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Interview Manu
Benighted entre dans sa troisième décennie d'existence. Quand tu regardes votre parcours, de quoi es-tu le plus fier ?Ce qui me rend le plus fier, c'est clairement l'ampleur qu'a prise le groupe à l'international. Nous avons eu l'occasion de jouer dans des pays où l'on n'imagine pas forcément trouver une scène métal : la Mongolie, le Vietnam, l'Inde ou encore la Malaisie. Même si les conditions ne sont pas toujours idéales, savoir que des gens à l'autre bout du monde écoutent nos compositions est une immense source de fierté. Imaginer que notre musique résonne dans des endroits très éloignés culturellement du métal extrême, c'est quelque chose de fort. L'accueil du public est-il différent selon les pays ?Les bases sont les mêmes partout : les fans écoutent les mêmes groupes de référence et partagent les mêmes influences. En revanche, l'intensité émotionnelle est souvent beaucoup plus forte dans certains pays parce que très peu de groupes s'y rendent. On joue parfois dans des endroits où aucune tournée internationale ne passe. Les gens sont alors extrêmement reconnaissants de notre présence. Je me souviens notamment d'une tournée en Inde en 2017. Nous avons joué dans une enclave du nord-est du pays, isolée entre le Myanmar et la Chine. Pour rejoindre le lieu, nous avons dû effectuer neuf heures de bus à travers la jungle. Là-bas, nous avons rencontré un fan qui avait parcouru douze heures de vélo dans des conditions très difficiles simplement pour nous voir. Quand on vit ce genre de situation, on réalise à quel point la passion peut être forte. Ce sont ces rencontres qui nous motivent. Bien sûr, nous adorons jouer dans de grands festivals comme le Hellfest, le Motocultor ou le Brutal Assault, mais parfois jouer dans des conditions compliquées devant des fans aussi investis est encore plus marquant. Quel a été le tournant qui a permis à Benighted de passer d'un groupe passionné à un groupe reconnu à l'international ?Je pense que plusieurs éléments ont joué. D'abord les changements de line-up. Au fil du temps, certains membres sont partis, d'autres sont arrivés avec une vision plus professionnelle. Ce n'était pas forcément calculé, mais cela a naturellement fait évoluer le groupe. Ensuite, il y a eu une évolution musicale importante. Pendant une bonne partie de notre carrière, nous étions très orientés grindcore pur. À partir d'albums comme Carnivore Sublime ou Necrobreed, nous nous sommes ouverts à d'autres influences extrêmes. Cette ouverture nous a permis de toucher un public plus large et d'accéder à d'autres opportunités. Certains albums semblent marquer davantage cette ouverture musicale. Était-ce volontaire ?Oui et non. Julien développe l'univers thématique de chaque album autour de troubles psychiatriques, en lien avec son activité professionnelle. De mon côté, je compose la musique. À chaque disque, nous essayons d'apporter quelque chose de nouveau. Sur certains morceaux, nous intégrons volontairement des éléments inattendus : une voix hardcore, un passage jazz fusion, des influences qui sortent du cadre traditionnel du Death Metal. Cela fait partie de notre identité. Même dans les anciens albums, on peut trouver des passages inspirés du hip-hop, de l'électro ou d'autres univers musicaux. As-tu le sentiment que le métier de musicien a évolué ces dernières années ?Oui, énormément. Aujourd'hui, la dimension réseaux sociaux est devenue incontournable. C'est même parfois plus important que la musique elle-même. J'ai l'impression que la visibilité prend souvent le dessus sur la qualité artistique. Nous appartenons encore à une génération assez "old school". Nous avons grandi dans un contexte où la musique passait avant tout le reste. Voir que certains groupes explosent principalement grâce à leur présence sur les réseaux est parfois frustrant. Je pense également que la surabondance de groupes joue un rôle. Les outils de production sont désormais accessibles à tous. Il est possible de réaliser de la musique depuis chez soi avec un budget très limité. Cela crée énormément de concurrence. Dans quel état d'esprit avez-vous composé le nouvel album ?Beaucoup plus sereinement que les précédents. Depuis plusieurs albums, je compose l'essentiel de la musique. Habituellement, j'avais tendance à travailler dans l'urgence et à terminer les compositions à la dernière minute. Cette fois, j'ai consacré près d'un an à l'écriture de l'album. Cela m'a permis de prendre du recul, de retravailler les morceaux et d'arriver en studio avec beaucoup moins de regrets. Je considère que c'est un album plus mature et plus réfléchi. Comment est née l'idée de faire participer les fans avec leurs "pig squeals" ?L'idée vient de Julien. Souvent, ce type d'initiatives est porté par lui. Nous voulions rendre hommage aux fans en les intégrant symboliquement à l'album. Le concept consistait à créer une sorte de chorale de pig squeals composée des enregistrements envoyés par le public. Au final, personne ne pourra réellement reconnaître sa propre contribution car les voix sont superposées. Mais l'idée était surtout symbolique : permettre aux fans de faire partie de l'aventure. Nous avons reçu plusieurs centaines de propositions et effectué une sélection. Une vingtaine d'enregistrements ont finalement été conservés. Vous avez régulièrement des invités sur vos albums. Qu'apportent-ils à votre démarche artistique ?Honnêtement, il n'y a pas toujours une grande réflexion artistique derrière. Dans la majorité des cas, les invités sont des amis rencontrés sur les routes. Nous tournons avec des groupes, nous créons des liens et, naturellement, nous finissons parfois par nous inviter mutuellement sur nos albums. Le guest de Jamey Jasta est probablement l'un des rares exemples où sa présence apportait réellement une dimension différente au morceau. Mais la plupart du temps, c'est surtout le reflet d'une relation humaine et d'une amitié développée au fil des tournées. Vous avez connu beaucoup de changements de batteurs. Mais qu’est ce que vous leur faites ?(Rires) C'est une vraie malédiction. Contrairement à ce que certains imaginent, nous sommes restés en excellents termes avec quasiment tous nos anciens batteurs. Les départs sont toujours liés à des circonstances particulières : blessures, changements de vie ou autres contraintes. La musique que nous jouons est extrêmement exigeante techniquement, mais il n'y a jamais eu de conflit majeur. Aujourd'hui encore, nous sommes amis avec la plupart d'entre eux. Existe-t-il une idée reçue sur Benighted qui vous fait sourire ?Pas vraiment. Si nous avons une réputation, c'est plutôt celle d'être des gars sympathiques. Ce n'est pas forcément un problème, même si cela attire parfois des personnes un peu trop envahissantes après les concerts. Concernant les batteurs, les gens imaginent parfois que nous sommes particulièrement exigeants ou autoritaires. Pourtant, lorsque j'écris les parties de batterie, tout se fait en concertation avec le musicien concerné. S'il estime qu'un passage n'est pas jouable ou peut être amélioré, nous le retravaillons ensemble. Un dernier mot pour conclure ?(Rires) Si vous voulez postuler comme batteur chez Benighted, les candidatures sont ouvertes ! Plus sérieusement, nous avons effectivement besoin d'un nouveau batteur. Nous avons encore quelques mois pour trouver la bonne personne avant les prochaines échéances importantes du groupe et la sortie du nouvel album. NDLR : Je tiens à souligner la simplicité et la convivialité de ce moment. A aucun moment je n'ai eu l'impression d'être en interview, nous aurions très probablement eu le même type d'échange si nous nous étions croisés n'importe où. Merci à l'homme et chapeau à l'artiste.
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