Etrangement le cas Imperial Triumphant n’a jamais été abordé en ces augustes pages. Il est vrai que sans être forcément traditionnaliste dans notre approche, l’avant-garde n’est pas forcément très suivie parmi notre modeste équipe. Pourtant, avec deux décennies d’existence, une dizaine de sorties au compteur, une présence récurrente en concerts et festivals prestigieux, il est difficile de passer à côté de ce groupe à l’imagerie singulière et très marquée. A l’origine, Imperial Triumphant c’est un trio plutôt orienté black metal néo- classique. Affinant leur musique, maîtrisant mieux le travail de composition, le trio new-yorkais a intégré des éléments jazz à son black toujours plus inventif. Le lien avec un Blut Aus Nordpeut se faire. Explorant toujours plus en profondeur l’exploration de l’urbanité, dans l’occultisme.
Porté par une dimension cinématique aboutie avec une imagerie me faisant irrémédiablement penser à l’univers d’Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (les masques notamment), les new-yorkais proposent une musique hyper conceptuelle et pour tout dire assez rebutante pour les non-blackeux (dont je suis). Oui mais pour les avoir vus live (en première partie d’Igorrr, autre phénomène-concept), je n’ai pas détesté, pas non plus aimé mais cela ne m’a pas rebuté, ce qui pour moi est déjà pas mal. Voix caverneuse, délire varié dans un black qui se veut de fait inventif. A l’instar d’un Igorrr, Imperial Triumphant a rendu sa formule un peu plus mainstream même si cela reste du black avant-gardiste avec les vocaux caverneux qui vont bien, les accélérations typiques du genre. Mais le tout est travaillé, trituré. L’ambiance est à la noirceur, pas gore maissombre, froidement dark. On pense bien sûr au Metropolis de Fritz Lang renvoyant ainsi Imperial Triumphant dans un univers très abouti visuellement, très ancré dans une urbanité sombrant dans une froideur inhospitalière.
Cette dimension, qui n’est pas dans mes domaines de prédilection, impressionne tout de même. Notamment en live avec ces visuels projetés sur écran vous plongeant dans les ambiances kubrickiennes (Barry Lyndon, revu à la sauce horreur froide quand le film est un joyau néo-classique). On retrouve cette ambiance lugubre digne des visuels d’un Opeth, c’est très abouti visuellement et j’ai le sentiment qu’on retombe sur le récurrent sujet sur l’avant-garde entre profondeur du concept et sentiment d’un élitisme pompeux et pour tout dire un peu « poseur ». Ce ne sont pas mes univers, je l’ai déjà dit, mais encore une fois, l’expérience live ne m’avait pas déçu (outre offrant de très belles photos pour les amateurs) et le groupe est intéressant dans sa démarche. En un sens, cela me rappelle un concert live d’Oranssi Pazuzu, différente mais dont je ne conçois pas l’écoute en dehors de ce format.
Ce Gold Star fut en tout cas très bien reçu, le standing du groupe a augmenté dans les festivals, permis par un visuel très puissant. Sans leur masque lors des signing-sessions, le trioZachary Ezrin (voix / guitare) - Kenny Grohowski (batterie) – Steve Blanco (basse) semble plutôt sympathique d’ailleurs. A noter sur ce disque la présence de trombone accentuant le côté jazz mais surtout celle d’un Dave Lombardo (amoureux de ce genre de projet fou à la Mr Bungle) confirmant l’aura prise par le groupe dont le format capte un réel intérêt. Illustrant musicalement un New-York bouffé de l’intérieur, Imperial Triumphant poursuit une discographie aboutie, symptôme sombre d’une époque semblant toujours écrasée sous le poids d’un nihilisme qui la ronge la renvoyant à l’absurdité de son évolution. Imperial Triumphant ne fait pour ma part que me confirmer l’impasse morale et intellectuelle d’un modèle urbain bouffi de son immanence. En ce sens, ce genre de groupe peut être vu comme un symptôme d’un certain Occident, semblant perdu et dépourvu de repères.
Tracklist de Goldstar :
01. Eye Of Mars 02. Gomorrah Nouveaux 03. Lexington Delirium 04. Hotel Sphinx 05. NEWYORKCITY 06. Goldstar 07. Rot Moderne 08. Pleasuredome 09. Industry Of Misery