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Just'N'Fest Jour 1 : "She Rocks All Night"
Le vendredi 3 octobre, la commune de Saint-Just, dans l’Hérault, a vibré au rythme de la soirée d’ouverture de la 6ᵉ édition du Just' N Fest. Ce festival, désormais étalé sur deux jours depuis l’année précédente, inaugurait pour la première fois son programme du vendredi au samedi.
Cette première soirée, intitulée "She Rocks All Night", s’inscrivait dans le cadre d’Octobre Rose, campagne de sensibilisation contre le cancer du sein. Les organisateurs ont ainsi mis à l’honneur des groupes exclusivement féminins (Kill The Princess, Fallen Lillies, Madam) ou mixtes (Mundilfari), offrant une scène à des artistes puissantes et inspirantes. N’ayant encore vu aucun de ces groupes en concert, je m’attendais à de belles découvertes… et je n’ai pas été déçu.
Kill The Princess
Les premières à fouler la scène furent les membres du groupe Kill The Princess, formation 100 % féminine de rock alternatif. Révélées notamment lors du Hellfest "Le Off", elles ont su imposer leur style et leur réputation de "killeuses" n’est clairement pas usurpée.
Dès les premières notes, le ton est donné : Nightmare, To the Grave et The Weak Man, extraits de leur album Bites Smile, s’enchaînent avec une intensité redoutable. Le single The Outsider, sorti quelques semaines plus tôt, captive par son refrain entêtant et taillé pour rester dans les mémoires.
 
Au chant et à la guitare, Nell incarne le cœur du groupe : charismatique, elle alterne avec brio douceur et rage, notamment sur le poignant Lies. Mais elle n’est pas seule à briller : Céline (basse et chœurs), Émilie (guitare lead) et Eva (batterie) forment un quatuor soudé et explosif. Après un interlude instrumental intitulé Change Makers, elles relancent la machine avec What You Wanted, puis enflamment le public avec une reprise explosive de Like A Prayer de Madonna, chantée en chœur par une foule survoltée.
 
L’ambiance est électrique, festive et chaleureuse. Nell échange avec le public, plaisante, puis annonce Snakes, un excellent titre sorti au printemps et probablement présent sur leur prochain album prévu en novembre. Les deux morceaux joués ce soir laissent présager un opus prometteur.
 
Le set touche à sa fin, mais pas sans un dernier coup d’éclat : un wall of death déchaîné sur Inanimate Toy, suivi du très punchy Running After Time qui clôture ce moment intense. Une véritable claque musicale ! Kill The Princess a ouvert le bal avec une énergie brute et une générosité scénique qui ont conquis le public. Les quatre rockeuses quittent la scène sous une ovation méritée.
Setlist :
Nightmare
To The Grave
The Weak Man
The Outsider
Lies
Changes Makers
What You Wanted
Like A Prayer (Madonna cover)
Snakes
Inanimate Toy
Running After Time
Mundilfari
Changement d’atmosphère avec Mundilfari, groupe de metal symphonique originaire des environs d’Avignon. Fidèle au thème de la soirée, la présence féminine est incarnée par Karen au chant et Gaëlle au violoncelle, accompagnées de Charly à la basse, Ju La Bûche à la batterie, Jeep à la guitare, et le mystérieux Spectre, officiant au chant et aux incantations.
 
La salle s’obscurcit. Sur une intro envoûtante, les musiciens prennent place dans le noir. Le set débute avec The Last Soul Standing, véritable hymne sorti tout droit d’une taverne fantastique. Gaëlle fait vibrer son violoncelle, puis vient Dreki, porté par un riff d’intro mémorable. Plus mélodique, ce morceau met en lumière la voix de Karen, arrivée l’hiver dernier et désormais pleinement intégrée au groupe. Le jeu scénique, bien rodé, révèle une belle complicité entre les membres. L’intensité monte avec Freedom, puis explose sur Stranger Beast, marquée par l’entrée du Spectre. Sa voix incantatoire forme avec celle de Karen un duo saisissant, mêlant brutalité, mystère et beauté — une véritable évocation de "La Belle et la Bête".
 
L’ambiance continue de s’échauffer avec Into The Dark Box, 99#6, et Beasts Of Revenge, chacun accueilli avec ferveur par le public. Suivent Aràs et enfin Down To Helmein, qui clôture magistralement le set. Sur ce dernier titre, comme sur les précédents, la prestation de Gaëlle mérite une mention spéciale : ses parties de violoncelle ajoutent une profondeur et une intensité remarquables. Tout au long du concert, la joie de jouer du groupe était palpable, se transformant en une véritable communion avec le public.
 
En conclusion, Mundilfari a livré une performance puissante, à la fois sombre et lumineuse, qui restera sans doute comme l’un des temps forts de cette première soirée. Une démonstration éclatante de la capacité de la musique à transcender les limites physiques et à transporter l’auditoire bien au-delà de la scène. Et pour finir, un clin d’œil à Ju, qui a assuré tout le set… sur une seule jambe. Respect.
 
Setlist :
The Last Ship Down
Dreki
Freedom
A Stranger Beast
Into The Dark Box
99#6
Beasts Of Revenge
Aràs
Down To Helheim
Fallen Lillies
Le Just'N'Fest accueillait ce soir les Fallen Lillies, venues de Franche-Comté et qui foulaient pour la première fois une scène du sud. Et quelle entrée en matière ! Le quatuor féminin a offert au public un plongeon audacieux dans son nouvel album À Cran (coup de coeur de Fabulous), sorti quelques jours plus tard. Preuve de leur témérité : près des trois quarts des morceaux joués étaient encore inconnus du public.
Dès les riffs tranchants de De Chaîne et d’Os, la salle est happée. Hélène (chant/guitare), Laura (guitare), Marine (batterie) et Laetitia, la nouvelle venue à la basse, déploient un hard rock incandescent, nourri de textes militants. Les titres Imposteur, Plaisirs Amers et La Tête Haute confirment la direction francophone du groupe, portée par la voix rageuse et charismatique d’Hélène, qui entraîne la foule avec une intensité rare.
Le ton est donné : le répertoire s’est francisé, et seuls trois morceaux de leur premier album trouvent place dans le set. Puppet Show ouvre cette parenthèse avant que le public replonge dans À Cran avec Rouge Chaos, Washington Décès et Face à Eux. Par moments, Hélène abandonne sa guitare pour incarner avec seulement son micro une frontwoman à la Tina Turner déchaînée. Elle n'a peur de rien comme peut l'attester son plongeon dans la foule qui la porte telle une reine.
 
Elle interagit aussi souvent avec Laura, dont les solos électrisent, et avec Laetitia, dont la complicité avec Marine forge une rythmique implacable. Une incursion en anglais avec Virgin Lilly et Backlash embrase la salle, avant de revenir au nouveau répertoire : Haut et Fort, puis Féminicide 19, manifeste puissant contre les violences faites aux femmes, déjà remarqué au Hellfest mais absent du nouvel l’album. Le set s’achève sur À La Votre, hymne de partage et de fête, puis sur le dansant Basic Body Shaming, qui clôt cette prestation intense. Les quatre musiciennes quittent la scène sous les ovations d’un public conquis, galvanisé par cette énergie communicative.
 
Quelle claque ! Les Fallen Lillies ont livré une démonstration magistrale, assumant pleinement leur virage francophone et leur audace de présenter majoritairement des titres inédits. Ce soir, ce ne sont pas quatre musiciennes que nous avons vu, mais quatre furies, prêtes à tout emporter sur leur passage. Leur prestation XXL restera comme l’un des grands moments du festival.
Setlist :
De Chaine Et d'Os
Imposteur
Plaisirs Amers
La Tête Haute
Puppet Show
Rouge Chaos
Washington Décès
Face à Eux
Virgin Lilly
Backlash
Haut Et Fort
Féminicide 19
À La Votre
Basic Body Shaming
MADAM
La soirée rock féminin du Just'N'Fest s’est clôturée en apothéose avec MADAM, trio toulousain formé en 2018. Composé de Gabbie (chant/guitare), Marine (basse/chant) et Anaïs (batterie/chant), le groupe s’est imposé comme la tête d’affiche de l’événement, prêt à déchaîner les passions et à marquer les esprits.
Dès les premières notes, l’énergie est explosive et communicative. L’enchaînement Broken City, Mad et Rodeo lance le set sur les chapeaux de roues : le public comme le groupe se donnent déjà à fond. Porté par un rock hargneux et sans concession, l’ambiance ne cesse de monter en intensité.
Le titre Your Song, hérité de leurs débuts lorsqu’elles étaient encore un quatuor, fait littéralement exploser la salle. Puis vient l’envoûtant La Meute, véritable invitation à rejoindre leur clan. Gabbie apporte une touche sensuelle et enjôleuse, tandis que Marine et Anaïs tissent une rythmique raffinée mais puissante, offrant à Gabbie l’espace idéal pour poser ses riffs et sa voix avec aisance (La Meute, To The Moon, Battle Ground).
Chaque morceau agit comme une déflagration sur le public, mais deux titres méritent une mention particulière : Mirror, avec son final épileptique qui plonge l’auditoire en transe, et Dance, véritable feu d’artifice final où la salle entière saute et danse en chœur avec MADAM.
Ces trois Toulousaines ont le rock qui coule dans leurs veines. À elles seules, elles incarnent une furia irrésistible, galvanisant un public conquis qui les acclame longuement avant de les retrouver au stand de merchandising. Une prestation intense et fédératrice, qui confirme MADAM comme l’une des figures montantes du rock féminin français.
Setlist :
Broken City
Mad
Rodeo
Your Song
La meute
Falling Girl
To the Moon
Battleground
The Ride
Fire
The Niki Song
She's Gone
Lily
Witches
Mirrors
Dance
Les organisateurs du Just’N’Fest ont eu une idée brillante en consacrant cette soirée au rock féminin. Les quatre groupes programmés ont littéralement embrasé la scène : énergie débordante, générosité sans limites et une intensité qui a conquis le public dès les premières notes. Chaque set fut une démonstration de puissance et de passion, prouvant que le rock n’a pas de frontières de genre.
Chapeau bas, mesdames ! Vous avez offert une prestation mémorable, digne des plus grandes scènes. Quant aux messieurs attendus demain samedi… il faudra sortir l’artillerie lourde pour espérer rivaliser avec ce niveau d’engagement et d’émotion.
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