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Groupe:

Iron Maiden + Evergrey

Date:

22 Juin 2026

Lieu:

Nanterre

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Evènement : en ce début d'été 2026, Iron Maiden revient nous rendre visite pour fêter ses cinquante ans d'existence avec sa tournée Run For Your Lives. Au Hellfest, à Lyon... et pour la région parisienne, comme l'année dernière, à la Défense Arena de Nanterre. Soirée particulière, voire historique, à plus d'un titre... et on se disait qu'il fallait forcément y être. Déjà parce que le groupe ne rajeunit pas et qu'il faudrait peut-être profiter de lui (pendant que ses prestations sont encore honorables) avant que cela ne devienne trop "compliqué". Les Anglais ont d'ailleurs annoncé récemment qu'il n'y aurait pas de nouvelle tournée avant 2028 (c'est drôle d'ailleurs quand on y pense, on entend parler ici et là de hiatus, de pause... en fait, Maiden ne va juste pas donner de concert en 2027, rien de spécialement incroyable, si ?). Autre raison qui donne envie : une setlist axée sur les premières (et meilleures) années du groupe qui ne comprendra que des titres d'albums sortis entre 1980 et 1992. Du classique, quoi. Autre chose ? Oui, il a été annoncé que le concert serait enregistré/filmé pour le prochain live du groupe. Excellent ! En plus, à titre personnel je suis ravi de voir que la première partie a été confiée à Evergrey, formation que j'aime beaucoup, suis depuis ses débuts et dont le succès confidentiel me semble assez injuste. Je suis donc heureux que les Suédois aient pu décrocher une telle date, je me réjouis pour eux... et pour moi. Bref, ce 22 juin devait être une grande soirée de fête, on avait hâte. Au sortir de la salle, il est d'ailleurs clair que l'on s'en souviendra à jamais... mais, vous le savez bien, le déroulement de ce concert ayant été largement médiatisé et commenté, pas forcément que pour de bonnes raisons. 

Quand on arrive à la Défense Arena, on nous accueille avec de petites pochettes dans lesquelles nous plaçons nos téléphones portables... pour profiter à fond de l'expérience. Cette mesure a ses détracteurs et ses défenseurs. Personnellement, même si j'aurais bien aimé prendre une ou deux photos souvenirs avec mes potes à l'intérieur ou faire deux trois petites vidéos de la soirée, cela ne me pose pas spécialement de souci et j'attends de voir ce que cela va donner... retrouver un concert sans smartphone, cela fait si longtemps, je suis curieux.

La soirée démarre donc avec Evergrey qui propose un show énergique et carré. Les musiciens se donnent bien, mention spéciale à Rikard Zander qui délaisse régulièrement son clavier pour venir sur le devant de la scène, haranguer le public, headbanguer ou faire des chœurs en s'incrustant sur le micro d'un autre musicien et à Simen Sandnes qui est un véritable monstre derrière sa batterie (placée de côté de sorte qu'on ne loupe rien du jeu dynamique de son propriétaire). Tom Englund est en voix et nous fait savoir l'honneur et la joie qu'il ressent en ouvrant pour Iron Maiden (il nous dit d'ailleurs que dès que leur set est terminé, il file à la douche et compte bien nous rejoindre dans la salle pour profiter du show). 

Le choix des morceaux me semble pas mal du tout, assez "malin" en misant sur des titres modernes, enlevés (comme Falling From The Sun, Heaven ou Leaving The Emptiness), à gros refrains ou mélodies fédératrices... mais perfectible en ce qui me concerne car la setlist tape essentiellement dans la période la plus récente (le tout nouvel album étant logiquement mis en avant avec quatre extraits). Difficile de trouver des vieux morceaux et c'est dommage car même si j'aime toujours Evergrey, je préfère quelques anciens disques complètement délaissés ici. Comme dit plus haut, Englund chante bien et le groupe est en place mais le bémol principal vient du fait qu'il y a parfois un peu trop de claviers/samples/bandes à mon goût (certains passages ou chœurs ne sonnent pas si "live" que cela) et que le son, sans être immonde, est assez moyen (on entend beaucoup la batterie, le chant et les claviers mais il est beaucoup moins simple de distinguer ce qui se passe avec les guitares et la basse sur la plupart des couplets... les grattes sont véritablement audibles au moment des solos en fait).
 
Verdict : un set sympa, rythmé, de qualité... je suis content qu'Evergrey ait eu l'opportunité de montrer son talent aux nombreux fans de la Vierge de Fer. Il le mérite amplement au vu de sa carrière et n'a pas démérité. Il y a eu de très bons moments (King Of Errors est toujours aussi fort) et le metal traditionnellement mélancolique et teinté de prog des Suédois a pu conquérir de nouveaux cœurs en mettant sa facette dark ou âpre de côté et choisissant de privilégier ses compos les plus accrocheuses (à ce titre, le côté pop et enjoué de Leaving The Emptiness est quelque chose d'un peu nouveau pour le groupe, cela va-t-il lui ouvrir plus de portes ?). Ce début de soirée semble avoir plu à une bonne partie de la salle même si on devinait chez certains, moins sensibles à la proposition, l'envie de plus en plus pressante de voir débarquer la tête d'affiche.


Setlist Evergrey :

Falling From The Sun
Where August Mourns
Heaven
Eternal Nocturnal
Call Out The Dark
King Of Errors
Architects Of A New Weave
Leaving The Emptiness
Oxygen!

 

Quand Iron Maiden arrive sur la grande scène de la Défense Arena, l'ambiance devient bouillante. Et vu les températures de cette fin de mois de juin, heureusement que la salle est climatisée. L'écran géant logé en fond de scène diffuse un petit film animé nous ramenant aux débuts du groupe, dans cette Angleterre prolétaire de la fin des 70s et ses ruelles inquiétantes... et les fans entonnent les mélodies de The Ides Of March qui sert de bande-son à cette introduction. Les Anglais démarrent avec des titres de la période Di'Anno... comme l'année dernière. Les animations sur l'écran (notamment une vue de Paris assez inquiétante avec un ciel menaçant sur Murders In The Rue Morgue) sont de toute beauté. Le groupe est en forme... celui qui impressionne le plus est évidemment Bruce Dickinson qui, du haut de ses soixante-sept (bientôt soixante-huit) ans, reste un frontman hors-pair et vocalement étonnant.  

La scénographie est donc classe, la formation britannique impressionne, le public est chaud, les titres sont exactement les mêmes que la dernière fois à l'exception d'une certaine Infinite Dreams qui remplace The Clairvoyant (Maiden n'avait pas joué ce morceau depuis la tournée Seventh Son of a Seventh Son, c'est un bonheur de pouvoir l'entendre à nouveau... ou pour la première fois en ce qui me concerne, j'étais bien jeune dans les années 80 et ne me rendais pas encore dans les salles de concert). Le son - d'où je me trouve, c'est à dire dans la fosse, au milieu devant les consoles - est correct même s'il manque de clarté. J'avais entendu dire du mal de la sono de la Défense Arena, je suis donc agréablement surpris même si pas totalement enchanté. Le spectacle bat son plein, l'ambiance est extra, les hits se succèdent, les flammes surgissent sur Powerslave, Eddie est venu faire un tour sur scène un peu plus tôt, armé de sa machette,... bref, on passe un très bon moment, tout va bien. Petite parenthèse : Simon Dawson, le remplaçant de Nicko McBrain fait le job avec énergie et puissance. Je n'ai pas grand-chose à lui reprocher mais je préfère le jeu (peut-être moins "costaud" mais plus vif et aérien) et l'attitude de son prédécesseur. Parenthèse refermée. Et puis arrive Two Minutes To Midnight, son riff imparable, ses "Scream For Me Paris !" (ou la Défense, je ne sais plus bien, il est possible que Bruce ait éructé les deux)... et là, au bout d'à peine deux minutes (comme par hasard), la salle se retrouve plongée dans le silence et les ténèbres. C'est la fameuse panne de courant dont vous avez sans doute tous entendus parler depuis. Je ne reviens pas sur la polémique (la salle a dit que c'était une panne qui touchait tout le quartier, il a été dit par d'autres sources que c'était un problème interne à l'Arena uniquement), elle ne m'intéresse pas. Le public se mobilise, chante un peu, patiente... puis finit par se refroidir. Forcément, près d'une heure de coupure, c'est (très) long !

Et en parlant de refroidissement, je me demande si le groupe ne va pas perdre en énergie lors de son retour... Que nenni ! Il revient donc au bout d'une heure avec une énergie et une détermination indéniables. Bruce nous annonce que le show va reprendre mais qu'à cause d'un couvre-feu imposé par les autorités, le groupe devra quitter la scène à 23h30 ! Quelques huées (absolument pas adressées au groupe), de la déception partagée (Dickinson dit qu'il est désolé et tacle la salle en disant qu'il préfère Bercy), on comprend bien à ce moment-là que le show va être écourté : impossible de faire rentrer tout ce qu'il reste à jouer en si peu de temps. Malgré tout, le spectacle reprend avec Rime Of The Ancient Mariner épique et danteque (soutenu par une animation magnifique sur grand écran) et l'on replonge avec délectation dans l'univers de ce groupe de légende. En plus, le son me semble un poil meilleur, on entend encore mieux la voix de Dickinson. C'est reparti pour un excellent moment. D'autant plus qu'arrivent des titres absolument imparables comme le galvanisant Run To The Hills, le grandiose Seventh Son, l'entraînant The Trooper, le génial Hallowed Be Thy Name ou le percutant Iron Maiden... qui, exceptionnellement, sera la conclusion de la soirée (conclusion incroyablement ironique d'ailleurs car sur l'écran géant, on voit un Eddie géant qui a arraché des cables électriques, perturbant ainsi le show des Anglais). Les lumières se rallument et Bruce nous remercie chaleureusement tout en disant encore une fois qu'il est désolé mais que le groupe n'a pas d'autre choix que de quitter la scène.  

Quelques fans sont échaudés... ça se comprend. On a eu un tiers de Two Minutes To Midnight et nous nous retrouvons privés de Aces High, Fear Of The Dark (tiens, là aussi... l'ironie est savoureuse, la salle a été plongée dans l'obscurité pendant un long moment ce soir) et Wasted Years. Ces mêmes fans qui ont exprimé leur mécontentement sur les réseaux se sont parfois faits tacler (j'en ai vu quelques-uns se faire qualifier de "fragiles", de "jamais contents" et j'en passe). J'entends que les tacleurs tiennent à positiver, souligner que le concert était tout de même grandiose, que l'incident a peut-être même rendu la soirée encore plus légendaire ou inoubliable... moi-même, je suis plutôt heureux du moment passé à la Défense Arena avec mes amis et retiens du positif de tout cela (en plus, j'ai bénéficié d'une invitation, je me vois mal me plaindre avec trop de véhémence) mais je pense qu'il ne faut pas condamner trop hâtivement les déçus. Parmi eux, certains viennent de loin, ont fait de la route, pris le train ou l'avion, réservé un hôtel, payé leur place une centaine d'euros... pour se retrouver avec un concert tronqué. Ils ont le droit d'exprimer une certaine amertume. 

La soirée aurait dû être grandiose, elle fut quand même belle. Le groupe fête cinquante ans de carrière, il n'est plus tout jeune mais il sait encore tenir une scène et suscite chez moi une admiration non feinte. Je ne les avais pas vus depuis 2008 et les retrouver en si belle forme fait plaisir. L'expérience sans téléphone : positive elle aussi. On revient aux fondamentaux, ça n'est pas plus mal. En sortant de la salle, on se demandait ce qu'il allait advenir de la captation... Maiden n'allait quand même pas sortir un live de treize titres ! On le sait maintenant, un autre concert sera filmé en Angleterre et le produit final sera donc un mix des deux prestations. J'ai bien hâte de voir ça.

Joyeux anniversaire et bravo à Maiden donc ! La qualité musicale et visuelle est toujours là, la flamme brûle encore, la réputation scénique de ces messieurs, si longtemps après leurs débuts, perdure et on comprend aisément pourquoi... c'est beau à voir. 

Un grand merci à Olivier Garnier de Replica Promotion et Aude Sabarly d'AEG Presents pour l'accréditation. 

Setlist Iron Maiden :

Murders In The Rue Morgue
Wrathchild
Killers
Phantom Of The Opera
The Number Of The Beast
Infinite Dreams
Powerslave
Two Minutes To Midnight (qui a duré à peine deux minutes, justement)
Rime Of The Ancient Mariner
Run To The Hills
Seventh Son Of A Seventh Son
The Trooper
Hallowed Be Thy Name
Iron Maiden

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