Groupe:

Wheel

Date:

28 Avril 2021

Interviewer:

Didier et Evanessa

Interview

Salut, merci de prendre le temps de répondre à quelques questions pour le Webzine français AuxPortesDuMetal.com, nous publierons cette interview en français et en anglais. Pour commencer, pouvez-vous présenter votre groupe à nos lecteurs?

Bonjour et merci de votre intérêt ! Nous sommes un groupe de quatre musiciens originaires d’Helsinki, en Finlande et notre musique est de style progressif. Notre carrière a débuté en 2015 et notre discographie inclut actuellement deux EPs et deux albums.

Comment avez-vous trouvé le nom du groupe ?

Avant tout, nous voulions trouver un nom composé d'un seul mot. Cela n’a pas été facile car la plupart des mots ont déjà été utilisés pour créer des noms de groupes. Wheel était initialement le titre d’une chanson cependant ce mot semblait parfaitement représenter notre idéologie en matière de création artistique. Ce symbole représente la continuité mais il reste toujours orienté vers l'avenir et vers le passé. Il représente le mouvement, la découverte de nouveaux territoires et de nouvelles idées, aussi bien sur le plan musical que dans la vie en général. Il permet de revenir fréquemment au point de départ tout en continuant d’aller de l'avant.

Selon vous, quelles sont vos influences musicales majeures?

Nous sommes quatre musiciens, nous avons tous nos propres influences et un grand nombre d’entre elles s’avèrent communes. Notre style comporte des éléments issus du rock progressif et du métal, du grunge et même du jazz et nous essayons d’associer une vaste gamme de styles et d'influences différentes pour créer le style unique de Wheel. Cependant, je préfère considérer les groupes et les artistes comme des sources d'inspiration plutôt que comme des influences directes, car cela permet de ne pas tenir compte de tous les facteurs stylistiques. En ce qui me concerne, Type O Negative, Iron Maiden, Pat Metheny, The Mars Volta, Sting et Danzig figurent parmi les artistes qui m’inspirent.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus concernant le line-up actuel? J'ai notamment remarqué que Roni ne figurait plus dans la liste des membres du groupe.

Oui, nous avons effectué quelques changements au cours des 18 derniers mois. Mikko, notre ancien bassiste, a été remplacé par Aki Virta à l'automne 2019, juste avant le début de la production de Resident Human. À peu près au même moment, Roni a annoncé qu'il allait quitter le groupe pour se concentrer sur sa carrière d'enseignant et sur sa famille, et nous avons donc rapidement fait appel à JC Halttunen pour le remplacer. JC nous a accompagnés pendant notre tournée européenne et peu après, nous avons constaté que la situation ne nous convenait pas. Ne vous méprenez pas, c'est un type formidable et un excellent musicien. Nous sommes toujours en bons termes, mais il ne convenait pas pour notre groupe. Nous nous sommes donc retrouvés en trio pendant les enregistrements et, au final, James a enregistré toutes les parties guitares de l'album, à l'exception du solo sur Hyperion, qui a été enregistré par Roni. Mais l'été dernier, nous avons fait quelques séances de répétition avec Jussi Turunen et il s'est parfaitement intégré au groupe. Il a finalement rejoint le line-up en août 2020.

Je sais que James a déménagé en Finlande pour créer ce groupe, cela signifie-t-il qu'il est actuellement plus facile de vivre en Finlande qu'en Angleterre lorsqu’on est musicien? L'Angleterre était l'endroit idéal pour faire de la musique, la situation a-t-elle changé ?

Je suppose qu’être musicien et vivre de sa musique sont deux situations distinctes. Il est certain que l'Angleterre permet d’accéder à beaucoup plus d'activités que la Finlande, qui est un petit pays lointain. Mais en réalité, James est d'abord venu ici pour travailler en tant que musicien professionnel et la situation s’avère plus facile en Finlande sur ce plan. Nous avons beaucoup de musiciens talentueux ici, mais le salaire est beaucoup plus intéressant par rapport au Royaume-Uni, pour autant que je sache. Cependant, la Finlande est une destination intéressante pour un musicien freelance. Monter un groupe en jouant sa propre musique constitue toujours un défi, dans tous les pays. La scène progressive est très limitée en Finlande et c'est pourquoi nous avons toujours eu pour objectif de partir en tournée dans d’autres pays.

J'ai chroniqué votre premier album, Moving Backward et il figurait déjà parmi mes coups de cœur. Je l’ai ensuite inclus dans mon top 5 des découvertes de 2019. Comment le premier album a-t-il été accueilli par la presse et sur le plan commercial ? Rétroactivement, considérez-vous qu'il comporte des imperfections ou des erreurs ?

Il a été extrêmement bien accueilli par les médias, ainsi que par le public, et nous avons reçu des commentaires positifs à son sujet. C'était notre premier album complet et nous sommes toujours satisfaits du résultat obtenu. Nous cherchons à progresser en permanence et cet album représente parfaitement notre groupe tel qu’il était à l’époque. Nous n’envisageons pas d’enregistrer un album similaire, mais cela ne signifie pas que nous regrettons nos choix. Il s’agit d’une représentation du groupe tel qu’il était à l’époque.

Vous avez commencé à participer à des tournées pour promouvoir Moving Backward en 2019, en jouant en première partie de groupes tels que Katatonia, Soen. Comment s’est déroulée votre expérience sur scène lors de la promotion de ce premier album ? Comment le public a-t-il réagi ?

Sincèrement, c'était vraiment incroyable. Nous n’espérions pas grand-chose lorsque nous avons commencé à participé à ces tournées mais nous avons reçu un accueil chaleureux du public la plupart du temps. Tous les soirs, de nombreuses personnes nous acclamaient à la fin de notre prestation alors qu’elles n'avaient jamais entendu parler de notre groupe auparavant. Ces tournées nous ont permis de conquérir un nouveau public. Notre style de musique convenait parfaitement à ceux des deux têtes d'affiche que tu as mentionnées, leur public incluait de nombreux fans potentiels de Wheel.

Malheureusement, en 2020, vous avez été obligés d’annuler tous vos concerts restants. Cela a du être vraiment frustrant de ne pas pouvoir promouvoir votre premier album comme vous l'aviez prévu.

En fait, nous avons eu la chance de pouvoir terminer notre tournée en Europe quelques semaines seulement avant le début de la pandémie et nous avions déjà commencé à travailler sur l'album suivant à ce moment-là. Mais évidemment, nous devions donner de nombreux autres concerts et oui, c'était très difficile de voir ces dates annulées ou reportées, l’une après l’autre. L'annulation de deux concerts en première partie de Meshuggah et de Devin Townsend a été notre plus grande déception. De plus, nous avions prévu de participer à une grande tournée avec Apocalyptica et Epica à la fin de l’année 2020 mais elle a été reportée au printemps 2021 par la suite et elle est finalement reportée au début de l’année 2022. Nous espérons vraiment qu'elle pourra avoir lieu. Le plus difficile est de ne pas savoir quand les tournées pourront reprendre.

Par contre, j'imagine que cette période creuse a probablement été propice à la création de nouveaux morceaux. Est-ce que c'est ce qui s'est passé pour Resident Human ?

En effet. Au départ, nous devions composer et enregistrer l'album en respectant un délai très court entre les tournées, mais nous avons eu davantage de temps pour le terminer et je pense que cela nous a donné l’occasion de l’améliorer.

Le titre est un peu mystérieux et il peut être interprété de différentes manières. Comment l'expliquez-vous ?

Il indique que l’album fait référence aux humains et à l'humanité. À l'origine, "Resident Human" n'était qu'un titre provisoire pour la chanson du même nom, mais au cours de la création de l'album, pendant que James écrivait les textes de toutes les chansons, nous avons constaté que le titre décrivait l'album dans son ensemble.

Comment avez-vous composé les morceaux de cet album ? Avez-vous procédé différemment par rapport à Moving Backward ?

En fait, nous avons travaillé de manière similaire. La plupart des chansons ont été conçues dans le home studio de James, il a défini les structures principales des morceaux mais nous les avons également arrangés et modifiés ensemble. J'ai arrangé mes parties de batterie dans notre salle de répétition par la suite et nous sommes entrés en studio. Les morceaux n'étaient pas tous terminés, l'album comporte donc des parties improvisées, notamment parmi les parties batterie. La plupart des lignes de chant et des textes ont été écrits après l’enregistrement des parties instrumentales.

Tout comme un autre de mes groupes favoris, Pain Of Salvation, vous êtes des maîtres de ce que j'appelle ‘les contrastes sonores’. Il s’agit de la capacité de passer du calme à l'énergie et à la violence en une seconde. C'est absolument stupéfiant. Passez-vous beaucoup de temps à travailler sur ces contrastes ?

La dynamique des chansons est définie au fur et à mesure que les chansons prennent forme. Elle varie en fonction de nombreux facteurs qui incluent notamment la longueur du morceau et le nombre de nuances différentes qui est requis pour une chanson spécifique. Ces deux critères s’avèrent essentiels pour obtenir un résultat intéressant et nous essayons avant tout d’offrir des expériences intenses aux personnes qui écoutent notre musique.

On remarque également une alternance subtile entre de longs morceaux progressifs et des morceaux courts et plus directs. Était-ce un choix délibéré ?

Il est intéressant d’opter pour des morceaux de différentes longueurs pour optimiser la fluidité de l'album. Certains concepts musicaux s'intègrent naturellement dans une structure plus courte et d'autres sont plus adaptés à une structure plus longue. Mais nous laissons toujours la musique prendre le dessus, nous laissons les chansons se développer de manière naturelle.

Le nom de Roni est indiqué pour le solo d'Hyperion, cela signifie-t-il qu'il s'agit d'un morceau plus ancien ?

Je pense avoir déjà répondu à cette question involontairement :) Donc non, il ne s’agit pas d'un ancien morceau mais c'était le seul qui nécessitait un solo de guitare.

La voix de James est très impressionnante. Elle évoque fréquemment des groupes tels que Tool ou Karnivool. Qu'est-ce que ça fait d'être comparé à des chanteurs comme Ian Kenny ou Maynard. Et quels sont les efforts requis pour maîtriser le chant de cette façon?

James devrait répondre à cette question, mais je vais plutôt vous faire part de quelques réflexions. À mon avis, les similitudes entre ces chanteurs sont principalement liées à l’association du style de la musique et de leur tessiture. Je pense qu'ils ont tous un timbre de voix unique cependant le contexte est similaire : du rock progressif grunge associé à une voix mélodique et des morceaux qui comportent peu de screaming ou de chants très aigus.

Votre musique est toujours empreinte de mélancolie et de noirceur. Qui écrit les textes et quels sont les thèmes abordés ?

James écrit tous les textes de Wheel. Les thèmes abordés concernent le monde qui nous entoure, les problèmes de société, le comportement humain, notre place dans l'univers. Cette fois-ci, James a également lu un livre pendant la création de l'album, "Hyperion Cantos" de Dan Simmons et il s’en est inspiré pour trois morceaux.

Dans le premier album, vous faisiez "marche arrière", dans le second vous décrivez tristement de nombreux aspects négatifs de l'être humain. Envisagez-vous "d’aller de l’avant" dans le futur ? Ce sujet pourrait-il stimuler votre créativité ?

En réalité, nous chercherons toujours à progresser, il vaut mieux éviter de rester ancré dans le passé, même si cela reste une métaphore. Nous aimons observer le monde sous différents angles et aborder des questions liées au passé et à l'avenir cependant le futur s’avèrera plus intéressant. Personne ne peut changer le passé, mais nous pouvons tous avoir un impact sur l'avenir de notre monde.

Nous sommes maintenant en 2021 et la situation ne s’est pas améliorée en ce qui concerne la musique live. A quel point est-ce devenu difficile pour les groupes, et pour vous-mêmes, de promouvoir votre musique sans partir en tournée ? Pensez-vous que le COVID affectera durablement la façon dont les groupes interagissent avec leurs fans ?

Oui, évidemment, il est difficile de promouvoir un album sans se produire sur scène, sans interagir directement avec le public. Désormais, tout se passe sur les réseaux sociaux. Mais nous ne pouvons rien faire contre cette pandémie et nous devons simplement trouver de nouveaux moyens de communiquer avec le public. De nombreux groupes organisent des live streamings et toutes sortes d'événements sur les réseaux sociaux et franchement, je ne serais pas surpris que ces activités perdurent après le covid.

Quels sont les projets de Wheel pour les mois ou l’année à venir?

Nous avons déjà commencé à composer de nouveaux morceaux et nous nous concentrerons sur cette tâche pendant le reste de l'année. Nous avons une chance inouïe de pouvoir le faire avant que les tournées ne reprennent. Nous espérons pouvoir participer à quelques festivals pendant l'été et éventuellement donner quelques concerts dans des clubs pendant l'automne... mais ce ne sont que des hypothèses, personne ne sait comment la situation va évoluer et si les vaccins vont fonctionner. Mais nous sommes censés repartir en tournée au début de l'année prochaine, au plus tard, j'ai hâte d'y être !

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ces questions. Je vous laisse conclure cette interview en adressant un message à nos lecteurs...

Merci à tous ceux qui ont lu l'interview jusqu'au bout ! Rendez-vous en tournée dès que cela sera possible, KEEP IT WHEEL !

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