En 1997, Jugulator, premier album de Judas Priest enregistré sans son emblématique chanteur Rob Halford, n’avait pas convaincu tout le monde... ce n’est rien de le dire. Avec son style un peu bourrin, ses sonorités modernes et agressives, son manque de mélodie (notamment dans ses solos) et ses airs de Painkiller (plus plus) testostéroné, il avait découragé pas mal de fans. L’absence du Metal God derrière le micro n’avait évidemment pas aidé. Pourtant, je l’aime bien moi, ce disque. Dans son genre, plutôt en phase avec son époque, assez différent de ce que Judas faisait dans les années 70 ou 80, il m’a même bien éclaté à sa sortie et je continue de lui trouver des qualités indéniables (et quelques défauts aussi). Le groupe britannique, persuadé d’avoir trouvé en Tim Ripper Owens un remplaçant de choix, allait bientôt avoir l’occasion de convaincre davantage son auditoire qu’il y avait une vie après Halford. Cette occasion : la scène et donc ce double live enregistré lors de la tournée de 1998. Et si je peux aisément comprendre que Jugulator déplaise, je serai largement moins ouvert d’esprit en ce qui ce concerne ce ’98 Live Meltdown car, franchement, c’est une claque, que dis-je... une bombe ! "Oui, mais si on n’aime pas Jugulator, à quoi bon écouter un concert enregistré lors de cette tournée ?" argumenteront certaines personnes de plus ou moins bonne foi. Voyons, faites un petit effort (en plus, si vous avez survécu à son affreuse pochette, vous avez fait le plus dur) ! Cette double galette contient vingt-quatre pistes (merci pour la générosité, au passage... c’est à l’époque, largement le plus exhaustif des live sortis par le Prêtre) dont cinq seulement sont issues de l’album que vous préfèreriez oublier. Et si il n’y a en effet vraiment pas de quoi s’extasier quand on écoute Abductors (et même Death Row, un titre assez mineur), on peut reconnaître la force de frappe de compos comme Bullet Train, Blood Stained et, dans une moindre mesure, Burn In Hell. Mais ok, mentons et faisons comme si chaque chanson extraite de Jugulator était vraiment irrécupérable... eh bien il vous reste tout de même dix-neuf classiques interprétés par un groupe en forme, servis par un gros son qui dépote et chantés par un vocaliste stupéfiant de puissance. Justement, arrêtons-nous sur le "gros son" que je viens de mentionner. Il n’est pas forcément parfait mais il colle bien à l’esprit heavy, puissant et rageur que le groupe souhaitait adopter à l’époque. La section rythmique est massive et la voix de Ripper est bien mise en avant. Les guitares, un peu sous-mixées, pourraient mieux sonner en revanche. C’est gros, c’est gras mais un poil brouillon. Verdict : ça envoie, c’est assez brut, c’est bien la puissance qui est privilégiée... plus que la propreté. Une chose que j’aime particulièrement dans la façon dont la galette a été mixée, c’est la place non négligeable accordée au public. Les fans sont bien présents : ils crient, ils scandent, ils chantent... leurs interactions avec le groupe et leur enthousiasme donnent à l’ensemble un côté chaleureux et festif ! Et maintenant, les titres et leur interprétation. Bien sûr, il y a des manques, des albums totalement boudés (Point Of Entry, Turbo, Ram It Down...), mais il reste difficile de faire la fine bouche devant un tel best-of. Les seventies ne sont pas oubliées : on a le droit à six morceaux de cette décennie (The Ripper, Beyond The Realms Of Death, Victim Of Changes, The Green Manalishi, Diamonds And Rust et Hell Bent For Leather). Les années 80 sont en grande partie représentées par cinq classiques de British Steel, hyper énergiques (nettement plus costauds qu’en version studio) et chantés par un Tim Owens redoutable (écoutez sa prestation sur Metal Gods, par exemple, c’est renversant). On aurait bien repris un peu plus de Screaming For Vengeance ou de Defenders Of The Faith car seuls Electric Eye, You’ve Got Another Thing Comin’ et The Sentinel sont là pour rappeler ces albums historiques à notre bon souvenir... mais on ne peut pas tout avoir. D’autant plus que l’excellent Painkiller a le droit à quatre de ses compos dans la tracklist et ça fait sacrément plaisir d’entendre des petites tueries comme Metal Meltdown ou Night Crawler en live. Et le Ripper ? Eh bien comme dit plus haut, il est magistral. Oui, il manque parfois de subtilité ou de nuances (on sent bien l’état d’esprit Jugulator du moment, ce qui fait d’ailleurs de ce Live Meltdown le live le plus énergique de la discographie Priestienne) mais sur les morceaux heavy qui tabassent, il est absolument intouchable. Ce qu’il fait est tout bonnement surhumain. Il a un peu plus de mal sur l’inchantable Painkiller mais il s’en sort tout de même avec les honneurs (mieux que Rob Halford lui-même d’ailleurs). Alors soit, certains continueront de bouder ce double live sous prétexte que Rob Halford n’y figure pas, ça peut se comprendre, pas facile de concevoir Judas Priest sans son Metal God... Mais en ce qui me concerne, vous l’aurez compris, ce ’98 Live Meltdown est une tuerie dont le groupe n’a pas à rougir. Ses qualités (grosse énergie, ambiance chaleureuse, setlist copieuse, le niveau des musiciens et, en particulier, la performance d’Owens...) sont telles qu’il est difficile de ne pas le classer parmi les meilleurs albums live sortis par le Priest. Il s’agit en tout cas d’un de mes préférés du groupe - malgré l’absence de Rob - et d’un concert généreux, fougueux, pour ne pas dire monstrueux, qui mérite de figurer en bonne place dans le top des live de heavy metal des années 90.
Tracklist de ’98 Live Meltdown : CD 1 : 01. The Hellion 02. Electric Eye 03. Metal Gods 04. Grinder 05. Rapid Fire 06. Blood Stained 07. The Sentinel 08. A Touch Of Evil 09. Burn In Hell 10. The Ripper 11. Bullet Train 12. Beyond The Realms Of Death 13. Death Row CD 2 : 01. Metal Meltdown 02. Night Crawler 03. Abductors 04. Victim Of Changes 05. Diamonds And Rust 06. Breaking The Law 07. The Green Manalishi (With The Two-Pronged Crown) 08. Painkiller 09. You’ve Got Another Thing Coming 10. Hell Bent For Leather 11. Living After Midnight
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