BEYOND THE STYX "Divid",
CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm",
ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset",
THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless",
VANIR "Wyrd"
Il y a eu le 21 septembre, support d’une chronique rappelant que cette date était importante dans un monde redevenu fou, puisqu’elle concerne la Journée de la Paix. Et le lendemain, donc le 22 septembre (crétin de Diable Bleu...), s’ensuivait une date tout aussi importante puisqu’il s’agit officiellement de la Journée du Hobbit. Et comme le Metal extrême est trop sourcilleux avec les usages et la malséance, nous devons nous appliquer à traiter le sujet avec sérieux. Surtout, nous nous devons de trouver un sujet mettant en lumière cette date, un album dont la sortie est d’actualité, qui croule sous le black Metal pur et lourd, possède un premier degré profond, saupoudré de magie bienfaitrice... mais surtout pas de bouffonnerie. Nous laisserons cette part aux musiques modernes ou à quelques groupes de Metal stupides dont je tairai les noms, non par complaisance, juste pour ne pas porter aux nues quelques tristes sires que l’on pourrait aisément traiter de brebis galeuses. C’est la mode en ce moment, vous en conviendrez...
Un album conceptuel consacré aux pérégrinations d’un poney imaginaire, qui convoque le black Metal, le chiptune et le dungeon synth, pourrait aisément passer pour une entreprise destinée à faire fuir les gardiens du temple. Pourtant, avec Onward, Lammoth réussit précisément l’inverse. Ce projet solo de Robert Sanford, multi-instrumentiste derrière ce nom inspiré de l’univers de Tolkien, ne cherche ni la provocation gratuite ni le clin d’œil facile. Il construit un véritable petit monde musical, dans lequel Bill le Poney avance à petit trot dans une Terre du Milieu carrément sombre, mélancolique et parfois franchement tourmentée.
L’univers de Tolkien irrigue évidemment Onward, mais l’album ne se contente jamais de jouer la carte du folklore fantasy. Il y a ici quelque chose de plus intime, presque contemplatif, qui explique sans doute pourquoi cette musique parvient à dépasser son concept initial. Les neuf compositions racontent des aventures, certes, mais elles semblent surtout raconter des états d’âme. La lumière y côtoie constamment une noirceur diffuse, comme si la Comté avait laissé entrouverte une porte donnant sur un monde beaucoup moins accueillant. Les amateurs de jeux vidéo retrouveront d’ailleurs certaines sensations familières, celles de ces Final Fantasy ou Kingdom Hearts capables de faire cohabiter couleurs chatoyantes, émerveillement et personnages profondément marqués par les épreuves.
C’est précisément dans ce contraste que Lammoth trouve une grande partie de sa personnalité. Les nappes de claviers installent des paysages presque féeriques avant que les guitares saturées ne viennent assombrir l’horizon. Les sonorités électroniques, les synthétiseurs aux accents vintage, les motifs 8-bit et les boîtes à rythmes pourraient facilement devenir un gadget dans les mains d’un autre musicien. Ici, ils s’intègrent au contraire dans la matière même des compositions. Ils apparaissent, disparaissent, éclairent un passage ou lui donnent soudain une coloration étrange, sans jamais venir réclamer le premier rôle. Le black Metal en reste le socle, avec ses blast-beats, ses guitares brouillardeuses et ses vocalises hurlées du fin fond du studio.
Onward réussit à faire cohabiter black Metal, chiptune et dungeon synth pendant une trentaine de minutes, il s’agit déjà d’une idée suffisamment farfelue pour faire lever quelques sourcils. La faire fonctionner sans donner l’impression d’assister à une réunion improbable entre un vieux PC, un donjon médiéval et une forêt hantée relève d’une autre affaire. Pourtant, tout s’emboîte comme dans un Rubiks Cube, avec fluidité et parfois avec délectation. Les éléments électroniques ne viennent pas décorer le Metal, pas plus que les riffs ne servent de simple caution extrême à une bande-son fantasy.
Je me permets de vous recommander Horsethieving et A Gardener, deux titres qui m’ont immédiatement fait fondre par leurs associations de claviers éthérés et de sombres riffs grondants. Il y a dans ces passages quelque chose de véritablement magique. C’est précisément ce genre de contraste qui donne à l’album sa profondeur et évite au concept de tourner au simple exercice de style.
Derrière Bill le Poney et ses aventures, on sent surtout la sincérité d’un artiste qui connaît son univers, qui l’aime et qui le confronte à son art musical, de la plus intègre des manières. Cette absence de cynisme est probablement l’une des plus grandes forces de Onward. Robert Sanford assume pleinement ses références, ses influences et son imaginaire. Le résultat est parfois contemplatif, parfois tonitruant, toujours surprenant.
Derrière son concept improbable se cache une œuvre sensible, inventive et finalement beaucoup plus humaine que ne pourrait le laisser supposer ce bestiaire fantastique. Onward parle de voyage, de liberté, de solitude, de persévérance et de cette étrange capacité à continuer d’avancer lorsque le chemin devient moins accueillant. Même un poney peut donc avoir droit à son odyssée intérieure. Le Metal extrême vient parfois chercher la grandeur dans des endroits pour le moins inattendus.
Inventif, sensible, tonitruant, Onward est un disque intime tout autant que, curieusement, très accessible au regard de l’énergie et du style déployés. Une belle réussite artistique, portée par une inventivité constante et une démarche dont le sérieux ne pourrait être pris en défaut. Car le Metal est un sujet sérieux. Sieur Kabet pourra en témoigner après sa déconvenue lors du live de Marcel et son Orchestre, qui a déroulé une bien triste prestation lors du Sidfest 2026. Honte à Marcel et honneurs à Robert.
À marquer dans votre calendrier, d’un coup de sabot, cette Journée du Hobbit, onglet 2027. C’est facile, elle suit la Journée de la Paix 2027, dont tout le monde se contre-fout. Robert, lui, aura tout mis en œuvre pour nous faire retenir la date. Paix et longue vie à lui et à ce petit Poney.
Tracklist de Onward : 01. Poor Old Half-Starved Pony 02. To Be Free (Bill) 03. A Gardener 04. Farewell, Good Beast of Burden 05. A Fox Passing Through the Woods on Business of Their Own 06. The Road to Bree 07. We Were Born to Suffer 08. Horsethieving 09. A Final Parting