La sortie d’un nouveau de Dream Theater, c’est toujours un petit événement dans le monde du metal progressif. Oui, il y a eu les moments de joie, les déceptions... il ne s’agit pas d’affirmer que ces Américains ont fait un sans-faute mais c’est ainsi, leur nom est incontournable, c’est une référence. Quand le nouvel opus est sur le point de sortir, le fan du genre ne saurait l’ignorer. Et cette fois-ci, l’arrivée de Parasomnia, seizième album studio de ces messieurs, est peut-être un peu plus évènementielle encore... parce que, tout le monde le sait bien, c’est le disque du grand retour du père fondateur Mike Portnoy, près de seize ans après la dernière (et très bonne) production à laquelle il avait contribué (Black Clouds & Silver Linings). Les attentes sont donc importantes...
... et les fans sont exigeants. C’est tout à leur honneur mais, pour le coup, quand j’entends (ou lis) certaines personnes dire que les nouveaux extraits sont mauvais, je trouve cela fortement exagéré. Ce n’est évidemment que mon avis... mais je suis là pour le défendre. Tout en comprenant (et ressentant personnellement) en partie ce qui peut tout de même décevoir ici. Voici la version courte de la chronique pour ceux qui sont pressés : il y a plein de bonnes choses et ça sonne typiquement comme du Dream Theater mais ça manque un peu d’émotion, de mélodies "énormes"... et l’ensemble est avare en surprises.
Pour les moins pressés, on va quand même détailler un peu ce que ce Parasomnia a dans le ventre, sans trop s’attarder sur son artwork qui aurait pu être classe s’il n’avait pas très probablement été réalisé à la va-vite avec l’aide de l’IA. Bienvenue, une nouvelle fois, au théâtre du rêve donc... même si - on l’a bien compris avec le titre de l’album et cette pochette lugubre - on va surtout nous parler de cauchemars ici (de troubles du sommeil en tout cas, avec somnambulisme, paralysie du sommeil, terreurs nocturnes et autres "joyeusetés"). L’intro instrumentale de cinq bonnes minutes intitulée In The Arms Of Morpheus plante de suite un décor inquiétant. Une mélodie calme tout d’abord que l’on retrouvera dans de nombreuses compos, puis la batterie de Portnoy arrive, avec sonnerie de réveil stressante, et balance les roulements signatures du monsieur pendant que Petrucci envoie du riff menaçant. Changements de rythmes, solo lumineux... et c’est l’heure de Night Terror, premier single que vous connaissez déjà tous. A son écoute, et à celle de Broken Man (deuxième single et piste suivante dans la tracklist), on se fait vite la réflexion que pour fêter le retour de Portnoy au bercail, le groupe semble avoir joué la prise de risque minimale. Dream Theater fait du pur Dream Theater comme s’il voulait rassurer les fans en leur montrant que rien n’a changé. C’est sacrément heavy et dark (et rappelle bien la période Train Of Thought... et de façon plus flagrante un peu plus tard avec Midnight Messiah), très bien exécuté (évidemment virtuose), avec un James LaBrie qui ne propose pas des mélodies incroyables sur les couplets mais se rattrape sur les refrains. Franchement, je trouve ce démarrage assez puissant mais un peu trop familier et prévisible.
Ce sentiment perdurera, ce qui n’empêchera pas la prise de plaisir. Surtout avec Dead Asleep et son super riff (et un break final qui me rappelle le Sacrificed Sons de l’album Octavarium) ou Midnight Messiah qui nous fait le coup de "As I Am 2, le retour" (avec un refrain très metal et direct, un peu surprenant pour le coup). Alerte "super solo de Petrucci" sur ce titre aussi. Ca va faire des ravages sur scène, ça. La ballade Bend The Clock est plutôt jolie, l’intro à la guitare est même belle, n’ayons pas peur des mots. La prestation de LaBrie colle au propos, l’émotion passe, le solo final de Petrucci est classe. Certes, elle ressemble à une ballade typique du groupe... mais ça marche. Dommage qu’elle s’achève sur un fondu alors qu’on est en plein solo de guitare... ça donne un côté inachevé frustrant. N’oublions pas l’épique The Shadowman Incident (de quasiment vingt minutes) dont l’intro rappelle celle de la compo A View From The Top Of The World (un air de "déjà entendu" de plus, décidément...). On trouvera un break instrumental de toute beauté dans sa seconde moitié avec des parties de piano cool et la basse chaloupée et bien audible (profitons-en, ce n’est malheureusement pas trop le cas sur le reste du disque) de Myung mais il me manque quelque chose. Je me souviens de l’émotion ressentie sur The Count Of Tuscany, la pièce épique (de dix-neuf minutes elle aussi) qui concluait Black Clouds & Silver Linings, c’était autre chose. Là, c’est formellement impressionnant - normal, me direz-vous... on a l’habitude avec Dream Theater - mais je ne suis pas plus ému que cela.
Conclusion : il n’est évidemment pas mauvais ce Parasomnia. Les musiciens restent des pointures, ils savent s’y prendre, c’est bien produit (ça n’a pas toujours été le cas mais il y a eu des progrès ces dernières années), l’album est heavy, possède des ambiances travaillées, des gros riffs... mais malgré tout cela, difficile de s’emballer outre mesure en ce qui me concerne. Parce que cela fait un moment que le groupe ne semble plus avoir grand-chose de neuf à raconter. Alors oui, on retrouve le style DT, le jeu caractéristique de Portnoy... mais les structures, les plans instrumentaux, le type de mélodies proposé (bref, une grande partie de Parasomnia) ne surprennent pas... on les voit venir à des kilomètres. Une impression tenace de recyclage se fait sentir. Un petit manque de magie ou d’émotion est à déplorer également. Et même si certains refrains sont bien trouvés, niveau mélodie, c’est parfois un peu plat (les couplets chantés par LaBrie ne contiennent pas une grande variété de notes). On n’est donc pas face à quelque chose de honteux mais clairement pas en présence d’un grand disque non plus. Si vous attendiez "la suite" de Black Clouds (qualitativement parlant), vous risquez de déchanter et devoir admettre que le compte n’y est pas tout à fait. Verdict : solide, plaisant... mais avec un peu plus d’audace et de mélodies marquantes, la prochaine production du groupe sera sans doute plus mémorable. On y croit ?
Tracklist de Parasomnia :
01. In The Arms Of Morpheus 02. Night Terror 03. A Broken Man 04. Dead Asleep 05. Midnight Messiah 06. Are We Dreaming 07. Bend The Clock 08. The Shadowman Incident