. L'identité visuelle est forte, c'est quasiment du théâtre. Est ce qu'il y a un scénario global derrière cette mise en scène?

Étienne : Y a pas un scénario sur le déroulé en live mais en fait il y a ces différents tableaux qui sont cohérents avec un seul et même univers, un univers global où tu peux t'y plonger.

Bruno : Ouais c'est immersif.

Depuis vos débuts, est ce que vous avez l'impression que les shadows [fans du groupe nommés ainsi par Shaârghot] ont évolué ? Comment vous faites pour que le public rentre dans le jeu?

Étienne : Bah déjà ils ont arrêté de finir à l'hôpital c'est déjà pas mal (rire). Je vois de plus en plus de gens grimés et maquillés aux concerts, je trouve ça chouette.

Bruno : C'est quand on fait des concerts qu'on se rend compte que les gens rentrent dans le concept, ça fait toujours plaisir.

On se rend compte en concert et festivals qu'il y a une vraie communauté derrière.

Étienne : Le concept de shadows army s'est un peu instauré de lui même, on a une fan base active qui est assez prolixe autant dans les trucs intéressants que dans les conneries (rire).

Vous pensez à une connerie en particulier ?

Etienne : On a eu une attention assez mignonne. Il y a une personne pour les 10 ans à la Cigale qui a eu l'idée de faire en livre d'or et de passer parmi les gens pour leur demander de le signer et nous le remettre en mode "Joyeux anniversaire des 10 ans". J'ai trouvé ça super chouette. Il y en a certains qui ont monté un groupe pour essayer de comprendre les paroles parce qu'elles ne sont publiées nulle part et d'autres qui vont construire des armes post apo et venir en concert avec mais nan c'est pas une bonne idée! (rires)

Si vous aviez un lieu un peu fantasmé pour animer le Shaârghot sur scène, ça serait lequel ?

Bruno : Alors moi c'est pas une scène, c'est une ville : Londres. C'est mon fantasme de jouer à Londres.

Étienne : Pour moi c'est un type de scénographie que j'ai vraiment en tête depuis très longtemps que j'aimerai bien faire un jour avec des cuves sur scène, de la camelas au plafond. Le jour où j'arriverai à faire ça je serai 100% heureux et je considérerai le projet comme ayant acquis le gap que j'espérais. Je pense pas que ça arrivera un jour...

Bruno: Mais si, mais si, avec des passerelles, avec du feu.

Étienne : Les passerelles sur les côtés je les vois bien, je pourrais limite les dessiner. Faudra pas mal de figurations et de camions pour transporter tout ça.

Justement Étienne tu parles de dessin, tu confiais en 2016 à Didier, le boss du webzine "Je compte bien développer l’histoire de la créature et ses acolytes sur format papier et à travers les vidéos [...] l’histoire existe, elle est écrite". Ça en est où alors ce projet?

Étienne : Si tout va bien ça sort fin de l'année prochaine, c'est presque fini d'être écrit, les 3/4. Dès que j'ai terminé de monter le live de La Cigale je me réattaque à ce dossier là.

Dans l’univers brutal et dystopique de Shaârghot, on pourrait croire que tout n’est que rage et destruction, et pourtant, on y trouve aussi des messages d’inclusion et de respect, notamment avec la présence de Clem. Est-ce une manière pour vous de montrer qu’au milieu du chaos, il y a encore de la place pour la diversité et la liberté d’être soi ?

Étienne : C'est même pas vraiment montré de cette façon là en fait. Pour moi c'est un sujet qui n'est même pas un vrai sujet parce que ça ne devrait pas être un sujet tout simplement. L'esprit de la ruche à laquelle sont soumis les shadows à travers le Shaârghot font qu'en fait il n'y a plus vraiment de distingo entre créatures, mâles, femelles, les diverses ethnies, qui forment un tout. Ce sont des individus issus d'un même groupe et qui partagent le même truc en commun et il n'y a pas besoin de voir plus loin que ça.J'ai pas de volonté à faire passer de message, chacun y voit ce qu'il veut.

Bruno: Des fois on nous a dit "ah bah vous avez pris cette personne parce qu'elle est atypique". N'importe quoi, on l'a pris parce que c'est une excellente musicienne et la personne humaine qu'il nous fallait tout simplement.

Étienne : C'est une façon de réduire les gens à un truc de marketing et je trouve ça révoltant. La vraie question c'est est-ce que t'es quelqu'un de cool et tu fais le boulot ? Une bonne partie des problématiques de notre monde actuel n'ont pas de sens. On est juste des créatures avec de l'anxiété qui essaient de survivre sur un caillou perdu au milieu de l'espace.

Y a t'il une question qu'on ne vous a jamais posé et à laquelle vous aimeriez répondre ?

Bruno : Ah c'est pas mal comme question.

Étienne : Ah celle là je ne l'avais pas prévu... Quel est l'impact psychologique des personnes qui composent le groupe sur la musique ? Ça tu vois c'est un truc très intéressant, on ne va pas se mentir dans la musique et plus largement dans le milieu underground la grande majorité des gens qui fréquentent ce truc là, ils sont tous déjà un peu secoués. Qui dit gens secoués, milieu secoué donc musique secouée.

Bruno : Non je ne pense pas, je ne suis pas d'accord. Un artiste a forcément quelque chose en plus que quelqu'un d'autre n'a pas, il a une sensibilité et la sensibilité a un panel de couleurs qui est sans limite. Chaque artiste n'a pas la même sensibilité.

Étienne : Et qu'est-ce qui fait que tu as cette sensibilité ? Et bien c'est déjà tes expériences de vie, et très souvent ou ton génotype ou ton phénotype. J'ai réussi à caler le mot phénotype (rire). Je trouve qu'on ne parle pas assez de psychologie dans le metal. Regarde le travail de David Thompson, c'est une ode à la psychiatrie dans l'ensemble de sa carrière on ne parle que de ça. On ne parle jamais de ce qui a motivé psychologiquement les gens à créer tel truc ou tel truc. Je trouve qu'il y a des types de profils psychiatriques même parfois en fonction des genres de metal.

Bruno : La musique en fait c'est un exutoire psychologique. Tu remets sur une sorte de partition tes états d'âme à un instant t parce qu'un compositeur ne va pas composer tout le temps, il va composer à des périodes. Crier et vomir tout ce qu'il y a à l'intérieur.

Étienne : On parle trop peu de la santé mentale et c'est justement quelque chose d'intéressant qu'il faut creuser surtout dans les musiques underground.

Bruno : Que ce soit dans la peinture, l'écriture, la musique, la sculpture aussi, tout le monde n'a pas ce petit truc pour faire ça.

Merci pour votre temps, hâte de voir le show de ce soir!

 

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