Il y a bien longtemps que je recherche le saint Graal du Mathcore depuis la fin des albums studios deThe Dillinger Escape Plan… Et si la quête d’Arthur et de Perceval a fait chou blanc, pour ma part je l’ai peut‑être enfin trouvé.
Un jour, au festival 666, Tony (éminent collègue de Loud TV) me souffle de ne surtout pas manquer Vertex, puisque je suis amateur du genre. Aussitôt dit, aussitôt fait : je quitte précipitamment la salle de presse pour me rendre devant cet OMNI (Objet Musical Non Identifié). Et l’animal avait bien raison, je me suis régalé. Je ne manque pas de passer au merch pour récupérer une copie de leur premier album The Purest Light, et voilà comment cette chronique se retrouve devant tes yeux, mon bon Kévin. Oui, je sais, je suis à la ramasse, puisque l’album est sorti en janvier 2025. Mais il serait franchement dommage de ne pas dire un mot de cette pépite.
Vertex est une formation lyonnaise qui a sorti cette galette chez le voisin stéphanois Le Cri du Charbon, ce qui est déjà une preuve que le groupe se fout littéralement des frontières. Et forcément, le disque confirme leur capacité à jouer avec les genres, en premier lieu le Mathcore bien entendu, une pointe de Metal moderne, saupoudré de quelques tendances progressives. Oui, je sais, ça ressemble à un cocktail improbable… et pourtant, ça fonctionne.
Le côté moderne tient avant tout à la production, signée Thibault Bernard (Convulsound Studio), qui met en valeur la précision des guitares de Maxence Griffond, la puissance du duo rythmique Michael Alberto Merone à la basse et Pierre Rettien (également chez Hypno5e, mais aucun lien fils unique…) à la batterie, tout en laissant une belle place à la voix de Kik Mastan, puissante à souhait.
Une des caractéristiques étonnantes de cet album, c’est sa maturité, alors qu’il s’agit d’un premier LP. Certes, il y a eu un premier EP, Scalable, et d’autres joyeusetés depuis 2019, mais ces sept années ont manifestement servi à proposer un album abouti. Dans un style où la fougue, l’envie d’en mettre partout (voire un peu trop) l’emporte parfois sur la qualité des compositions, ici la question ne se pose même pas.
Mais parlons musique. Le groupe impressionne par la complexité rythmique de ses compositions, il y a vraiment de quoi s’arracher les cheveux tant certaines mesures sont tordues. Bon, je vais parler aux vieux : vous voyez quand vous passez un vinyle de 33t à 45t ? C’est bizarre, mais ça reste globalement cohérent. Eh bien, Vertex s’amuse à faire ça. Accélération, ralentissement, et on recommence. C’est presque jouer avec le temps, mais sans jamais perdre l’auditeur. Impressionnant.
Le titre d’ouverture, All My Hatred, installe immédiatement le ton : riffs syncopés, tension permanente, et une écriture qui refuse la linéarité. Vertex fait dans l’atypique, mais je vous défie de ne pas headbanger sur ce morceau d’une efficacité redoutable. Le suivant, War Is Peace, confirme cette orientation. Plus frontal, plus puissant, mais toujours animé par cette volonté de surprendre l’auditeur. Le morceau éponyme, The Purest Light, n’est pas forcément celui que je trouve le plus intéressant, mais Vertex y déploie une écriture plus progressive, presque narrative, où les ruptures rythmiques deviennent des respirations.
En revanche, avec Leviathan, l’album plonge dans une atmosphère plus épaisse, plus sombre. Le groupe y explore une lourdeur nouvelle, sans renoncer à ses signatures rythmiques complexes.
Je ne vais pas vous faire toutes les pistes, mais la fin de l’album prolonge cette dynamique. Même si l’on peut repérer quelques gimmicks Mathcore dans le chant sur Next Age ou sur le brutal Social Unborn, on reste globalement sur une alternance de violence et d’une volonté insatiable de déstabiliser l’auditeur. Vertex démontre ici une maîtrise de la tension, capable de jouer sur les ambiances sans perdre son intensité. Même le titre « acoustique » Tar qui conclut l’album arrive à maintenir cette intensité.
Pour conclure, ce premier effort a franchement belle allure. The Purest Light emprunte autant à TDEP, qu’à Meshuggah, avec un petit côté Fear Factory. Ce mélange fortement dosé est rare, d’autant plus dans nos contrées. Donc si vous êtes amateurs de mathcore, vous devez impérativement passer par la case Vertex.
Tracklist de The Purest Light :
01. All My Hatred 02. War Is Peace 03. The Purest Light 04. Leviathan 05. Two 06. Next Age 07. Social Unborn 08. Following Arrows 09. Scalable 10. Tar