Groupe:

Aephanemer

Date:

22 Novembre 2021

Interviewer:

ced12

Interview Aephanemer

Aephanemer a déjà sorti deux albums (ainsi que quelques EP). Pouvez-vous tout de même nous resituer le parcours du groupe ?

Martin : Bonjour à tous ! Aephanemer était à l’origine un projet solo que j’ai créé en 2014 afin de sortir un premier EP instrumental nommé « Know Thyself ». Après la sortie de cet EP, le projet solo est devenu un véritable groupe avec le recrutement de Marion (Chant et guitare rythmique), Mickaël (Batterie) et Anthony qui était notre bassiste remplacé en 2017 par Lucie. Avec cette formation, nous avons sorti deux albums : Memento Mori en 2016 et Prokopton en 2019. Notre nouvel album « A Dream Of Wilderness » est donc le troisième album du groupe, et le premier à sortir directement sur notre label actuel Napalm Records.

Quelles sont vos influences ? La scène death mélo scandinave semble une évidence mais y en a-t-il d’autres de plus « surprenantes » ?

Martin : Je dirais qu’aujourd’hui nos influences sont assez variées et partagées entre celles qui appartiennent à l’univers du metal et celles qui n’en font pas partie. Le death mélodique scandinave (Children Of Bodom, Amon Amarth, In Flames, …) représente en effet nos « fondations » musicales, mais j’irai plus loin en disant que le Metal scandinave au sens large influence beaucoup notre musique. Je pense en particulier à des groupes comme Windir, Therion, Dimmu Borgir, Nightwish, Finntroll, mais il y en a beaucoup d’autres que je pourrais citer !

Il y a aussi un second groupe d’influences qui n’a rien à voir avec le Metal et qui s’est constitué au fil des années de façon assez chaotique : la musique baroque, la musique patriotique soviétique ou américaine des 19ème et 20ème siècles, certaines OST de jeux vidéos ou de films, des chants religieux… c’est un peu le bazar à vrai dire!  

Le niveau technique d’Aephanemer est élevé. Quelle a été votre parcours musical à chacun (autodidacte ? école ? prof ?). Quels sont vos modèles dans chacun de vos instruments ? Et pour nos lecteurs musiciens, sur quel matériel jouez-vous ?

Martin : Nous sommes relativement autodidactes. Nous n’aimons pas vraiment l’apprentissage académique… Marion a pris des cours de chant pendant quelques années, et je crois savoir qu’elle a pris quelques cours de guitare tout comme Lucie à la basse et Mickaël à la batterie, mais nous sommes beaucoup plus à l’aise en apprenant par nous-mêmes et l’essentiel de notre apprentissage s’est fait de cette façon. Personnellement je n’ai jamais pris de cours de musique.

Ma guitare est une Jackson Warrior WRMG, Marion joue sur une Solar E2.6BOP, Lucie joue sur une basse custom et Mickaël joue sur une batterie composée de nombreux éléments de différentes marques… et hélas je ne vais pas être capable d’être plus précis !

Même question sur le chant de Marion Bascoul ? Quelles sont ses influences ? Le chant saturé est une vraie technique de chant. Comment appréhende-t-elle ce type de chant ? Comment a-t-elle fait ses armes ?

Marion : Quand j'ai débuté le chant saturé il y a une dizaine d'années, j'ai commencé toute seule et comme beaucoup de gens avec le DVD de Melissa Cross "The Zen of Screaming". Il s'agit d'une professeure de chant américaine qui a coaché de nombreux chanteurs et chanteuses de Metal comme Angela Gossow. Grace à ses vidéos, j'ai pu commencer à saturer ma voix, en essayant un peu tous les jours. Ensuite j’ai assez rapidement pris des cours, car il est de toutes façons indispensable d'apprendre les bases du chant pour pratiquer le chant saturé ! J’ai eu la chance de trouver une professeure dans ma ville qui s’est formée au chant saturé avec la méthode CVT de Cathrine Sadolin, une méthode complète de chant qui permet d'apprendre notamment tous les types de chants saturés.

Ce qui m’a beaucoup motivée au début était que je voulais jouer avec mon groupe de l’époque des morceaux d’Amon Amarth, dont j’étais, et suis encore, totalement fan. J’adore le chant de Johan Hegg, car il est précis, intelligible et narratif. C’est quelque chose que j’ai conservé et essayé de développer dans ma pratique personnelle. Angela Gossow a été également une figure très importante pour moi, car c’est grâce à elle que j’ai eu l’idée d’apprendre le chant saturé, et je me rappelle que je me suis beaucoup entraînée sur des morceaux d’Arch Enemy au début, la similitude de tessiture aidant beaucoup. Enfin je citerais comme dernière inspiration Mikael Stanne que j’admire pour l’expressivité de son chant, ainsi que pour son charisme radieux sur scène.

Du point de vue technique, j’ai commencé par pratiquer un growl médium, pour ensuite développer ma voix saturée dans les graves et surtout dans les aigus, ce qu’on commence à entendre sur notre deuxième album, Prokopton. J’essaie de développer les nuances et de varier les différents types de chant saturé, même si le growl reste ma technique principale. Je privilégie également la clarté et l’intelligibilité ; pour moi, il s’agit d’une technique vocale comme une autre, pour laquelle il est possible de progresser vers une grande précision.

 

Les retours ont été très bons sur votre dernier album, Prokopton. Avec le recul, quel est votre avis sur ce disque ? Et plus globalement sur le « succès » rencontré ?

Martin : D’un point de vue artistique, il est très compliqué de donner un avis sur notre propre musique. J’aime beaucoup les morceaux de cet album et je pense qu’on va les conserver longtemps dans notre setlist de concert ! Cet album nous a également été très utile car il nous a permis de tester plusieurs « processus » de composition ou d’enregistrement, que nous avons ensuite décidé de conserver et d’amplifier dans notre nouvel album, ou bien de supprimer si les résultats n’étaient pas formidables. Par exemple, c’était la première fois que nous travaillions avec Dan Swanö pour le mixage et Mika Jussila pour le mastering, et le résultat a été très satisfaisant vis-à-vis du son que nous souhaitions créer.

D’un point de vue promotionnel, Prokopton a clairement changé la donne pour nous et nous a permis de passer au niveau suivant : nous faire signer sur un « gros » label, rejoindre le roster d’un booker et de façon générale développer la fanbase du groupe à une vitesse beaucoup plus importante qu’auparavant.

Cela m’amène à aborder ce nouvel album. Pouvez-vous nous le présenter ? Où fut-il enregistré ? Quel est votre processus de composition ?

Martin : A Dream of Wilderness est notre nouvel album, qui va sortir le 19 novembre 2021 chez Napalm Records. Nous l’avons enregistré en partie chez nous dans nos home-studios respectifs, et en partie au Studio Waïti à Toulouse. L’album a été mixé par Dan Swanö et masterisé par Mika Jussila comme notre album précédent, mais l’expérience de Prokopton nous a permis de travailler plus précisément avec eux et de nous rapprocher encore du son que nous souhaitions créer. Concernant le processus de composition, il a été assez similaire à celui des albums précédents, c’est-à-dire que j’ai écrit la musique seul, puis j’ai envoyé les morceaux terminés au reste du groupe. Marion a alors écrit les paroles et ajouté les lignes de chant aux morceaux pendant que Mickaël et Lucie ont ajusté leurs parties respectives lorsque j’avais composé des choses injouables, ce qui arrive plus souvent que je ne souhaiterais l’admettre !

Difficile de ne pas aborder le sujet crise sanitaire. Cela a dû perturber vos plans. Comment vous-êtes vous adaptés ? Rien que pour pouvoir répéter par exemple.

Martin : Comme tous les groupes, les concerts et festivals que nous avions prévus ont été annulés et cela a été un coup dur car nous comptions sur ces concerts pour continuer à développer Aephanemer. Du coup, nous nous sommes à la place concentrés sur une stratégie de promotion en ligne qui a bien fonctionné. La pandémie nous a aussi permis de passer plus de temps à réaliser notre nouvel album, ce qui est une bonne chose. Le plus pénible a été de ne pas pouvoir répéter pendant les mois de confinement, car nous adorons nous retrouver et jouer ensemble ! 

Durant les périodes exceptionnelles comme ça, on peut assez facilement avoir l’impression de faire du « sur-place » et se dire que peut-être que la vie normale ne reviendra que dans plusieurs années, voire même jamais… mais l’action a été pour nous un antidote très efficace contre ces doutes. Notre état d’esprit était de nous dire que tôt ou tard nous allions retourner sur scène, et qu’à ce moment-là il faudrait avoir exploité cette parenthèse au maximum pour être prêts à 10000% et mettre une claque à tout le monde. Donc au boulot ! 

Comment voyez-vous l’avenir pour l’industrie du disque ?

Martin : L’industrie musicale dans son ensemble est dans une phase de croissance qui je pense n’est pas sur le point de s’arrêter. Le modèle du disque est en train d’être remplacé par le modèle du streaming + objets collectors et même si la question de la rémunération des artistes est loin d’être résolue, ce modèle économique génère plus d’argent chaque année. Dans le Metal spécifiquement, on observe un rachat des plus gros labels indépendants par des majors depuis une dizaine d’année. D’un point de vue « production artistique » le résultat de ces opérations est clairement douteux, mais elles sont une preuve tangible qu’il y a désormais assez d’argent dans le milieu du Metal pour intéresser les structures internationales. 

Je ne me fais donc pas de souci pour l’industrie musicale ni pour le metal en particulier, mais peut-être davantage pour les artistes eux-mêmes qui vont devoir faire plus d’efforts qu’il y a vingt ans pour comprendre l’environnement auquel ils appartiennent, générer des sources de revenus satisfaisantes et surtout ne pas se faire voler par tous les autres acteurs du milieu. C’est assez incroyable de voir la part énorme des revenus qui peut être captée par les intermédiaires qui se placent entre les fans et les artistes. Je crois qu’il ne faut pas hésiter à exercer un droit d’inventaire vis-à-vis des acteurs historiques des milieux musicaux (managers, bookers, labels, distributeurs, agence de promo, …) et se questionner sur la valeur ajoutée réelle de chacun d’entre eux. Les artistes ne peuvent bien sûr pas tout faire eux-mêmes, mais je pense qu’il faut bien réfléchir au coût caché que représente l’externalisation de tel ou tel aspect de la gestion du groupe.

Est-il vraiment indispensable pour un groupe d’avoir un manager qui va capter 15% de leurs revenus ? Est-il vraiment indispensable pour un groupe de déléguer la fabrication et la vente de leur merch à une entreprise qui va capter 70-80% des bénéfices ?

Vivez-vous d’Aephanemer ? Et si ce n’est pas le cas, avez-vous des emplois à côté ?

Martin : Nous ne vivons pas d’Aephanemer car nous réinvestissons 100% de nos bénéfices dans le développement du groupe. A vrai dire, nous pensons qu’il ne serait pas souhaitable de vivre exclusivement du groupe, car cela signifierait que notre activité artistique serait en partie dictée par des impératifs financiers de court terme et nous n’avons vraiment pas envie que nos décisions concernant la gestion du groupe soient parasitées par la nécessité de remplir notre frigo tous les mois.

Depuis la création du groupe, notre logique est au contraire que chaque membre doit se débrouiller pour gagner sa vie de son côté avec un boulot compatible avec l’activité du groupe. De cette manière, nous sommes tous en phase avec l’objectif principal de développer le groupe et de créer la meilleure musique possible.

Mickaël, Marion et moi sommes à l’origine ingénieurs en informatique, et Lucie ingénieure en mécanique des fluides. Aujourd’hui, mon activité « rémunératrice » est d’être professeur de guitare, alors que Mickaël et Marion sont tous les deux en train d’opérer une transition similaire vers des activités plus proches du milieu artistique : design et professeur de chant. Lucie quant à elle est actuellement toujours ingénieure.

Un mot sur vos clips. Ils sont plutôt aboutis. Qui s’en occupe ?

Martin : Nous travaillons depuis 2016 avec Cédric Gleyal et en effet nous sommes très satisfaits de notre collaboration ! Le travail de l’image et de la vidéo fait partie des compétences qu’on ne maîtrise clairement pas dans le groupe, et nous sommes très heureux de pouvoir compter sur lui pour nous aider à ce niveau. L’une des difficultés des tournages est de trouver des lieux intéressants pour chaque clip, mais jusqu’à présent nous n’avons jamais eu de souci !

En lisant quelques commentaires sur Youtube sur vos vidéos, j’ai été étonné du nombre de commentaires en anglais. Avez-vous du succès dans d’autres pays que le nôtre ?

Martin : En fait, l’essentiel de notre public est à l’étranger. Sur Facebook par exemple, il n’y a que 10% de notre public qui est français, et tout le reste est étranger. Il y a davantage de personnes qui nous suivent aux Etats-Unis qu’en France, et depuis l’année dernière l’Allemagne est juste derrière la France.

Depuis la création du groupe, nous essayons de toucher les fans de death mélodique dans le monde entier, plutôt que de nous concentrer sur le public national comme cela se faisait (par nécessité) il y a vingt ans. Cette stratégie est rendue possible par les outils numériques, qui sont clairement une aubaine pour nous. Il nous aurait été impossible d’avoir du succès sur le marché français seul tant notre musique ne s’inscrit pas dans la tradition du metal français de ces vingt dernières années. C’est la petite reconnaissance que nous avons à l’étranger qui nous permet d’être pris au sérieux dans notre propre pays.

Un dernier mot à nos lecteurs pour la fin

Martin : Merci à tous d'avoir lu cette interview ! J'espère que notre nouvel album "A Dream Of Wilderness » vous plaira et que nous nous rencontrerons l’année prochaine durant notre tournée française 😊 Passez une super journée !

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