Artiste/Groupe:

Judas Priest

CD:

Invincible Shield

Date de sortie:

Mars 2024

Label:

Columbia

Style:

Heavy Metal

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Note:

16.5/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

En 2018, j’avais conclu ma chronique de Firepower avec les mots suivants : "Firepower reste donc une bonne surprise. A tel point qu’il serait peut-être même souhaitable qu’il soit le dernier album du Priest (...) Disons juste que je doute qu’il puisse faire bien mieux que cela. Ainsi, sa carrière se terminerait de façon tout à fait honorable avec l’un des meilleurs disques qu’il ait sorti depuis le fameux Painkiller qui marqua tant les esprits". Six ans plus tard, Invincible Shield, dix-neuvième album de l’indéboulonnable formation britannique, vient me donner tort. Oui, Judas Priest était capable de mieux. Ce disque en est la preuve.

Octobre 2023 : le Priest annonce la couleur avec son single Panic Attack, 100% Judas. Du petit bruitage synthétique juste avant le couplet rappelant Turbo (l’intro au clavier également), aux guitares old-school, en passant par le chant aigu et conquérant de Rob, sans oublier les duos de grattes (avec un petit solo supplémentaire après l’ultime refrain, très Painkiller dans l’esprit), tout cela sur un tempo enlevé et une section rythmique puissante... Les Anglais envoient un message : ils ne sont pas revenus pour ramasser les pâquerettes. Certes, le refrain est un peu concon... mais si vous réfléchissez bien, des titres efficaces et même devenus cultes avec ce type de chorus, on en connait d’autres (Breaking The Law non ?). 

Passons à ce qui saute aux oreilles lorsque l’on démarre l’écoute de ce cru 2024. La qualité et la puissance du son. Andy Sneap a produit la bête et a (encore) fait du super boulot. Les guitares sont sublimes et la batterie de Scott Travis me régale. En terme de production, cela me rappelle la claque que je m’étais prise avec Painkiller à l’époque. Ensuite, il y a ce démarrage surprenant car il ne présente pas un, ni deux... mais trois titres rapides et percutants d’affilée ! Après Panic Attack, c’est The Serpent And The King qui déboule et lui aussi rappelle le bon vieux temps, une sorte de croisement entre Defenders Of The Faith et Painkiller. Après deux pistes qui décoiffent, on se dit que les British vont ralentir le tempo mais pas du tout, la chanson titre arrive, avec son riff heavy jusqu’au bout du médiator, soutenue par une petite double grosse caisse qui va bien... Mais que se passe-t-il ? Ils ont mangé du lion ou quoi ? C’est probablement l’un des débuts d’album les plus heavy de la discographie du Priest. Cinquante ans après leur premier méfait, on peut dire que ça surprend ! Mais surtout, ces compos sont entraînantes, bien écrites, convaincantes... absolument pas ridicules ! Tipton (bien qu’absent des concerts à cause de la maladie de Parkinson), Faulkner et Halford signent, à eux trois, tous les nouveaux morceaux et le trio semble sacrément inspiré. La partition n’est évidemment pas novatrice mais la recette est maîtrisée et d’une efficacité redoutable. J’insiste : les riffs et solos me semblent ici d’un niveau supérieur à ceux que l’on pouvait entendre sur beaucoup d’albums précédents.

Autre élément immédiatement remarquable : Halford. Comment fait-il pour chanter ainsi à soixante-douze ans ? Sa prestation est étonnante. Il retrouve ici une puissance et une aisance que je ne lui soupçonnais plus. Ecoutez The Serpent And The King notamment... Je vais même vous confesser une pensée peu reluisante : je l’ai trouvé tellement bon sur ce titre que je me suis demandé s’il n’y avait pas eu "triche". C’est mal, je sais... mais c’est incroyable. Quel remède, quelle cure de jouvence, quel sortilège ou autre tour de magie peuvent expliquer une telle forme ? En tout cas, sorcellerie ou pas, chapeau ! Le Metal God me scotche et cela participe grandement à la bonne impression que laisse Invincible Shield.

Revenons aux nouvelles compos maintenant. Après un début aussi tonitruant, Judas Priest calme un peu le jeu et diversifie le propos (tant mieux, un quatrième titre heavy/speed dans la foulée, ça aurait fini par lasser). On aura le droit à des mid-tempos oscillant entre hard et heavy, parfois bien lourds (Devil In Disguise avec son riff 80s et sa batterie proche d’un Metal Gods, Trial By Fire plus épique et sombre avec ses belles harmonies de guitares en intro, Escape From Reality et son refrain entêtant), parfois plus enlevés ou légers (l’excellente Gates Of Hell, Crown Of Horns le titre le plus calme et mélodique de la galette avec, au programme, mélodie entêtante et chant plus posé de haute volée). Il y aura aussi du metal plus vigoureux avec As God Is My Witness (la double grosse caisse et les guitares me rappellent un peu Hard As Iron sur Ram It Down ou Leather Rebel sur Painkiller) et un court morceau direct et entraînant nommé Sons Of Thunder au refrain fédérateur "Let’s ride... all night... sons of thunder !" avec des gang vocals assez inhabituels pour le Priest (on les verrait plus chez Accept). Giants In The Sky ressort un riff bluesy emprunté aux seventies et conclut la version "normale" de l’album avec classe (on notera un passage acoustique très sympa en milieu de parcours). L’édition deluxe comprend trois titres bonus : Fight Of Your Life joue aussi la carte des 70s et m’a convaincu. Vicious Circle est plus rentre-dedans, c’est du heavy classique avec gros riff... pas mal mais l’album propose des choses plus marquantes dans ce style. La surprise vient de The Lodger, très différent de tout le reste, moins metal, avec une ambiance inquiétante, un aspect quasi opera rock (presque Alice Cooperien)... Etonnant.

Invincible Shield est d’une qualité inespérée pour un groupe de heavy classique à ce stade de sa carrière. Un peu comme Firepower... mais en mieux. Halford est impérial, les riffs sont excellents, Faulkner signe ses meilleurs solos depuis qu’il a intégré le groupe... l’ensemble est robuste, metal, sans négliger quelques influences hard rock. Le son est brillant. Puissance, énergie et mélodie sont au rendez-vous et beaucoup de compos pourraient intégrer la setlist de la prochaine tournée sans la ternir. Je suis donc obligé de déclarer que le meilleur album depuis Painkiller (1990), c’est bien Invincible Shield (je trouve qu’il surpasse aussi quelques œuvres des 80s comme Point Of Entry, Turbo ou Ram It Down). Bien sûr, il reste classique et arrive après des disques qui ont marqué l’Histoire. On n’est donc pas forcément "bouleversé" à son écoute. Mais il synthétise assez bien tous les visages (ou presque) de Judas Priest sur plusieurs décennies (il ne lui manque pas grand-chose, une jolie ballade peut-être, une compo plus majestueuse comme Rising From Ruins sur Firepower). Quel autre groupe légendaire peut se vanter de faire aussi bien aujourd’hui ? Ne cherchez pas, c’était une question rhétorique. 

Tracklist de Invincible Shield :

01. Panic Attack
02. The Serpent And The King
03. Invincible Shield
04. Devil In Disguise
05. Gates Of Hell
06. Crown Of Horns
07. As God Is My Witness
08. Trial By Fire
09. Escape From Reality
10. Sons Of Thunder
11. Giants In The Sky

Titres bonus de l’édition limitée :

12. Fight Of Your Life
13. Vicious Circle
14. The Lodger

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !