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Artiste/Groupe:

Antrisch

CD:

Expedition III : Renitenzpfad

Date de sortie:

Mars 2026

Label:

AOP Records

Style:

Black Metal Atmos

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17.5/20

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Le black metal se nourrit traditionnellement de messes noires, de rituels au fond de forêts sylvestres, de paysages glacés et de châteaux monumentaux dignes de la Belle au bois dormant. Bref, tout ce qu’il faut pour passer une excellente soirée en famille. Mais il arrive que certains groupes décident de compliquer allègrement le décor. Il y a trois ans, Antrisch avait ainsi eu l’excellente idée d’emmener le black Metal dans une contrée encore plus accueillante : les glaces polaires. Avec Expedition II : Die Passage, les cinq allemands racontaient la tragique histoire de la première expédition polaire du XIXe siècle, dont les participants avaient découvert, un peu tard, que partir à l’aventure dans des conditions épouvantables n’était pas nécessairement charitable, ni pour leur espérance de vie, ni pour leur santé mentale.

L’album m’avait particulièrement marqué. Depuis, aussi fainéant qu’un Gaston Lagaffe, simplement équipé d’une paire d’oreilles très imparfaites et d’une ténacité passablement excessive, je surveillais donc les ondes. Enfin, « surveiller » est sans doute une bien belle illusion. Disons que je gardais une oreille entrouverte, entre deux activités parfaitement essentielles à la bonne marche d’une rédaction, comme repousser une chronique à plus tard, prendre un café pendant deux heures chez Mademoiselle Jeanne ou chercher un endroit tranquille où ne pas la rédiger. Le Grand Ordonnateur appelle cela de la procrastination. J’y vois plutôt une forme avancée de préparation pseudo-artistique.

Trois ans plus tard, Antrisch revient. Et cette fois, changement de programme : on range les moufles, le génépi, on sort la machette et les lotions antimoustiques. Direction l’Amazonie.

Le Grand Ordonnateur, après un coup d’œil à la date de sortie de la galette, aurait probablement préféré une chronique livrée à l’heure. Ced, dans son rôle de Prunelle maison, aurait probablement préféré que je commence à travailler. Quant à moi, j’aurais préféré une petite balade digestive. Mais quand on est chroniqueur chez APdM, il faut parfois choisir entre ses loisirs et son devoir. J’ai donc choisi le plaisir... avant de me faire rattraper par le devoir.

Cinq mois après sa sortie, me voici finalement embarqué dans Expedition III : Renitenzpfad, au cœur d’une jungle dans laquelle Gaston aurait probablement commencé par demander où se trouvait la sortie de secours. Le chroniqueur finira par regretter d’avoir demandé la suite : le voilà sur les traces du conquistador Lope de Aguirre, dans un environnement qui ne demande qu’à vous avaler.

Et il faut reconnaître que le personnage avait tout pour inspirer cinq Teutons amateurs de grandes épopées sombres. Rébellion contre la couronne espagnole, atrocités, violences envers les populations indigènes, assassinat de Pedro de Ursúa, qui commandait l’expédition vers El Dorado, puis proclamation d’un titre aussi modeste que « Prince du Pérou, de la Terre Ferme et du Chili » : Aguirre n’était manifestement pas venu pour organiser un trek entre amis. Son parcours s’achèvera à Barquisimeto, au Venezuela, en 1561. Avant son exécution, il ira jusqu’à faire tuer sa propre fille Elvira. Une belle âme, un beau monsieur. Rien de tel qu’une satanée saloperie historique pour fournir à Antrisch la matière d’un album concept particulièrement sombre. Rappels historiques ainsi faits, juste le temps de nourrir le chat et la mouette rieuse, rentrons enfin dans le vif du sujet.

Musicalement, Expedition III repose principalement sur des riffs mélodiques ou semi-mélodiques et sur le chant de Maurice Wilson. L’atmosphère naît très largement de cette association, avec une tension qui s’installe progressivement avant de resserrer ses lianes autour de l’auditeur. Les morceaux oscillent entre cinq minutes et demie et huit minutes, mais aucun ne donne une impression désagréable de longueur. Même Abkehr… , pourtant ponctué de nombreuses respirations atmosphériques, conserve cette tension nécessaire pour ne jamais devenir lassant.

La composition semble mûrement ordonnancée, chaque élément venant prendre sa place sans chercher à démontrer qu’Antrisch sait jouer plus vite, plus compliqué ou plus longtemps que le voisin. Maurice Wilson confirme une nouvelle fois qu’il possède une vraie capacité à transmettre les émotions. Son chant guttural reste proche de celui de Die Passage, assuré, puissant et particulièrement présent. Étonnamment, malgré cette prédominance vocale, l’ensemble ne devient jamais monotone.

Il arrive toutefois que les guitares soient presque noyées sous le mur sonore constitué par les cris et la batterie. J’espère que vous apprécierez autant que moi les trémolos mélodiques, qui parviennent à émerger nettement du reste de l’instrumentation. De saines respirations que l’on retrouve, par exemple, dans les arpèges de fin de Nattern & Narren - Los Marañones I.

Dès le début de Bittergrün - Los Marañones II, le riff principal installe cette sensation d’étouffement, tandis que le chant véhément donne immédiatement une forte personnalité au morceau. La partie centrale, avec son passage ambient particulièrement suffocant, renforce encore cette impression avant qu’un nouveau riff mélodique ne vienne remettre la machine en marche.

Et puis il y a ces guitares claires. Certaines sonnent de la plus belle manière, notamment dans la partie centrale de Hidalgo Infernal - Der Baskische Wolf ou durant l’introduction de Bittergrün - Los Marañones II. Ces incrustations mélodiques et atmosphériques touchent au sublime. Los Marañones I et Los Marañones II forment la partie centrale de l’œuvre.

Puisque nous sommes chez Antrisch, il serait dommage de traverser cette jungle sans quelques cris inquiétants sortis des fourrés. Les introductions parlées occupent en effet une place importante dans l’album. Dans Abkehr - Non Svfficit Orbis, par exemple, le passage situé vers la 90e seconde donne l’impression d’entendre un homme totalement terrifié tenter de décrire ce qui l’entoure. La jungle paraît alors se refermer autour de lui. Puis le morceau repart avec davantage de violence, porté par un riff mélodique agressif mais, une fois encore, très mémorable. La fin du titre ajoute un passage parlé en espagnol accompagné d’un autre sample sonore bien flippant. On comprend alors assez bien pourquoi le nom Antrisch, qui signifie « étrange » ou « inquiétant » en austro-bavarois, lui va plutôt bien.

La batterie se montre par moments impressionnante et apporte une lourdeur bienvenue à cette thématique psychologique. Quant à la basse, pas toujours parfaitement audible, elle réussit parfois à surnager au-dessus du reste, notamment dans Canis lvpvm edit... , où elle accompagne efficacement un riff particulièrement détonnant.

Il me faut toutefois être juste : cet album m’a moins marqué que Expedition II : Die Passage. De peu, soyons clairs et précis. Le changement d’environnement y est probablement pour quelque chose. Le précédent opus travaillait davantage le désespoir face à la mort, avec cet imaginaire polaire qui semblait naturellement se fondre dans les atmosphères du black Metal. Ici, Antrisch cherche moins à représenter la mort qu’une forme de folie progressive au cœur d’une jungle suffocante et presque claustrophobique.

La forêt devient un piège. Sa moiteur semble imprégner le décor autant que l’esprit de Lope de Aguirre. On avance, on tourne, on s’enfonce, on ne sait plus vraiment où l’on se trouve et, quelque part, il serait peut-être temps de demander son chemin. Les riffs atmosphériques, le chant charismatique de Maurice Wilson, les passages suspendus, les ambiances inquiétantes et cette histoire particulièrement sombre forment un ensemble cohérent et original.

Musicalement, je trouve l’album légèrement moins envoûtant que son prédécesseur. En revanche, plusieurs améliorations sont évidentes : la production est plus aboutie, les sonorités davantage recherchées et originales, les mélodies moins redondantes. Il ne m’aura pas autant embarqué que Die Passage, mais il confirme surtout qu’Antrisch possède toujours cette énergie créatrice. Et c’est probablement le plus intéressant. Parce qu’après deux expéditions aussi différentes, il devient difficile de savoir où ces cinq Allemands vont bien pouvoir nous embarquer la prochaine fois. On vous recommande en attendant ce live incroyable, qui reprend tout l’album.

Pendant ce temps, quelque part au fond de la rédaction, Longtarin, alias le Grand Ordonnateur, consulte encore sa montre. Je préfère ne pas regarder la mienne. À court de motivation, je vais encore attendre un peu, comme d’hab’ ! Cette fois encore, je prendrai ma machette et direction la grotte du Mail en retard. Là-bas, peinard, bien au chaud, je pourrai enfin terminer mes chroniques loin du regard de tous, et surtout du Grand Ordonnateur, alias Longtarin, le regard vissé sur sa montre. Peut-être que Mademoiselle Jeanne viendra prendre un café... histoire d’adoucir cette dure vie de chroniqueur.

M’enfin !

Recommandé à tous les amateurs de black metal léché et bourré d’inventivité. Perso, je suis convaincu qu’Antrisch est capable de durer pour nous livrer des albums exceptionnels. Leur potentiel est immense. Et sur scène, wouah, celui-ci explose en pleine figure.

Tracklist de Expedition III : Renitenzpfad :
01. Conquista - Prolog
02. Hidalgo Infernal - Der Baskische Wolf
03. Nattern & Narren - Los Marañones I
04. Bittergrün - Los Marañones II
05. Abkehr - Non Svfficit Orbis
06. Verschanzt - Perleneilandterror
07. Canis Lvpvm Edit - Wolfsfalle | Verratener Verräter

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