En physique théorique, le mouvement perpétuel, faisant fi des basses contingences et se jouant des aléas, existe. Dans les laboratoires les plus pointus, cet espoir reste toutefois une chimère : une machine capable de tourner éternellement sans apport d’énergie, ça n’existe pas. Pour autant, quelque part en Australie, quatre énergumènes semblent avoir décidé de déposer un brevet en outrepassant allègrement les lois de la thermodynamique. Chez Airbourne, les électrons doivent probablement courir plus vite, les frottements transpirer davantage et les vides ignorer superbement toute notion de remplissage. Le groupe transforme ainsi l’énergie en décibels avec une régularité qui ferait tousser Newton lui-même. Reste à savoir combien de temps cette mécanique peut continuer à tourner sans que les boulons ne commencent à voler. Une chose est certaine : ici, le mouvement perpétuel a trouvé son élixir de jouvence… et il fonctionne au riff.
Douze nouveaux morceaux, douze nouvelles occasions de vous prendre un shampooing aux houblons, de chevaucher les agents de sécurité dans la foule ou de vous suspendre aux structures de la scène. Si vous avez déjà vu Airbourne en concert, vous comprendrez parfaitement ce que je veux dire. Si vous ne les avez jamais vus, c’est ici et maintenant. Merci à Maître Ced pour le partage, alors qu’il revient tout juste du Summer Breeze. On ne manquera pas de noter à 23 minutes, le point clef du show. On y notera surtout l’abnégation sans tâche des roadies : le roadie porteur, le roadie sécu, le roadie rafraichissement bière et surtout le roadie droit image (qui file comme un beau diable devant tout ce petit monde pour faire signer les autorisations de filmage....).
Airbourne nous enchante, nous autres amateurs de GMA, depuis, tenez-vous bien, plus de vingt-cinq ans. Et selon leur process de répétition, cela pourrait bien durer encore quelques lustres…
En train d’écouter leur nouvel album (sixième à la plouffe !), dont je suis déjà arrivé au troisième titre, « Here She Comes », après le morceau d’ouverture « Gutsy » et « Alive After Death » (le deuxième titre, forcément, quel c.n ce Diable Bleu). Est-ce un son différent ? Y a-t-il quelque chose de nouveau qui donne l’impression que « ces gars-là prennent une autre direction » ? Non, bien sûr que non. Ce ne serait pas Airbourne sinon.
S’il y a bien une chose à retenir, c’est que ce groupe est plus Airbourne que jamais, et cela ne s’arrête pas au titre de la galette, « AIRBOURNE » !!! On retrouve toujours les mêmes amplis Marshall et Gibson Explorer. Sans aucun doute. Le même son puissant et constant, avec des basses tonitruantes et les frères guitaristes qui défoncent la scène, même sur disque. C’est du hard rock classique. Autrement dit, des guitares branchées à fond dans les amplis. C’est tout. Parfois, il y a peut-être un soupçon de chorus ou de delay, mais cela reste, de manière inconditionnelle, du pentatonique de tous les diables. Tout le monde reconnaît le son d’Airbourne, qui rappelle celui d’un groupe à quatre lettres formé lui aussi en Australie il y a des années. Ne nous donnons pas en piètre spectacle à l’épeler, par respect pour les deux entités.
Par exemple, Kid in a Candy Store et Sky High perpétuent la tradition. Des riffs puissants, incisifs et percutants. Et des refrains à reprendre en chœur. De quoi faire vibrer le public, les festivaliers, les cornes levées et les refrains à pleins poumons. On apprend vite les paroles de Sky High et on les chante en boucle jusqu’à la fin.
Le sixième morceau, Who Put the Rhythm in You?, commence de la même manière que les précédents titres de cet album. Des chœurs introduisent lentement le morceau, préparant parfaitement le terrain pour ce son hard rock percutant, puis on repart de plus belle sur ce rythme à quatre temps, avec un refrain repris en chœur par tout le groupe. Certains diront que c’est convenu. Ok, convenu. Mais F = ma et E = mc² ont résisté à l’épreuve du temps, nous y reviendrons en toute fin (de manière stupide, car sinon pas d’autre intérêt). Deux formules, deux piliers sacrés de la physique, et surtout deux excellentes excuses pour continuer à raconter n’importe quoi quand quatre australiens mettent leurs amplis à fond. Car la batterie, la basse, la guitare brute et le chant rauque, mêlés à des bières au mètre, des jeans déchirés et une Gibson Explorer, ne semblent décidément pas vieillir. Ça ne s’arrêtera jamais de fonctionner. Les lois de la physique ne le permettront pas. Airbourne, c’est une formule. La sainte formule pour faire du rock.
Christmas Bonus est un morceau d’enfer, surtout vers la fin où les plus attentifs d’entre vous décèleront une petite référence à « Piège de cristal ». Qui n’aime pas un bon morceau de Noël entraînant, surtout quand il est associé à l’un des plus grands films de Noël jamais réalisés ? C’est un album de hard rock, fait pour être écouté sans réfléchir. Ce n’est pas une corvée. C’est un plaisir assumé.
Last Man Standing et Rock N Roll Ya s’inscrivent parfaitement dans la thématique de l’album. On vous a couverts de décibels, et maintenant on espère que vous puissiez exploser…
Le dixième morceau, Bogotá, déferle sur un rythme hard rock effréné et ne faiblit pas. Il représente tout de même la seule petite pointe de lassitude. Je n’ai pas dit bâillement, faut pas pousser. Les chœurs un peu justes accentuent peut-être ce sentiment peu roboratif. Il laisse place à Hells Got No Vacancy, qui rappelle un peu Big Gun d’un certain groupe. Sérieusement, écoutez-le, vous comprendrez. Si c’est vrai, et que l’enfer est plein à craquer, alors où allons-nous tous finir ?
Et pour clôturer le bal des cous tordus, Send Me To Rock N Roll Heaven un titre parfaitement choisi pour le douzième et dernier morceau de l’album. C’était presque comme si le groupe l’avait prévu. Une petite chanson mélancolique, un hommage touchant à des légendes comme Van Halen, Malcolm Young, Ozzy Osbourne, pour n’en citer que quelques-unes. Mais ce qu’elle nous inspire, c’est surtout l’espoir que nous, les fans de GMA, avons notre place dans l’au-delà pour y écouter des flots de décibels.
Ces quatre rockeurs forment un groupe dont le Metal a besoin, profondément besoin même, car essentiel au déchaînement des pulsions primitives. On le sait. Le groupe le sait. Et c’est pour ça qu’ils continuent de faire une musique qui déchire. C’est aussi solide que la science elle-même. Que vous soyez chercheur en physique théorique ou non, Airbourne s’en fiche : il a créé la première machine à effet perpétuel démontrant la réciprocité de l’effet quantique. Prosaïquement, plus ça va vite, et plus vous rajeunissez. Mais votre pauvre cou défoncé va vous le faire payer. Il fallait bien une contrepartie à cette histoire…
Tracklist de Airbourne :
01. Gutsy 02. Alive After Death (Last Plane Out) 03. Here She Comes 04. Kid in a Candy Store 05. Sky High 06. Who Put the Rhythm in You? 07. Christmas Bonus 08. Last Man Standing 09. Rock ‘N’ Roll Ya 10. Bogota 11. Hells Got No Vacancy 12. Send Me to Rock ‘N’ Roll Heaven