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Artiste/Groupe:

Sad Serenity

CD:

Tiny Miracles

Date de sortie:

Juillet 2025

Label:

Indépendant

Style:

Metal Progressif

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17/20

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Avant toute autre chose. À tout Saigneur, tout honneur…
Merci à Sieur Stéphane Gallay de m’avoir remis cette chronique dans l’oreille, car un an s’était déjà bien écoulé sans que le moindre neurone ne daigne bouger. Comme quoi, certaines œuvres ont besoin de mûrir, et certains chroniqueurs approximatifs, d’un bon coup de sonnette.

Il y a trois ans, Sad Serenity publiait son premier album, The Grand Enigma, une proposition prometteuse dans le monde du Prog Rock, qui ne nous avait pourtant pas totalement convaincus. Nous avions alors relevé une tendance à étirer certaines compositions sans toujours parvenir à justifier la totalité de leur durée, tandis que les morceaux les plus courts regorgeaient de créativité, de talent et d’un sens mélodique particulièrement séduisant. Le dossier Sad Serenity avait donc rejoint le sommet de la pile des formations à suivre, nos oreilles restant grandes ouvertes dans l’attente d’une maturation bienvenue.

Depuis le 25 juillet 2025, Tiny Miracles, deuxième album du groupe, est disponible. Six titres, deux de moins que sur le précédent, mais dix minutes supplémentaires au compteur : aïe pour les amateurs de formats courts, ou ouf pour ceux qui aiment prendre le temps de s’installer ! Derrière cette nouvelle livraison, on retrouve Marcell Kaemmerer, âme créative de la formation, qui compose, écrit et arrange l’ensemble des morceaux. Son credo sur ce deuxième album ? Mettre en lumière ces petits miracles du quotidien que nous finissons par ne plus remarquer, à force de les côtoyer. Une démarche presque salutaire dans un monde où certaines préfèrent filmer leur ego démesuré en sortie vélo montagne plutôt que de profiter des beautés de Dame Nature, quitte à oublier le paysage au profit de leur propre mise en scène.

Pour aborder cet album, amies lectrices et amis lecteurs, imaginez un sachet de bonbons acidulés, multicolores et multi-goûts, dans lequel chaque friandise réserve sa propre surprise. Sauf qu’ici, pas de sucre industriel ni de recette calibrée pour plaire au plus grand nombre : Sad Serenity adore mélanger les saveurs, quitte à nous faire grimacer de plaisir au détour d’un changement de rythme. Ce genre de paquets est encore meilleur quand on l’a piqué à un gosse. Merci de nous avoir remis le sachet sous le nez, Sieur Stéphane !

Dès A Cabin In The Woods, le morceau d’ouverture qui frôle le quart d’heure, les premiers changements sautent aux oreilles. Les riffs de guitare côtoient des mélodies de piano apaisantes et des interludes atmosphériques, sans que l’ensemble ne sombre dans la démonstration technique à la gloire de l’ego du musicien. La composition impressionne par son élégance, avec une coloration Prog britannique particulièrement agréable. Marcell Kaemmerer, notre artiste doué, y déploie un véritable arsenal, entre gros riffs, couplets soutenus par la basse et claviers aux apparitions diaphanes. Le maître sucrier allemand compose, arrange et joue de tout : à ce stade, on se demande surtout s’il connaît un bon dentiste.

Au cœur du paquet de friandises, le chanteur grec George Margaritopoulos fait des merveilles. Sa voix puissante, capable de grimper dans les aigus avec une aisance déconcertante, donne une ampleur supplémentaire aux compositions. Les amateurs de Prog apprécieront cette prestation majuscule, particulièrement lorsque les refrains de Torn et de Tiny Miracles viennent hérisser les poils déjà dressés par les premières envolées instrumentales. Les structures restent suffisamment accessibles pour laisser respirer les mélodies, sans sacrifier la richesse des arrangements.

La section rythmique, portée notamment par le batteur Vinny Silva, n’est pas là pour distribuer des berceuses. Ça cogne, ça relance, ça double-pédale avec conviction, pas venu là pour vendre des maracas notre brésilien. D’autres musiciens venus de différents horizons enrichissent la galette sonore : violon de Lathika Vithanage, venue d’Australie, flûte traversière d’Aranka Stimec et accordéon d’Ellen Mross viennent compléter ce joyeux laboratoire musical. Björn von Känel harmonise l’ensemble dans un mixage d’une agréable légèreté, qui aère chaque ingrédient sans transformer le sachet en bouillie de confiserie.

Torn, avec ses huit minutes bien tassées, alterne entre puissance et finesse, ça on adore, tandis que Tell The Moon déroule un jeu de guitare complexe et agréable. Les longs passages instrumentaux occupent une place importante, offrant à George Margaritopoulos l’occasion de ménager des pauses prolongées. Une belle respiration dans un album qui ne manque pourtant pas de souffle. Une sacrée claque de nouveau.

Puis arrive Alter Ego, le morceau le plus court et le plus intense de l’album, qui constitue mon coup de cœur personnel. Une belle concentration d’énergie et d’envolées mélodiques, comme si le groupe avait décidé de presser le sachet pour en extraire tout le jus. Je vous invite chaleureusement à y goûter, même si nos papilles ne réagissent pas toutes de la même manière.

Et puisqu’il faut bien le bonbon phare pour magnifier les délices, voici The Elemental Dance, pièce maîtresse de près de 23 minutes qui rassemble toutes les facettes de Sad Serenity. Les envolées progressives se mêlent aux déferlements de brutalité, les blast beats déboulent sans prévenir et les growls incisifs viennent secouer les compositions. Andrew Huskey apporte ici sa contribution vocale, tandis que Margaritopoulos place encore toute l’étendue de son registre. Près de 23 minutes de montagnes russes musicales, sans ceinture de sécurité, mais avec un pilote devenu dingue qui se rappelle étrangement où se situe l’arrivée. Une tornade, ce truc !

On pourrait craindre qu’une telle générosité finisse par peser, mais Tiny Miracles évite justement le piège qui nous avait partiellement retenus sur le premier album. Les six compositions débordent d’énergie, les développements instrumentaux servent davantage le propos et la longueur ne paraît plus être une ambition en soi. Le groupe a manifestement appris à mieux doser ses ingrédients, et la recette gagne en cohérence sans perdre sa richesse.

Je pourrais évidemment me perdre à chercher les habituelles ressemblances avec les grandes formations du Prog Metal, histoire d’étaler cette science bien approximative reconnue au sein des APdM. Mais je vais, pour une fois, résister à cette tentation chronique : comparer systématiquement un groupe à ses illustres voisins, c’est parfois lui coller une étiquette avant même d’avoir pris le temps de le découvrir. Et puis, le sachet de Sad Serenity  possède suffisamment de saveurs pour se passer d’un emballage emprunté à la concurrence.

Avec cet excellent Tiny Miracles, Sad Serenity franchit un cap et confirme son potentiel. L’album exige un peu de disponibilité, mais se révèle étonnamment fluide au regard de ses ambitions. La formation a gagné en niaque, en maîtrise et en capacité à faire cohabiter douceur, complexité et brutalité. Le morceau-titre, qui clôt l’album, en apporte une dernière démonstration vraiment géniale.

Sad Serenity monte ainsi sur le podium des formations progressives à suivre de très très près. Le sachet est généreux, les parfums variés et les acidulés suffisamment corsés pour réveiller les papilles les plus blasées. Nous attendons donc la suite avec une réelle impatience. En espérant simplement que Sieur Stéphane Gallay, grand Saigneur en matière de GMA (Grosses Musiques Assourdissantes), nous abandonne dans les mêmes conditions son prochain sachet à nos oreilles gourmandes. En prévision je préviens d’ores et déjà le dentiste...

PS : Mille merciS à Stéphane Gallay pour cette belle inspiration. Un autre merci pour son accent anglais, nettement plus convaincant que son absence d’accent suisse ! Pour découvrir ce bavard truculent, c’est par ici : Lien 

Tracklist de Tiny Miracles :
01. A Cabin in the Woods
02. Torn
03. Tell the Moon
04. Alter Ego
05. The Elemental Dance
06. Tiny Miracles

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