Groupe:

Therion + Satra

Date:

25 Fevrier 2024

Lieu:

Paris

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

La perspective de revoir Therion sur scène en ce début d'année 2024 me met en joie. C'est un groupe que j'ai vu pas mal de fois entre 1999 et 2012... mais nous avons connu un break dans notre relation (depuis fin 2012 justement). Rien de grave, nous ne sommes pas fâchés. Parfois, la vie, les priorités, le manque de disponibilité, des apparitions moins nombreuses, un album qui me botte moins (Beloved Antichrist pour ne pas le citer) des annulations dues au COVID également, nous éloignent. Et les années passent sans que l'on s'en rende bien compte... Ainsi, j'ai loupé toutes les dates données par le groupe au Trabendo en 2013, 2016 et 2018. Fort de sa trilogie Leviathan (fort réussie, si vous voulez mon avis) et du retour de l'exceptionnelle chanteuse américaine Lori Lewis dans son lineup live, Therion vient donc nous rendre visite dans une salle parisienne (à la Machine du Moulin Rouge, pour être plus précis), ce qui n'était pas arrivé - si l'on met les apparitions au Hellfest de côté - depuis six ans. Et là, je me dis qu'il est plus que temps de reprendre contact avec cette institution du metal symphonique. 

La soirée commence avec un jeune groupe finlandais nommé Satra. Son premier album, Sand Of Time, est sorti deux jours avant ce concert, nous annoncera la chanteuse pendant le concert. Avec Satra, pas d'erreur de casting en ce qui concerne le genre : il s'agit de metal symphonique. On est donc raccord avec Therion... Enfin, sur le papier. Car les deux groupes présentent une musique tout de même assez différente et l'on peut s'en rendre compte dès les premiers morceaux joués ce soir (From The NightSand Of Time...) : les Finlandais proposent une partition qui serait plus à rapprocher de formations comme Delain ou Within Temptation (avec une influence pop assez pregnante donc) que d'un groupe comme celui de Christofer Johnsson. Ca s'écoute sans problème, les mélodies ne manquent pas d'accroche mais j'avoue que je trouve ce démarrage tout de même un peu plat. De plus, les musiciens sont assez statiques, je ne leur trouve pas une grande aisance sur scène. Je ne leur jette pas la pierre, ils manquent sans doute d'expérience, ils sont jeunes, il faut bien commencer un jour, n'est-ce pas ? La vocaliste nous confie d'ailleurs que ce soir, c'est leur première date sur cette tournée.

Avec le troisième morceau, la chanteuse sourit davantage, elle commence à prendre ses aises. La rythmique de ce Travellers est plus lourde, le metal reprend ses droits (il n'était pas totalement absent des titres précédents mais cela restait tout de même assez inoffensif). Ce metal symphonique n'est décidément pas désagréable mais ne me bouleverse vraiment pas. Sympathique sans plus, je dirais. Mais, après un Stars dans la lignée de ce qui a précédé, on nous annonce quelque chose d'un peu différent avec le cinquième titre Shadow Engine. L'ambiance est en effet plus "dark" et mystérieuse, la rythmique est plus puissante... ça devient très sympa. Suit la présentation des musiciens du groupe sous des applaudissements chaleureux. Il semblerait que le set soit en train de décoller...

Et cela se confirme avec Scarecrow, l'avant-dernière chanson de ce petit concert. La frontwoman s'excuse car elle a commencé par dire qu'il s'agissait du dernier titre, mais non, il en reste encore un autre après... Bref, Scarecrow est clairement moins pop et plus intéressant. La ligne de chant est plus originale et le guitariste apporte même une petite contribution gutturale. Et la dernière compo, Golden City, confirme cette bonne impression avec une intro orientale, un tempo rapide, un peu de growl (toujours servi par le guitariste) avant le refrain... on est véritablement en terre Metal, plus de doute. Les Finlandais avaient donc gardé leurs meilleures cartouches pour la fin. Après quarante minutes de prestation, je ressors un peu plus convaincu par Satra que je l'avais imaginé au début du set. Pas totalement emballé mais clairement pas rebuté non plus. En tout cas, je suis bien content pour eux car quand leur show s'achève, les musiciens sont chaleureusement acclamés par l'assistance. Ca fait plaisir !

Setlist de Satra :

From The Night
Sand Of Time
Travellers
Stars 
Secret Place
Shadow Engine
Scarecrow
Golden City

 

Puis c'est au tour de Therion de venir nous enchanter. Première chose qui fait plaisir d'entrée de jeu : Christofer Johnsson et ses sbires attaquent avec The Blood Of Kingu (extrait du très bon Sirius B), titre bien heavy et percutant, idéal pour lancer les hostilités... mais surtout ils commencent à 20h30 avec quasiment un quart d'heure d'avance sur l'horaire annoncé. Cela signifierait-il que nous sommes partis pour un concert de deux bonnes heures ? Spoiler : oui, c'est exactement ça.
Le lineup a un peu changé depuis la dernière fois que j'ai vu le groupe. Je retrouve avec plaisir Johnsson à la guitare, bien sûr, je reconnais son coéquipier argentin Christian Vidal, présent à la six-cordes depuis l'ère Sitra Ahra (2010), le fidèle Thomas Vikström au chant, l'incroyable cantatrice américaine Lori Lewis qui tourne à nouveau avec le groupe, chose qu'elle n'avait plus fait depuis 2014 il me semble... Mais les autres, je ne les connais pas bien. Enfin si, il y a bien Sami Karppinen, que j'ai dû voir avec Therion vers la fin des années 90 ou le début des années 2000 (ça remonte)... mais je découvre le bassiste Chris David (qui me fait penser à l'acteur Val Kilmer qui serait grimé en métalleux, j'en veux pour preuve la photo ci-dessous) et la vocaliste espagnole Rosalia Sairem qui, d'après un pote chroniqueur, serait le sosie parfait d'Anastacia (la chanteuse pop américaine qui a percé il y a vingt ans) mais en brune... Moui, possible. Le trio de vocalistes nous régale dès le départ, la première chanson jouée a complètement atteint son but, c'est un début de concert impeccable... que Vikström concluera par un joli "Pariiiiiis.... Pariiiiiiiiis... VIVE LA FRANCE !". 

Avec sept personnes sur scène, il se passe toujours quelque chose. Ca bouge bien, les guitaristes se croisent, le bassiste Chris David se montre très enthousiaste, on sent beaucoup de complicité entre les musiciens qui jouent beaucoup les uns avec les autres... mais pas qu'entre eux. Vidal lance très régulièrement des regards amusés au public et sourit abondamment aux premiers rangs, par exemple. En tout cas, c'est un véritable plaisir de regarder tout ce beau monde s'activer. On ne s'imagine pas forcément en écoutant du Therion en studio à quel point leurs shows possèdent une véritable couleur rock'n'roll et se révèlent hyper chaleureux et fun. Mais surtout, c'est très pro. Quelle qualité dans l'interprétation ! Les titres récents (Ruler Of TamagTuonelaTwilight Of The Gods... tous servis assez tôt dans le set) comme les plus anciens (Birth Of Venus IllegitimaAsgard et bien d'autres) sont joués avec force et conviction, tout en donnant lieu à des performances vocales impeccables. Et, bien entendu, le groupe nous invite à chanter de temps à autre, comme sur le final de Twilight Of The Gods, bien classe, où nous serons sollicités pour les chœurs... Je peux vous dire que nous aussi avons fait du bon boulot !

L'ambiance est très chaleureuse, tout le monde a l'air bien en forme et ravi d'être là. Lori Lewis plaisante en nous annonçant que, vu qu'on se trouve au Moulin Rouge, elle s'apprête à danser le French cancan... Avant de nous annoncer un titre extrait des Fleurs du Mal : Mon Amour, Mon Ami (qui sera immédiatement suivi de La Maritza). Ils sont bien reçus (personnellement, je m'éclate moins mais je peux toujours admirer le travail impressionnant des chanteuses). Je me réveille davantage avec les morceaux suivants : Leviathan et l'excellent Asgard qui rappelle à notre bon souvenir l'album Secret Of The Runes. D'ailleurs, c'est le moment de faire une remarque sur la setlist. Elle est généreuse bien sûr, mais surtout, elle pioche dans beaucoup de disques différents. En tout, nous aurons le droit à vingt-deux morceaux extraits d'un total de onze albums. C'est top (même si, évidemment, on trouvera toujours qu'il y a des manques, les fans des premières heures, pré-Theli, n'auront rien à se mettre sous la dent) et balaye une bonne partie de la carrière de Therion en offrant un set bien riche et varié. 

Trop de choses à raconter sur cette soirée et il est hors de question que je vous ponde un roman... Penchons-nous donc directement sur quelques moments forts triés sur le volet !
Ce qui me vient à l'esprit spontanément, c'est la beauté de la chorale (formée par les trois vocalistes, mais attention Vidal et David participent régulièrement... ce qui fait que l'on se retrouve avec cinq voix en simultané au moment de certains refrains) sur Black Diamonds. La puissance heavy de la géniale Ginnungagap, toujours aussi imparable en live, la magique Siren Of The Woods qui colle des frissons avec sa superbe intro, son solo mythique et une fin a capella grandiose. On apprendra d'ailleurs à cette occasion que des fans de Therion aiment bien passer ce morceau lorsqu'ils se marient. Mince... trop tard pour moi, j'ai loupé le coche. Quoi d'autre ? Rosalia, partenaire très complémentaire de Lori (vocalement, mais aussi dans l'attitude, plus "metal"), nous annonce que cette tournée est encore plus géniale que d'habitude car "Lori is baaack !". Acclamation du public, bien sûr. Une Quetzalcoatl classe, sur laquelle le public a encore bien chanté, ce qui permettra à Vikström de nous dire que nous lui avons donné la "piel de gallina" (la chair de poule). Et, bien sûr, le "méga hit" indispensable qu'est Son Of The Staves Of Time, magique, joué en dernier... enfin, juste avant le rappel.

Quand Therion réinvestit la scène de la Machine du Moulin Rouge, c'est pour nous servir l'indispensable The Rise Of Sodom And Gomorrah accueilli comme il se doit. Quel régal ! Et avant le dernier assaut, le maître Christofer Johnsson prend la parole pour la première fois de la soirée. Il nous explique que jouer Sodom ici fait sens dans la mesure où Paris est clairement la ville de la débauche. Puis il revient sur les idées reçues comme quoi l'Allemagne serait le pays du Metal... en ajoutant que ceux qui disent ne sont jamais venus en France. Bref, il se met tout le monde dans la poche et nous fait crier, à grands renforts de "Show me some French balls !!!", phrase potentiellement dangereuse qui aurait pu donner lieu à quelques débordements. Et ça aurait dû s'arrêter là... sauf qu'au moment d'entamer le denier morceau de la soirée, l'obligatoire To Mega Therion, les écrous de la sangle de la guitare de Johnsson lâchent... et un roadie doit faire une réparation express, ce qui fait que le groupe doit meubler. Johnsson rigole, dit que ça lui permet de passer un peu plus de temps avec nous... et Vikström nous demande si on se souvient du refrain des Sucettes (chanson reprise sur Les Fleurs du Mal, pour ceux qui n'ont pas la ref). L'assistance ne se prive pas de lui montrer que oui, elle s'en souvient. Quelques instants plus tard, tout le monde s'éclate sur To Mega Therion... et c'est la fin d'un show globalement exemplaire !

Je n'étais pas inquiet mais il fut plus qu'agréable de constater que Therion donne toujours d'excellents concerts. Tous les ingrédients étaient de la partie : une belle mise en place, un bon light show, un son très correct (ça n'a pas toujours été le cas dans cette salle, on peut donc s'en réjouir), un groupe complice, généreux et en forme (bon sang, quelle voix, cette Lori Lewis quand même !), un public qui le lui rend bien, une chouette setlist bien éclectique et fournie... Bref, une superbe soirée ! 

Un grand merci à Anaïs de SLH Agency pour l'accréditation.

Setlist de Therion :

The Blood Of Kingu
Ruler Of Tamag
Birth Of Venus Illegitima
Tuonela
Twilight Of The Gods
Mon Amour, Mon Ami
La Maritza
Leviathan
Asgard
Morning Star
Black Diamonds
Ginnungagap
Litany Of The Fallen
The Siren Of The Woods
Aeon Of Maat
Lemuria
Sitra Ahra 
Quetzalcoatl
Eye Of Algol
Son Of The Staves Of Time
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The Rise Of Sodom And Gomorrah
To Mega Therion

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