Il y a quarante ans exactement, Flotsam And Jetsam sortait son premier méfait, le fameux Doomsday Of The Deceiver. Cette belle carte de visite était la promesse d’un avenir radieux... ce que confirma plutôt joliment No Place For Disgrace en 1988. La suite fut hélas plus "mouvementée" et le groupe américain, bien que globalement méritant, ne se montra pas vraiment à la hauteur de ses débuts (parfois, il a juste manqué de bol aussi...). Mais voilà que depuis dix ans, nos amis thrashers font davantage parler d’eux. Depuis l’album sans nom sorti en 2016, ces Américains ont enchainé des albums où le thrash véloce côtoie des influences heavy (et même power) avec un certain bonheur (allant même jusqu’à sortir un excellent Blood In The Water - avis personnel - en 2021). Qu’en est-il de ce Rats In The Temple dont les premiers extraits sont franchement rassurants ?
Dès les premières pistes, on peut tout de suite affirmer que Flotsam And Jetsam ne montre pas de signe de fatigue. Le lineup n’a pas bougé, il est exactement le même que sur les deux disques précédents, la production est puissante et moderne (avec une mise en avant de la batterie implacable de Ken Mary), les premiers instants de Harvesting The Hate introduisent une touche dramatique / épique avec un clavier qui disparaitra rapidement, la paire de gratteux Michael Gilbert / Steve Conley riffe solidement et leurs solos sont concis mais toujours empreints de dextérité... et la voix de Eric AK Knutson n’accuse pas le poids des années, le monsieur a encore un sacré coffre ! Tout le monde a l’air en forme, le morceau est rapide, carré, efficace avec un refrain mélodique qui fonctionne bien. On retrouve totalement le style des albums précédents... pas de surprise donc mais, surtout, pas de mauvaise surprise. L’énergie reste de mise sur Damnation qui fait dans le fédérateur à grands renforts de wo-oh-oh-oooh sur les refrains, le tempo se fera encore plus rapide sur Absolution, un titre bien speed qui ne fait pas de quartier... et alors que vous vous dites que le groupe va bien finir par se calmer, pas du tout, Blame The Knife ralentit un peu le tempo mais bande les muscles et fait preuve d’autant de dynamisme que les pistes précédentes (avec un petit côté dark sympa, un Knutson assez agressif et un refrain qui reste en tête... ça devrait bien fonctionner en live, ça !). Pas de repos pour les braves, la chanson titre déboule à une vitesse folle (après une intro symphonique que l’on pourrait trouver chez un groupe de power mélodique comme Primal Fear), avec un riffing assez différent et une ambiance un peu fantastique sur le couplet portée par un clavier bien utilisé (et pas trop envahissant). Force, précision, vélocité, interprétation convaincante et mélodies travaillées... c’est la recette de ce cru 2026 et l’on retrouve tout cela sur Ghost Behind My Door en sixième place dont le refrain est particulièrement bien fichu (avec là aussi, un caractère épique bien trempé). Toujours pas de mid-tempo ou de ballade en vue... Flotsam And Jetsam tient à démontrer, après quarante ans de carrière, qu’il n’est décidément pas bon pour la retraite. Et pourtant...
Oui, c’est l’heure du bémol. Je finis par décrocher un peu en cours d’écoute. Exactement comme ce fut le cas il y a deux ans avec I Am The Weapon. Et c’est bien dommage parce que les pistes suivantes ne sont pas moins bonnes (certaines sont même meilleures, surtout vers la fin, on en reparle dans un instant) mais l’album est un bloc de treize compos, dont la durée avoisine l’heure, et qui ne varie pas pas assez son propos pour me passionner jusqu’au bout. C’est rageant. Si j’écoute quelques pistes de façon isolée par groupe de trois ou quatre, je les trouve toutes réussies. The Edge Of Nowhere est très sympa, le riff et le refrain de Last Rites sont top... Mais voilà, l’ambiance est un peu toujours la même, Knutson chante super bien mais toujours de la même façon, le tempo est toujours rapide, parfois plus, parfois moins, mais globalement, ça avance, ça avoine... Et je finis par me perdre. Ah, on me dit que A Taste For War se démarque un peu de ses voisines avec un tempo et un chant différents. C’est vrai... mais elle arrive un peu tard, c’est la dixième piste. Même remarque pour le morceau suivant, Her Blood Your Pain qui fait ressurgir une influence Maidenienne palpable dans ses riffs accrocheurs.
On peut voir le verre à moitié plein : Flotsam And Jetsam est toujours là, avec des choses à dire, une sacrée énergie, un savoir-faire et un talent véritables, une verve qui, après quarante ans de carrière, en font un groupe absolument pas ridicule ni dépassé. C’est déjà un bel accomplissement. Avec un agencement différent (en faisant remonter les pistes de bout de course plus haut dans la tracklist), un peu plus de surprises (c’est la même recette depuis quelques disques) et davantage de coupures au montage (dix ou onze morceaux pour une quarantaine de minutes, c’eut été parfait), j’aurais trouvé ce Rats In The Temple plus digeste et enthousiasmant. Je suis ennuyé parce que j’ai vraiment envie de l’aimer, ce disque, et d’en dire du bien. Ce que je fais de bonne grâce par ailleurs. Mais le constat est finalement le même qu’en 2024 : les ingrédients sont là, le gros son, un chant de qualité, des super musiciens, de l’énergie, quelques compos vraiment efficaces ou inspirées, tout ça tout ça... mais je ne suis pas totalement conquis. Pour moi, un opus à diviser en deux. Deux très bons EP. Après tout, pourquoi pas... on n’est pas obligé d’écouter les albums d’une traite, si ?
Tracklist de Rats In The Temple :
01. Harvesting The Hate 02. Damnation 03. Absolution 04. Blame The Knife 05. Rats In The Temple 06. The Ghost Behind The Door 07. First On The Spike 08. The Edge Of Nowhere 09. Last Rites 10. A Taste For War 11. Her Blood Your Pain 12. Anthem For The Broken 13. Not Goin’ Down That Way