|
Il y a des occasions rares qu'il s'agit de saisir car on ne sait pas quand elles se représenteront. Le passage du duo formé par Adrian Smith (dois-je vraiment préciser qu'il est guitariste chez Iron Maiden ? Bon bah, c'est fait) et Richie Kotzen (ex-Mr. Big, The Winery Dogs, carrière solo fournie et j'en passe...) dans une belle salle parisienne en est assurément une. Les amateurs de Hard Rock bien bluesy (et les fans des messieurs) se sont donc retrouvés le 6 février dernier pour partager un moment que l'on pourra qualifier de classe... même si, je dois l'avouer, il a peut-être manqué un petit quelque chose au set pour totalement enflammer le Trianon. La première partie est assurée par le Kris Barras Band, un groupe anglais initié par monsieur Barras donc... qui s'est d'abord fait connaître dans le monde - assez différent, vous en conviendrez - du MMA. Nan, pas les assurances... le sport de combat. Je m'attendais à du rock/hard bluesy, dans une lignée proche de celui offert par la tête d'affiche, notamment parce que c'est un peu comme ça que le groupe est vendu sur Internet... et ça n'est pas exactement ce que j'ai eu.  
Au lieu de ça, des titres rock avec des sonorités assez modernes (et un peu mainstream/lisses à mon goût), plutôt entraînants (Who Needs Enemies, Devil You Know avec une intro sur laquelle le public sera invité à chanter) - il faut le reconnaître - à fort potentiel radiophonique (le gros refrain choral et fédérateur de My Parade)... et je me dis que pour un groupe british, ça sonne très ricain. D'autant plus que Kris a parfois quelques intonations Bon Joviennes dans sa voix. Il chante plutôt bien et la musique est agréable à défaut d'être bouleversante. C'est aussi un guitariste habile et l'on se rend compte lors de ses brefs solos qu'il n'est clairement pas manchot. Le groupe qui l'accompagne fait preuve de dynamisme, surtout le bassiste, très enthousiaste, qui arpente la scène avec énergie, agite son instrument (une jolie six-cordes) dans tous les sens et fournit des chœurs engagés. Il nous gratifie d'ailleurs d'une très belle intro à la basse sur l'un des titres. Tout cela passe assez vite... et pour cause, le set ne dépasse pas la demi-heure. Une rythmique bien sautillante et groovy (assez Rage Against The Machine dans l'esprit) m'a accroché (impossible de retrouver de quel morceau il s'agit en revanche, désolé) et j'ai pu entendre les fameuses racines blues (voire country) mises en avant sur le Net avec le morceau Hail Mary, très sympa. Pour résumer, Kris Barras Band : pas forcément ma came mais un moment plaisant. 
Il est 21h, les musiciens de Smith/Kotzen entrent sur scène. En plus des deux guitaristes/chanteurs donnant leurs noms au projet, on reconnaît Bruno Valverde (excellent batteur brésilien chez Angra ou Whom Gods Destroy) derrière les fûts. A la basse, c'est Julia Lage, compagne de Kotzen, et musicienne ayant joué avec pas mal d'artistes divers (son mari certes mais aussi Pat Travers, Adam Lambert et bien d'autres) qui assure... avec le sourire ! 
Le set démarre précédée d'une intro pendant laquelle on peut entendre une voix nous prévenir : "What you're about to hear is real...", de la vraie musique jouée avec le cœur, les tripes, des amplis Marshall et pas de bidouilles numériques donc. A l'ancienne, comme on dit. Et c'est parti pour trois titres extraits du deuxième et dernier (pour le moment) album Black Light / White Noise : Life Unchained (avec un tempo bien entraînant, idéal pour entamer un concert), Black Light plus 70s groovy et le bien chaloupé Wraith. Le groupe est très en place, c'est hyper pro... de la part de tels musiciens, pouvait-il en être autrement ? Le premier album se rappellera à notre bon souvenir avec le bluesy Glory Road en quatrième position. Le groupe n'ayant pas une discographie hyper fournie, il sera aisé pour lui de taper de façon équilibrée dans ses sorties : cinq chansons du premier disque, deux du EP Better Days et sept (y en a plus, normal, c'est le petit dernier) du deuxième album.  
Face à nous : Adrian Smith sur la gauche de la scène, décontracté, chapeau sur la tête et visiblement content de jouer ailleurs que dans un stade. A droite : Richie Kotzen, guitariste impressionnant (qui se lancera dans des apartés plus techniquement impressionnants mais pas forcément meilleurs que ceux de son compère) qui, comme sur album, possède un registre vocal beaucoup plus étendu que celui de Smith. Ces deux monstres ont chacun leur style et force est de constater qu'ils se complémentent très bien. Derrière, Julia Lage fait constamment la navette entre les trois autres musiciens plus statiques (bah oui, quand on doit chanter et jouer de la guitare en même temps on a moins la possibilité de se déplacer), arpentant la scène de droite à gauche avec enthousiasme (elle sourit beaucoup et chante souvent les paroles des morceaux, rien ne l'y oblige, elle n'a pas de micro)... Quant à Bruno Valverde, il frappe avec énergie, aisance et précision offrant une base rythmique plus que solide à ses camarades de jeu. Tout cela est servi par un gros son bien puissant et s'avère très plaisant... mais quelque chose me manque.  
J'ai beau trouver le groupe sobre, charmant et classe, assez virtuose mais sans en faire des caisses, tout cela me semble manquer un peu de folie et de générosité. La communication avec le public est d'ailleurs réduite à son strict minimum. Certes, on ne va pas en concert pour voir les musiciens nous raconter leur vie et c'est heureusement bien la musique qui est au centre... mais tout de même. A un moment, Smith donne la parole à Kotzen qui lui répond en rigolant "mais je n'ai rien à dire". Ce dernier se fendra tout de même d'un petit commentaire sur le titre Running expliquant en quelques secondes qu'il s'agit de leur première chanson écrite ensemble et que c'est Adrian qui est arrivé avec le riff. Ce sera tout. L'ambiance dans la fosse est - elle aussi - très calme. Respectueuse, bien sûr, chaleureuse en termes d'applaudissements entre les morceaux... mais pendant les chansons, personne (ou presque) ne bouge, personne ne chante... ou alors très discrètement. Bon, évidemment, ce commentaire est à prendre avec des pincettes, je n'avais pas l'œil sur toute la salle (correctement remplie mais pas pleine, soit dit en passant). Donc oui, si je devais résumer l'ambiance, je dirais que c'était très sage. Cela dit, ça se réchauffera un peu en se rapprochant du rappel, surtout avec quelques titres extraits du premier album qui ont l'air de mieux fonctionner auprès de l'assistance. Ainsi la ballade bluesy Scars se fait acclamée lors de son démarrage, un enthousiasme encore plus palpable se fait ressentir sur Running... et sur l'intro de Solar Fire, Bruno Valverde se lèvera même de derrière sa batterie pour encourager le public à taper dans les mains. Un peu plus d'interactions de ce genre n'aurait pas fait de mal à la soirée... mieux vaut tard que jamais.  
Au bout d'une heure et vingt minutes de concert et après avoir partagé avec nous des titres de qualité comme la belle Darkside ou la plus enjouée (et Mr. Bigienne) Got A Hold On Me, le quatuor quitte la scène... pour revenir quelque minutes plus tard avec un rappel constitué de deux reprises : You Can't Save Me (morceau issu de la carrière solo de Kotzen) et Wasted Years de Maiden chaleureusement reprise par le public au moment du refrain. Très sympa de finir sur cet hymne, malgré une intro un peu ralentie et le chant de Smith dont on peut dire, sans vouloir manquer de respect au monsieur, qu'il est plus limité que celui de Dickinson. La qualité musicale était bel et bien au rendez-vous ce soir... et voir de tels musiciens partager leur création avec nous, dans des conditions si intimes, ne peut laisser indifférent. Alors même si le set a manqué de magie (à mon goût), je pars du Trianon le sourire aux lèvres, avec un respect intact pour le groupe et de belles parties de guitare qui résonnent encore dans mes oreilles. Un grand merci à Olivier Garnier de Replica Promotion pour l'accréditation.  
Setlist Smith/Kotzen : Life Unchained Black Light Wraith Glory Road Hate And Love Blindsided Taking My Chances Darkside Outlaw Got A Hold On Me White Noise Scars Running Solar Fire ------------------------ You Can't Save Me Wasted Years
|