Anvers, sa Grand-Place, son port, ses diamants, sa magnifique gare centrale... et
Artefacts ! Si les premiers éléments cités doivent vous parler, il
est à peu près certain que le nom du groupe vous soit inconnu (à ne pas confondre
avec le groupe Français Artefact). Et pour cause, les Belges sortent avec
Lucius leur premier album, après avoir sorti un EP en 2023. N’y allons pas par
quatre chemins, le groupe n’est pas là pour faire de la figuration. Il s’agit ici du
premier volet d’une trilogie (le deuxième volet sort en premier) nommée "The
Titan Chronicles". Et le groupe s’en donne les moyens : orchestrations massives,
chœurs (une vraie chorale tout de même !), et neuf titres pour soixante douze minutes de
musique ! Le groupe indique que sa musique est un mélange de musique de film, épique, avec
du black metal et des touches progressives. Et des inspirations allant de Dimmu Borgir à Ne Obliviscaris en passant par Fleshgod Apocalypse et Septicflesh notamment. Bref, le combo s’est
créé un véritable univers, à commencer par la pochette, magnifique. A titre
personnel, j’aime les groupes proposant des pochettes en adéquation avec l’album, et
qui servent donc les propos et la musique. La pochette représente ainsi la confrontation entre
Lucius, le protagoniste de l’histoire, et le Titan
(d’où le nom de la trilogie), avec en arrière-plan le temps dans lequel le
Titan a été gardé pendant des milliers
d’années.
Premier constat, l’album est parfaitement équilibré. Un
prologue suivi de trois gros titres, puis un interlude suivi de trois gros titres à nouveau, et
un prologue pour terminer. C’est par des notes de piano et une orchestration sombre tel un film
d’horreur que débute Prologue Gods and Mortals. L’ambiance se veut
inquiétante, les chœurs ne tardent pas à arriver. Le côté
cinématographique est vraiment présent, voilà une intro digne des grands noms du
metal symphonique ! Les premières notes de guitares arrivent sur Nephereth sur
un rythme lourd, presque doom. En revanche, lorsque déboule les premiers growls et les claviers,
plus de doute possible, nous sommes bien en plein Black metal symphonique. L’ombre de
Dimmu Borgir plane inévitablement sur le titre, la voix de Niklaas
Reinhold ressemblant beaucoup au timbre de Shagrath et les orchestrations
signées Siegfried Mercelis (clavier et compositeur) auraient largement eu leur
place sur Death Cult Armageddon ou In Sorte Diaboli.
The Tower of Irth-Anshar débute au piano avec une
mélodie rappelant les travaux de Erik Satie avec ses
Gymnopédies. Le groupe parlait d’influences progressives, elles se ressentent
dès la lecture des titres et de la durée de l’opus. En effet, neuf titres pour
soixante-douze minutes de musique, ça fait plus prog qu’autre chose. Et forcément,
la structure musicale des morceaux aussi. Ils sont longs, complexes et difficiles à
appréhender. Ne vous attendez pas à mémoriser tout dès la première
écoute, c’est tout bonnement impossible. Il faut s’armer de patience, et, à
l’heure où il faut composer de la musique de plus en plus courte pour capter
l’attention du public (un bon gros nivellement par le bas soit dit en passant), il est fort
appréciable de tomber sur des œuvres à contre courant comme ici, où le
cerveau a besoin d’une grosse dose d’attention pour tout apprécier. Si de prime abord
l’album peut paraître décousu et manquant justement d’accroche à
certains moments, après plusieurs écoutes il délivre toutes ses
richesses. Dragonfall d’ailleurs en est la démonstration. Titre le plus
long de l’œvre avec ses treize minutes au compteur, il recèle de bonnes idées.
Certains pourront reprocher une trop grosse ressemblance au groupe Norvégien
précédemment cité, mais ça serait réduire le talent du groupe. On
navigue ici dans un univers plus riche et recherché.
Après avoir eu une sacrée tempête dans les oreilles,
l’interlude tombe à point nommé. Interlude Her Brine Embrace qui pour
le coup ressemble à du Turisas. Tout cela nous emmène
tranquillement vers la deuxième partie de l’album, qui commence par The Path Of No
Return qui n’est autre qu’un de mes coups de cœur de l’album. Un
autre gros morceau, qui détonne par rapport au reste de l’album. C’est le seul
morceau à proposer un chant clair masculin, qui arrive à la fin du premier tiers du titre
lors d’un refrain lumineux, apportant ainsi un peu de légèreté incroyable au
morceau ! La fin étonne encore, avec une voix féminine venant poser sa douce voix sur le reste
du titre. Croyez-le, il y a du Anathema là-dedans. Autre coup de
cœur (mon titre préféré de l’album), Corruption (Glory For The
Fall). Début A Capella avec de gros chœurs dignes d’un Epica, il s’agit du titre le plus "accessible" (notez bien
les guillemets) et accrocheur. Parfait pour découvrir le groupe et l’album. Ses huit
minutes filent à toute vitesse, la basse très présente est un régal, les
mélodies, le solo de guitare, bref, tout y est.
Que dire de plus sur cette bien belle découverte... Que
j’attends avec une impatience non dissimulée les deux suites à venir ! Vu le talent
de composition de cette première (deuxième) partie, nul doute que la suite sera grandiose
aussi. Artefacts ne se contente pas de singer les groupes dont il s’inspire, mais
possède sa propre personnalité. Le gros plus des Belges est de proposer en plus de son
black metal symphonique, un côté prog qui n’est quasiment jamais mis en avant dans
les groupes jouant ce style (écoutez juste Epilogue For The Dead And The
Undying pour comprendre). Si vous aimez les œuvres riches, complexes et hautement
qualitatives, je ne peux que vous conseiller l’écoute minutieuse de ce Lucius
!
Tracklist de Lucius :
01. Prologue Gods and Mortals 02. Nephereth 03. The Tower of
Irth-Anshar 04. Dragonfall 05. Interlude Her brine
embrace 06. The Path of No Return 07. Augur the Age of
Darkness 08. Corruption (Glory for the fall) 09. Epilogue For the dead and
the undying