Groupe:

Judas Priest + Saxon

Date:

08 Avril 2024

Lieu:

Paris

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

2024 est loin d'être terminée mais on peut déjà affirmer qu'il s'agit d'une année singulière au début de laquelle les grands ancêtres du Metal tiennent à démontrer toute leur pertinence. En janvier, Saxon sortait Hell, Fire And Damnation, un album bien percutant et leur meilleur depuis belle lurette. Deux mois plus tard, c'était au tour de Judas Priest de nous étonner avec Invincible Shield, un disque tout simplement impressionnant, encore plus réussi que le déjà très honorable Firepower, et clairement leur opus le plus enthousiasmant depuis le mythique Painkiller sorti trente-quatre avant lui. Deux groupes, deux légendes, deux exploits. Les fans de Heavy anglais étaient à la fête le 8 avril dernier car ces deux formations ont joint leurs forces pour une tournée intitulée "Metal Masters"... un titre pas forcément humble mais, pour le coup, pas forcément faux. D'autant plus que, comme on était sur le point de le découvrir dans un Zénith quasi-complet, les papis britanniques, après nous avoir surpris en studio, s'apprêtaient à en faire de même sur scène.

C'est Saxon qui ouvre le bal. Le groupe monte sur scène quelques minutes avant 19h30 et la première leçon de la soirée commence. Le son est carré, clair et puissant, le light show plus que correct... et, surtout, le groupe, Biff Byford en tête (soixante-treize ans quand même !), affiche une belle forme. C'est la chanson titre du tout nouvel album qui lance les hostilités et, immédiatement, la formation britannique se montre conquérante et percutante. Evidemment, ces messieurs ne sautent pas partout... et c'est bien normal, le plus jeune est le bassiste Nibbs Carter (cinquante-sept ans), les autres ont une bonne soixantaine, voire un peu plus pour Nigel Glockler, le batteur (toujours bien en place) ou notre fameux Biff déjà cité dont la voix ne semble pas trop vieillir... mais l'énergie dégagée par le quintet me fait immédiatement ressentir admiration et respect. Attention cependant, l'énergie c'est bien mais ça ne fait pas tout, c'est mieux quand les compos choisies sont solides. Là aussi, pas de quoi se plaindre : dans un premier temps Saxon alterne morceaux récents (Hell, Fire and Damnation, There's Something In Roswell, Madame Guillotine tous extraits de leur dernière livraison... ainsi que le titre Sacrifice) avec quelques classiques indémodables tels que Motorcycle Man et And The Bands Played On pour le plus grand plaisir des fans, visiblement très réceptifs.

Pas de grands discours, quelques remerciements tout de même et une poignée de mots en français aussi pour se mettre encore un peu plus le public dans la poche... L'accent est mis sur la musique. Saxon a une heure pour convaincre et propose pas moins de treize compos pour ce faire. Si la première moitié du set effectuait des va-et-vient entre le présent et passé, la seconde reste totalement bloquée dans les 80s, s'assurant donc un engouement des plus enthousiastes. Eh oui, après Madame Guillotine (un nouveau classique, n'ayons pas peur des mots), Byford et compagnie enchainent les standards que tout le monde connait (ou devrait connaître) : Heavy Metal Thunder, Strong Arm Of The Law, Crusader... Un véritable best-of ! Pendant ce temps-là, les deux guitaristes Doug Scarratt et le nouveau venu Brian Tatler (Diamond Head, on n'a pas choisi n'importe qui pour remplacer Paul Quinn, dites donc !) gratouilles avec sobriété et nous régalent... pendant que Carter se montre toujours plus agité que ses copains ("jeunesse", toute relative, oblige) et parcourt la scène en brandissant sa basse aux quatre vents, sans oublier de chanter avec enthousiasme (même quand il n'a pas de micro devant lui) une quantité non négligeable de paroles. Tout cela est servi par un son exemplaire qu'on aimerait bien conserver toute la soirée. 

Pendant cette deuxième moitié de show, Byford fait mine de donner le choix aux fans : "Vous préférez entendre quoi ? Crusader ou Dallas 1 PM ?". C'est visiblement la première qui est choisie... mais ces coquins de Saxon joueront finalement les deux... pour le plus grand bonheur de notre cher chroniqueur Bane (qui m'accompagne ce soir et voit ses idoles pour la première fois sur scène) qui me disait justement au démarrage de Crusader : "Je voulais Dallas !". Cette illusion de choix aura eu lieu deux fois. Ces messieurs sont joueurs. La fin du concert ne souffre d'aucune baisse : Denim And Leather, Wheels Of Steel (rallongée avec un Zénith entièrement debout, tapant dans ses mains en rythme, arrachant à Biff des "MAGNIFIIIQUE" et "SUPEEER"), et la véloce Princess Of The Night se chargent de nous porter l'estocade finale. Ce n'est que la troisième fois que je vois Saxon (la première, c'était au Wacken il y a une vingtaine d'années, la seconde au Bataclan en 2009) et je me demande bien pourquoi je n'y suis pas allé plus souvent. Ce groupe est toujours très bon sur scène. Quelle leçon et quelle belle façon de démarrer la soirée !

Setlist Saxon :

Hell, Fire and Damnation
Motorcycle Man
Sacrifice
There's Something In Roswell
And The Bands Played On
Madame Guillotine
Heavy Metal Thunder
Strong Arm Of The Law
Crusader
Dallas 1 PM
Denim And Leather
Wheels Of Steel
Princess Of The Night

 

Au tour de Judas Priest de montrer de quel bois il se chauffe ! Un rideau aux couleurs (et paroles) d'Invincible Shield nous cache la scène pendant que les premières notes de Panic Attack se propagent dans l'atmosphère puis, une fois l'intro sur bande terminée, le rideau tombe et l'on découvre les British de Birmingham en formation serrée sur les marches qui mènent à la batterie du puissant Scott Travis. "United they stand", c'est sûr ! Le son est un peu moins bon (un peu plus brouillon peut-être avec une batterie au rendu discutable) que pour Saxon mais pas désagréable et va vite s'améliorer (sans toutefois totalement attendre la clarté et le tranchant de celui dont bénéficiait le premier groupe, dommage). En tout cas, une chose est sûre, ce Panic Attack bien vindicatif constitue une entrée de choix pour démarrer le set.

Après cette attaque estampillée 2024, le Priest nous embarque une quarantaine d'années en arrière avec un classique qu'on attendait pas si tôt dans la setlist : You've Got Another Thing Coming (toujours aussi fédérateur) ! Puis, histoire de bien enfoncer le clou, ce sont Rapid Fire et Breaking The Law qui déboulent pour faire chanter le Zénith à gorge déployée. Les années 80 occupent une place indiscutable dans le show du quintet. Comme c'était le cas il y a cinq ans, aucun titre sorti après 1990 et avant Firepower (2018) ne sera joué ce soir... cette période qui compte cinq albums n'existe tout simplement plus (pour l'instant en tout cas) dans un contexte live. Donc, à part trois nouveaux titres (Panic Attack, Crown Of Horns, Invincible Shield) et la chanson Firepower, tout ce qui sera proposé provient d'albums sortis dans les années 70 ou 80 (ou 1990 pour l'indispensable Painkiller). 

La star du show, reconnaissons-le, c'est surtout Richie Faulkner avec ses poses de guitar hero. Ce dernier qui a pris une belle place et a joliment développé son jeu (ainsi que son sens de la composition) ses dernières années et il fait le show avec panache ! Mais non, je n'oublie évidemment pas le Metal God himself, le charismatique Rob Halford, arpentant la scène avec assurance et sortant de son gosier quelques notes encore bien impressionnantes. A l'instar de Byford, Halford n'est plus tout jeune (soixante-douze ans) et il lui arrive d'ailleurs d'atteindre (et ne pas dépasser) certaines limites vocales dues à son âge mais le monsieur s'en sort tout de même convenablement. Painkiller est toujours un moment un peu difficile, il y a des effets sur la voix (de la réverb' pour faire tenir plus longtemps quelques notes notamment), certaines lignes sont chantées un octave ou deux plus bas... mais le Rob reste classe et arrive même à m'impressionner sur quelques titres (je pense notamment au surprenant Saints In Hell, extrait de Stained Class). Bane me l'a dit : "Ne doute pas du patron !" (vous pourrez d'ailleurs retrouver l'avis synthétique de Bane sur cette soirée en bas de page). Andy Sneap est plus discret que Faulkner mais fait le taf, Ian Hill reste cantonné à son petit coin de scène à droite, comme à son habitude et Scott Travis cogne toujours avec la puissance et la rigueur métronomique qu'on lui connait. 

Tous les passages obligés d'un concert de Judas Priest sont au rendez-vous. Comme à chaque fois, le groupe joue quelques vieux titres absents de la tournée précédente (cette fois-ci Saints in Hell, Love Bites, Devil's Child...), les immanquables classiques (quelques-uns déjà cités auxquels vous pouvez ajouter Victim Of Changes, Turbo Lover, The Green Manalishi, Electric Eye, Metal Gods, Hell Bent For Leather, Living After Midnight...), livre un set d'une heure quarante-cinq à un moment duquel Rob fait chanter le public (la fameuse séance fun de "yeah yeah yeah" sur laquelle les fans se défendent très bien)... Il y a le petit discours de Scott Travis juste avant Painkiller (là aussi, le gars feindra de nous laisser le choix en nous demandant quel titre on veut entendre... te fatigue pas Scott, on sait que tu vas jouer l'intro de Painkiller dans quelques secondes, d'ailleurs comme on est sympa, on crie tous "Painkilleeeeer" quand même). Il y a cinq ans Travis nous disait que la tournée Firepower se devait de commencer dans une ville aussi fantastique que la nôtre, cette fois-ci il nous livre qu'il fallait terminer cette tournée européenne à Paris. Normal. Et bien sûr, Rob arrive sur scène en moto pour Hell Bent For Leather

Après un show d'une petite heure et demie, le groupe remonte sur scène pour un rappel totalement nostalgique (Electric Eye, Hell Bent For Leather, Metal Gods et Living After Midnight) et jouissif. Petit moment émotion qui conclue parfaitement cette soirée, Glenn Tipton, qui ne tourne plus avec son groupe puisqu'il est atteint de la maladie de Parkinson, fait une apparition sur les deux derniers titres. Le guitariste légendaire est alors ovationné comme il se doit. 

Judas Priest a encore de beaux restes et a su régaler son auditoire avec un set joliment ficelé (même si on en voudrait toujours plus) et une mise en place impeccable... un tour de force qu'on a hâte d'expérimenter à nouveau. Et ça tombe bien puisque le groupe a l'intention de revenir montrer qui est le patron du heavy britannique à Nancy le 23 juin prochain dans le cadre du Heavy Weekend !

Un grand merci à Olivier Garnier de Replica Promotion pour l'accréditation ainsi qu'à Grégory Hernandez pour ses superbes photos. 

Setlist Judas Priest :

Panic Attack
You've Got Another Thing Coming
Rapid Fire
Breaking The Law
Lightning Strike
Love Bites
Devil's Child
Saints In Hell
Crown Of Horns
Turbo Lover
Invincible Shield
Victim Of Changes
The Green Manalishi (with the Two Prong Crown)
Painkiller
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The Hellion / Electric Eye
Hell Bent For Leather
Metal Gods
Living After Midnight

 

Petit aparté de Bane :

Je me permets de piquer le clavier à mon estimé confrère (c'est une métaphore, évidemment) pour rajouter mon point de vue. Saxon et Judas sont tous les deux membres de mon top 10 perso, et ce depuis ma découverte du genre. Concernant Judas, on est même clairement sur le podium. Je ne pouvais donc pas me permettre de louper cette date parisienne, après avoir fait leur avoir fait faux bond à plusieurs reprises. Pour l'occasion, je traînais également avec moi mon frangin, grand amateur du Priest (il connaît beaucoup moins Saxon), qui allait connaître ce soir-là son premier concert de Metal...

Autant dire que je suis sorti ravi, comblé, enchanté. Saxon a donné une vraie leçon à absolument tout le monde : je n'avais entendu que du bien de leurs prestations live, mais je n'aurais jamais cru prendre un tel pied. Tout était absolument impeccable, du son à la setlist, en passant par la voix de Biff (difficile de croire qu'il a 73 balais). Une énorme mandale dans la gueule, j'en suis ressorti avec un sourire jusqu'aux oreilles, en me disant "punaise, quels patrons". Et oui, mon frangin aussi a adoré. Allez, petit bémol quand même : un ou deux morceaux des 90's n'aurait pas été de trop, genre un Terminal Velocity, un Unleash The Beast ou un Solid Ball of Rock à la place du dispensable Sacrifice.

Concernant Judas, j'avais malgré tout un peu peur. Rob n'est plus tout jeune et, soyons honnêtes, ses parties vocales sont tout de même un poil plus techniques que celle du copain Byford. S'il nous a été difficile de juger sa performance sur le premier titre, l'ingé son ayant visiblement oublié d'activer son micro, il a ensuite passé une heure et demi à nous impressionner. Et quel charisme, sérieux ! Mention spéciale, comme l'a dit mon collègue, pour Faulkner, qui déchire tout. Ces problèmes de son étaient cela dit le seul petit défaut du concert, parce que tout le reste était top : le groupe, l'ambiance, les lumières, la setlist... J'aurais bien aimé un p'tit The Sentinel, mais on va pas pousser, j'ai eu Victim of Changes (et je pense que tout le Zénith a entendu mon hurlement de bonheur quand elle a commencé). Bref, c'était tout simplement mortel, espérons que le Priest soit "Back" à Paris rapidement.

Une p*tain de belle soirée, deux concerts au top, mon frangin ravi et moi aux anges. Que demander de plus ? Du merch à un tarif acceptable ? Ah oui, pas bête.

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