Artiste/Groupe:

Savatage

CD:

Streets - A Rock Opera

Date de sortie:

1991

Label:

Style:

Heavy Rock Opera

Chroniqueur:

Blaster Of Muppets

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Attention, vous êtes prévenus, cette chronique contiendra un jeu de mots bien foireux en guise de conclusion. Veuillez, d’avance, acceptez les piètres excuses du rédacteur, pauvre chroniqueur fatigué qui a hâte que l’année se termine.

En flânant nonchalamment sur le net, il m’est arrivé de lire des commentaires déçus concernant Streets, septième production du groupe floridien Savatage. Même si je me dois de respecter la déception de certains, je ne peux m’empêcher de rester un peu abasourdi à la lecture de critiques négatives à son encontre. Certes, il y a un changement de cap notable (déjà amorcé sur le précédent et excellent Gutter Ballet). Streets, paru en 1991, annonce en quelque sorte la couleur d’une nouvelle décennie pour Savatage. C’est un concept-album (leur premier) avec davantage de piano, de ballades, de mélodie et de mélancolie... ce côté "opéra rock" (annoncé dans le titre, vous ne pourrez pas dire qu’ils vous ont pris en traître) que l’on retrouvera sur des productions ultérieures (mené à son paroxysme avec la naissance de Trans-Siberian Orchestra un peu plus tard). Pour ceux qui attendaient un retour au heavy à la Sirens ou à la Hall Of The Mountain King, désappointement il y a dû avoir (le Yoda qui sommeille en moi s’invite parfois à la rédaction de mes articles). Et je vais tout de suite concéder autre chose : oui, la production pourrait être meilleure. Elle n’est sans doute pas à la hauteur d’un tel projet. Ceci étant dit, je ne trouve pas que le son du disque, aussi imparfait soit-il, empêche véritablement de savourer son contenu... Et je suis plutôt du genre à insister sur l’importance d’une bonne production ! Soit, niveau son, c’est un peu décevant (pas inécoutable, loin de là)... mais après ? Aurions-nous ignoré des œuvres comme The Number Of The Beast, Screaming For Vengeance, ou Master Of Puppets si la production de ces albums n’étaient pas ce qu’elles sont ? Serions-nous complètement passés à côté des compositions inoubliables qu’elles contiennent ?

Parce que, ne nous trompons pas, c’est bien de cela qu’il s’agit ici. Streets est un album qui contient de véritables pépites absolument incontournables que tout fan de Savatage (ou de metal mélodique) ne saurait ignorer ! Je comprends qu’il déroute un peu, il est moins épique et dévastateur que ses deux prédécesseurs : les fameux Hall Of The Mountain King et Gutter Ballet cités plus haut. Il contient de nombreux temps calmes sous la forme de ballades mélancoliques et l’on écoute parfois juste Jon Oliva accompagné d’un piano (A little Too Far, Heal My Soul)... Mais quelle émotion ! Et puis, des titres heavy et flamboyants, ce disque n’en manque pas. Savourez des morceaux comme Streets, titre noir et majestueux à l’intro qui file des frissons (cette chorale d’enfants suivie d’un petit carillon avant que ne déboule le reste du groupe...) ! Ecoutez le classique Jesus Saves et son riff génial ! Headbangez sur des compositions agressives telles que Sammy And Tex ou Agony And Ecstasy ! Laissez-vous emporter par la majesté d’un Ghost In The Ruins (et son solo magique) ou d’un New York City Don’t Mean Nothing (avec sa douce intro qui laisse croire à une ballade acoustique, puis sa basse et sa batterie endiablées avant une montée instrumentale épique qui précède la courte conclusion acoustique, la boucle est bouclée). Et je n’ai même pas mentionné la classe poignante de Tonight He Grins Again, petit bijou d’écriture, toujours sur le fil d’une musique mélodramatique ou grandiloquente sans jamais se vautrer dans le kitsch. J’ai vraiment du mal à admettre, malgré mes efforts, que l’on puisse rester insensible à tout cela... 

Savatage a évolué, gagné en profondeur, en maturité... mais il n’a pas tourné le dos à son passé non plus. Quelques pistes auraient pu figurer sur des albums précédents. Il faut relativiser la notion "Rock Opera" du titre. A l’apparition de ces mots, on imagine une superproduction avec orchestrations et multitude d’invités, vocalistes, etc. En vérité, c’est juste Savatage qui joue... avec une touche hard rock opératique plus accentuée et un peu plus de piano ou claviers qu’à l’accoutumée. On retrouve parfois du heavy emprunt d’une certaine lourdeur héritée de Black Sabbath, mais aussi un hard rock grandiloquent à la Alice Cooper (You’re Alive) et des éléments rock progressifs qui me font parfois penser à du Supertramp (celui, beau et sombre, de Crime Of The Century... n’allez pas imaginer de la pop légère et entêtante genre Breakfast In America). Streets, c’est surtout beaucoup d’émotion, c’est la voix écorchée de Jon Oliva qui livre ici, avant de quitter momentanément son poste de chanteur, sa prestation la plus intense. Si la chanson Believe (conclusion magistrale de cet opus) vous est connue, vous savez de quoi je parle. Jon module, il hurle, murmure... son chant est plus expressif que jamais. Ce disque, c’est également l’osmose des frères Oliva pour la dernière fois réunis avant la tragique disparition de Criss (deux ans plus tard). Je viens de parler de la performance de Jon mais que dire de celle de son guitariste de frère ? Absolument sublime ! Les riffs et soli sont tout bonnement époustouflants et me donnent la chair de poule.

Il y a de la force, de l’effervescence et de la magie distillées tout au long des compositions qui constituent ce concept-album. Streets : c’est du panache, de l’énergie rock magnifiée par un piano très présent, une œuvre sombre et intense, certainement imparfaite (la production bien sûr, et une poignée de titres dispensables)... mais si attachante ! Cet opus contient quelques classiques du groupe, des parties de guitares majestueuses (j’insiste : ma-jes-tueuses !), un chant habité, de belles paroles aussi (sur un thème somme toute assez classique : grandeur, décadence, rédemption d’une rock star)... C’est une œuvre riche et ambitieuse, une aventure qui ne se refuse pas... et qui se creuse ! Elle peut demander quelques efforts au début : beaucoup de pistes, de facettes, de ballades, pas loin de soixante-dix minutes de musique... mais une fois qu’on en a bien fait le tour, on est récompensé, suivi, hanté par ce disque qui comprend certaines des plus belles compositions jamais enregistrées par Savatage. Bref, voilà un chef-d’œuvre.

Allez, je vous laisse... Comme souvent, j’ai trop écrit, et pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir réussi à exprimer tout ce que j’aurais voulu dire à propos de cet album. Et chose promise, chose due... Streets : un disque loin d’être à la rue ! Bah dum ching ! Merci, c’est tout pour moi... Bonne soirée !

Tracklist de Streets - A Rock Opera :

01. Streets
02. Jesus Saves
03. Tonight He Grins Again
04. Strange Reality
05. A Little Too Far
06. You’re Alive
07. Sammy And Tex
08. St Patrick’s
09. Can You Hear Me Now
10. New York City Don’t Mean Nothing
11. Ghost In The Ruins
12. If I Go Away
13. Agony And Ecstasy
14. Heal My Soul
15. Somewhere In Time
16. Believe

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