Sorti en 1988, No Rest For The Wicked est une étape importante dans la carrière de notre cher Ozzy et je l’affectionne tout particulièrement. Faisant suite à deux albums, Bark at the Moon et The Ultimate Sin, plus inégaux que les excellents débuts de la carrière solo du Madman, mais tout de même très recommandables (Jake E. Lee était un guitariste flamboyant et ces deux disques contiennent quelques titres forts devenus des classiques), cette nouvelle proposition marque les esprits de par son côté plus sombre et heavy. Alors oui, une certaine magie s’est estompée depuis Blizzard Of Ozz. Les albums sont un peu moins riches, classes ou subtils (on n’entendra plus d’ambiances ou arrangements telles qu’on en trouvait sur des titres comme Revelation (Mother Earth), Diary Of A Madman ou Waiting For Darkness...), et avec No Rest For The Wicked, on arrive clairement sur une proposition un peu plus directe voire "bas du front". Ca sonne un peu péjoratif, dit comme ça mais ne vous y trompez pas, comme dit plus haut, j’aime beaucoup ce disque.
Cela est certainement dû à l’arrivée d’un jeune prodige de la guitare, inconnu à l’époque du haut de ses vingt-et-un ans, j’ai nommé Mr. Zakk Wylde. C’est simple, cet album est une succession de riffs et soli absolument monstrueux. Il a un son (énorme) parfaitement identifiable, une identité forte aussi... avec ses riffs bien gras ponctués d’harmoniques sifflées. N’importe quelle personne ayant déjà entendu le monsieur est capable de reconnaître son jeu en quelques secondes, je pense. Cette collaboration n’en est qu’à ses balbutiements mais, on le sait, elle va durer trèèèès longtemps... jusqu’au bout, même. Lors du fameux concert d’adieu de Birmingham en juillet dernier, Zakk était toujours là, fidèle au poste, à accompagner le patron. Le reste du groupe se défend pas mal non plus, cela dit. Alors, attention, c’est bien Geezer Butler, ancien compère du Madman lors des années Black Sabbath, qui apparait dans le livret mais celui-ci n’est arrivé qu’après l’enregistrement de l’album, pour en assurer la promo et la tournée. Le bassiste qui a contribué à l’écriture de l’album et à son enregistrement n’est pas n’importe qui car c’est le providentiel Bob Daisley qu’on avait plus vu après Bark At The Moon. A la batterie, on retrouve Randy Castillo qui reprend du service après The Ultimate Sin et restera jusqu’à la fin de la tournée "d’adieu" (ha ha, elle est bien bonne, celle-là !) No More Tours en 1993.
Les présentations sont faites, parlons musique ! Ce sont la guitare de Zakk Wylde (avec un super riff) et le rire possédé de notre cher Ozzy qui lancent l’album avec Miracle Man (chanson "pique" visant un télévangéliste impliqué dans un scandale sexuel avec prostituées). Le morceau est entraînant, direct, avec un excellent solo montrant tout de suite de quel bois Wylde se chauffe ! Cela va se confirmer sur les pistes suivantes, le jeune Zakk veut clairement laisser sa marque, sa fougue est notable... il en fait peut-être même un peu trop mais - à titre personnel - j’aime beaucoup. Ce solo incroyable sur Devil’s Daughter, deuxième piste qui confirme bien l’orientation énergique de ce cinquième album, par exemple... quel régal ! Et même sur des titres que je trouve plus mineurs (comme Crazy Babies), le guitariste arrive à balancer un riff bien charnu qui accroche l’oreille immédiatement. Certes, je n’arrive pas à me passionner pour Breaking All The Rules, compo pourtant assez appréciée (et choisie comme single)... je la trouve un peu redondante et pataude, jamais trop compris l’engouement qu’elle suscitait... mais ça n’est pas grave car No Rest For The Wicked contient beaucoup de pistes qui font mouche. A l’instar de Miracle Man ou Devil’s Daughter déjà cités mais aussi de l’excellente Bloodbath In Paradise (avec son intro dramatique à l’atmosphère très particulière) ou des remuantes Tattoed Dancer et Demon Alcohol qui sont autant d’uppercuts renforçant le côté heavy de l’album, sur lesquels Mr. Wylde poursuit son show pyrotechnique pour le plus grand bonheur de mes oreilles. On notera pour finir qu’une piste se démarque de par son caractère plus posé, c’est Fire In The Sky, mid-tempo proche de la ballade, assez épique, avec une ambiance singulière bien posée, notamment grâce aux claviers de John Sinclair (assez présents sur cet opus).
Au final, No Rest For The Wicked est l’un des albums les plus rythmés et heavy du croqueur de chauve-souris. C’est une réussite... et la découverte d’un guitariste qui allait marquer le monde du Metal. Pourquoi n’irai-je pas jusqu’à le qualifier d’excellent ? Parce qu’aussi vigoureux et fun soit-il, je trouve qu’il lui manque un brin de variété et de profondeur... de subtilité aussi peut-être (à l’image du jeu de batterie de Randy Castillo qui cogne fort, certes, mais ne fait pas trop dans la nuance). Et puis, comme dit plus haut, il y a bien une poignée de titres pas forcément remarquables. Notons enfin que la production n’est pas vraiment à la hauteur : le son est un peu pâteux, avec un mix qui privilégie la guitare, et une batterie qui pourrait mieux sonner. Globalement, ça manque un peu de relief... dommage. Cette faute sera rattrapée avec le disque suivant, le supérieur No More Tears qui marquera d’ailleurs - à mon sens (mais il semblerait que je ne sois pas le seul à le penser) - l’apogée de la collaboration Ozzy / Zakk Wylde. Mais ceci est une autre histoire...
Tracklist de No Rest For The Wicked :
01. Miracle Man 02. Devil’s Daughter 03. Crazy Babies 04. Breaking All The Rules 05. Bloodbath In Paradise 06. Fire In The Sky 07. Tattoed Dancer 08. Demon Alcohol 09. Hero