Groupe:

Gojira + Comeback Kid + Neckbreakker

Date:

04 Decembre 2025

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

Depuis leur fameuse prestation lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris, la cote de Gojira a sacrément grimpé, permettant à la formation d'être connue du "grand public". On pensait que le groupe avait atteint son plafond de popularité en blindant notamment un Bercy post crise sanitaire ou en étant tête d’affiche d’un Hellfest mais l’irrésistible ascension se poursuit. Il est vrai que ce passage télévisuel a profondément marqué les esprits et ce des deux côtés de l’Atlantique. Une vraie tournée française était attendue et la voici en cette fin d’année 2025. Comme à son (excellente) habitude, Gojira débarque avec des premières parties hyper qualitative et sur ce cru 2025, c’est haut de gamme. C’est parti pour une soirée épique où nous allons le voir, Gojira va encore dépasser ses propres limites. 

Neckbreakker

La météo humide du soir pousse à vite se réfugier dans le Zénith. Si j’ai pu me montrer critique sur cette esplanade de béton, des efforts sont réalisés avec une végétalisation du site rendant ce parking un peu moins terne. Dans la salle, on trouve comme d’habitude de quoi se restaurer et de quoi se sustenter sachant qu’une partie de l’auditoire a l’excellente idée de se poser dans l’agréable halle de la cartoucherie, plus conviviale. 19h30 tapantes, les danois de Neckbreakker investissent la scène avec déjà une fosse conséquente et des tribunes plus dispersées. Ce jeune talent death bénéficie d’une excellente opportunité même si, avouons-le, ce format de salle plutôt grande n’est pas idéal pour un death et il m’a semblé depuis les tribunes que la fosse avait eu besoin d’un ou deux titres pour bien rentrer dans ce show très dense. Vu « d’en haut », j’ai surtout vu des cheveux bouger sur scène ! 

Attaquer la soirée bille en tête par un show death est un peu rude, il faut se mouiller la nuque mais quelle efficacité. Les titres bien troussés font mal, c’est dense, puissant. Les danois confirment tout le bien que je pensais d’eux après ce premier disque Within The Viscera très réussi. Résolument moderne mais s’inscrivant dans les lointains pas des Morbid Angel et autre Decapitated, Neckbreakker porte bien son nom. Le concert ne dure que 25 minutes mais quelle efficacité. Les premiers circle pits finissent par arriver, la fosse prend son rythme, les cervicales sont soumises à rude épreuve. Un très bon show, on en aurait bien repris tant c’est déjà solide chez les danois. On sort de cette prestation en ayant clairement envie de les revoir dans un format plus intimiste où le groupe doit taper très fort, on le pressent. Un très bon démarrage d’un groupe qui a confirmé le gros potentiel espéré.

Comeback Kid

Changement d’ambiance avec les coreux de Comeback Kid. Intuitivement je n’aurais pas imaginé les canadiens sur une telle affiche mais à la réflexion, c’est un très bon choix. Déjà parce que le groupe est génial mais surtout cela offre une variation intéressante et permet de chauffer une fosse qui va se régaler pendant les 45 minutes offertes au groupe (super créneau au demeurant). Je réitère mes réserves sur la configuration du lieu peu propice à un show hardcore mais une part de moi se régale de voir cette scène hardcore si percutante investir de tels lieux. 

Comme c’est désormais rituel chez les coreux, un morceau « décalé » est envoyé dans la sono avant le concert. Ce soir, nous avons droit à l’iconique Take On Me d’A-Ha. Choix génial, repris en chœur par une partie du public qui connait ce classique ultime des 80’s. Toujours cette petite douceur avant la mandale, telle est devenue une excellente habitude dans les scènes hardcore. Pendant ces trois quarts d’heure, le groupe va faire suer une fosse qui va se régaler. Avec une setlist bien variée valorisant le dernier Heavy Steps (2022) ainsi que le génial et iconique Wake The Dead (2005), les canadiens assurent, nous régalent avec ce punk hardcore bien metallisé qui fonctionne toujours aussi bien. Une reprise du très costaud et toujours aussi fédérateur Refuse / Resist de Sepultura passe superbement bien et rappelle le côté revendicatif du hardcore. Véritables bêtes de scène, les canadiens gèrent superbement avec un Andrew Neufeld intenable n’hésitant pas à descendre aux barrières pour haranguer une foule déchaînée et ravie de ces hymnes non dénués de ce groove inimitable si cher au combo. Entre la presque dansante Absolute (au break final impérial), à l’iconique False Idols Fall et son inoubliable « When did we lose control, we thought it’d last forever » toujours aussi actuel, Comeback Kid rappelle qu’il dispose d’une sacrée setlist. Le final Wake The Dead achève une excellente prestation. Ce titre, culte de chez culte, présente le hardcore à son meilleur avec ce final chanté et ces refrains scandés si typiques du combo. On pardonnera les imprécisions vocales ici (réelles) compensées par une dynamique remarquable et un public à fond. Comeback Kid ou le hardcore à son meilleur. Bon toujours ce regret sur ce format de salle peu adapté à ce genre de groupes mais quel plaisir de les revoir, nos canadiens ! 

Setlist :
... because of all
Heavy Steps
Talk Is Cheap
Dead on the Fence
Refuse/Resist (Sepultura cover)
False Idols Fall
Crossed
G.M. Vincent & I
Trouble In The Winners Circle
Absolute
Wasted Arrows
All in a Year
Should Know Better
Wake the Dead

 

Gojira

Petite pause avant l’arrivée des patrons. La scène est désormais complètement installée pour Gojira. En déambulation dans le zénith, j’aperçois les membres de l’excellent groupe Madam l’occasion de saluer amicalement à distance Lydie qui les a récemment interviewées. 21h30 : les lumières s’éteignent, Mario s’installe derrière son kit et Gojira envoie un Only Pain très percutant. Déjà, on peut faire plusieurs constats : la scène est superbe avec un large promontoire surélevé sur lequel trône le kit de Mario. Une coursive éclairée permet de circuler et offre encore plus d’opportunités de lights. Le facétieux Diable Bleu aime à me chambrer amicalement sur l’importance que j’accorde à la scénographie, le fait est qu'il a raison et ce soir je suis servi. Gojira a encore passé un cap. Le déferlement de lights est impressionnant en calant souvent les effets stroboscopiques sur la double pédale. C’en serait presque trop même notamment sur un Backbone d’anthologie. Aussi, l’écran géant est très bien utilisé et le recours à la pyrotechnie est massif. Le son est surpuissant, voilà qui aurait plu au Diable Bleu. Gojira se donne les moyens de proposer un vrai show, « à l’américaine » et pour le coup, force m’est de reconnaître que le format de la salle est parfait pour ce type de « spectacle ». 

L’interprétation de Backbone citée plus haut reste un moment iconique des concerts du groupe et Mario est encore sidérant de technicité. Ce morceau reste une authentique boucherie, un monument de death. De même que le riff d’intro de Stranded, légendaire, effarant d’efficacité. Le démarrage du concert est impressionnant, Gojira tape fort et envoie. Heureusement, The Cell permet de temporiser avant un Wisdom Comes rappelant que le Gojira période The Link c’était quelque chose. Moment de grâce dans le Zénith ensuite avec ces bruits de baleine et une structure gonflable d'un cétacé survolant le public : c’est le moment d’un Flying Whales remarquable permettant de se souvenir que Gojira fête les deux décennies d’existence de From Mars To Sirius. Très chouette moment dans une scène colorée de teintes bleues. On en reparlera de ce disque un peu plus tard. Des titres plus récents proposent un Gojira moins death mais tout aussi efficace. Silvera géniale fonctionne toujours très bien avec ce refrain, Another World plus décriée offre un beau moment. Le dernier disque Fortitude sera bien représenté ce soir, un peu trop au goût de certains dont je ne fais pas partie aimant pour ma part beaucoup ce disque. Et oui Gojira faisant partie des mastodontes du genre a ses griefs, inhérents à ce statut. C’est ainsi …

Vient ensuite le titre qui a tant fait parler dans notre contrée (et pas que je l’ai dit) avec ce morceau sur la Révolution Française. Bon, je suis plus réservé sur ce sujet car si j’ai trouvé la prestation lors des JO incroyable, c’est surtout pour sa mise en scène EXCEPTIONNELLE et l’apport vocal de Marina Viotti. En soi, je ne trouve pas le morceau incroyable et son interprétation ce soir ne fait que confirmer mon sentiment. Le sample de la voix fonctionne bien mais par rapport au reste du répertoire joué ce soir, ce titre ne sort pas du lot. Mais l’usage de l’écran géant reprenant l’intro avec « ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne », la projection de la Conciergerie, la scène teintée de lights rouge permettent de se replonger dans l’ambiance de cet incroyable moment, devenu culte dans la sphère metal.

Petite pause et Mario en profite pour faire son show arrivant sur scène avec un tableau de la Joconde accompagné d'un bruit de sirène. Belle référence à un récent cambriolage qui a marqué les esprits et c’est parti pour cinq minutes de double pédale sur un Born In Winter solide. Bon ce n’est un scoop pour personne mais quel batteur incroyable, on ne le dira tout simplement jamais assez. On se demande comment le batteur tient un tel cap sur le plan physique. La construction de la setlist, moins énergivore pour ce dernier sur la seconde moitié, répond probablement à des considérations athlétiques pour notre Mario national, par ailleurs impeccable de bout en bout. Born For One Thing, monstrueuse permet de remettre la marche avant. Il est vraiment surpuissant ce titre. Un medley pouvant rappeler la démarche du Kill / Ride medley de Metallica est ensuite proposé reprenant trois titres de From Mars To Sirius. Joe aura un mot espérant ne pas avoir trop heurté les puristes. Au passage, un commentaire rapide sur sa prestation en simple chanteur lui qui est blessé à la main. Vocalement, il est au point et occupe bien la scène. Un peu moins à l’aise sur les refrains en chant clair mais toujours aussi efficace sur les voix growlés. Greg Kubacki appelé à la rescousse assure et fait au passage preuve d’une certaine discrétion sur scène. Il est très complémentaire avec un Christian Andreu toujours aussi solide alors que Jean-Michel Labadie continue de se démener maltraitant ses cervicales soir après soir et ce depuis plus de deux décennies. 

The Chant offre un moment collectif me faisant toujours penser au Memory Remains des Mets. Gojira c’est vraiment le Metallica français. Joe chauffe le public, parle trop pour être honnête lui qui gagnerait à mon sens à mieux calibrer ses interventions (au passage, les invectives sur "ils étaient plus bruyants que vous hier", c'est un peu téléphoné). Il en profite pour glisser un petit tacle au Bikini voisin où le groupe demandait à jouer au début des années 2000 mais sans réponse de la salle alors. Ce haut lieu du rock toulousain est devenu trop petit pour eux comme Joe aime à le rappeler non sans un certain esprit un peu revanchard. A moins que ce ne soit un reste chez le frontman de sympathiques chambrages entre bordelais et toulousains (où je fais un vilain raccourci associant les Landes à la capitale du Vin)😊. La thématique du réchauffement climatique, récurrente chez le groupe, revient avec un Amazonia solide et plus encore avec Global Warming présenté en fin de rappel, petit événement de cette tournée sans doute permis par l’apport du nouveau guitariste. Toujours aussi magique ce tapping pour ce morceau hyper émotionnel qui achève un Zénith ravi dans lequel les wall of death furent quasiment incessants. 

Le verdict est sans appel : Gojira a tout défoncé, délivré un show aussi incroyable visuellement que percutant et cohérent musicalement. Gojira a encore franchi une étape dans son hallucinante trajectoire. Moi qui étais un peu resté sur ma faim sur leur premier Bercy (post crise sanitaire), j’ai été cette fois pleinement convaincu. Gojira fait tout simplement partie des géants, offre une setlist inouïe. Evidemment moins percutante sur sa seconde moitié de set mais brassant très bien sa carrière, Gojira vient de tout écraser sur son passage avec un show juste génial. Respect !

Setlist :
Only Pain
The Axe
Backbone
Stranded
The Cell
Wisdom Comes
Flying Whales
From the Sky
Another World
Silvera
Mea culpa (Ah! Ça ira!) ([traditional] cover)
Born in Winter
Born for One Thing
Where Dragons Dwell / To Sirius / Ocean Planet / In the Wilderness
(From Mars to Sirius medley)
The Chant
Amazonia
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L'enfant Sauvage
Global Warming

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