Fanalo :
« Oh la jolie découverte que voilà ! » C’est par ces mots que le collègue chroniqueur Blaster Of Muppets nous avait parlé de Fanalo. Et que dire d’autre sur le projet solo de Stéphane "Fanalo" Bernard (guitariste d’exception notamment aperçu chez United Guitars). Sur scène, la concrétisation est tout aussi réjouissante. Le set démarre sur les chapeaux de roues avec une intro instrumentale hyper punchy où les doigts virevoltent sur le manche : ça taquine sévèrement la ficelle !
Comme je découvre le groupe, je me dis alors que c’est peut-être un projet musical, mais non. C’est donc à la fin de cet intro que le chanteur déboule enfin sur les planches, un poil après ces collègues, une envie pressante de dernière minute sûrement... Le groupe bascule alors dans un Hard-Heavy énergique, diablement bien construit et d’un groove imparable. Je comprends mieux pourquoi l’ami Blast a adoré, d’autant que le chanteur initial n’est autre que Jeff Scott Soto ! Décidément cette prestation est pleine de rebondissements, puisqu'une une chanteuse (en retard elle aussi...) vient ajouter ses harmonies, encore une plus-value ! Une mise en route rafraîchissante et idéale pour démarrer ce deuxième jour après une veille bien chargée.


Kibosh :
Avec Kibosh, on ne va pas faire dans la dentelle ! Leur hardcore survitaminé et dopé à la testostérone agit comme une véritable machine à distribuer des pains. Le combo enchaîne les cassures rythmiques dévastatrices, et chaque break est l'occasion rêvée d'envoyer une grosse tartine sonore dans la fosse. L'impact de leur prestation doit également beaucoup à la qualité irréprochable du son, d'une propreté et d'une puissance redoutables.
Si les quelques intermèdes parlés pouvant prendre des accents de pseudo-discours politico-engagé laissent une impression plus mitigée, l'exécution musicale reste d'une force de frappe impressionnante. Dans le pit, la réponse ne se fait pas attendre, et la poussière fait son apparition. A priori, le groupe originaire de Bordeaux, à quelques kilomètres de Cercoux a du soutien. La preuve avec un festivalier arborant même un hilarant panneau « Chris T Moche » !


Mirabelle :
Place à l'énergie festive avec le quatuor parisien Mirabelle. Le groupe embarque la foule dans un univers Sweet-Heavy-Pop-Punk (oui j’ai le droit d’inventer des styles…), sa musique est clairement taillée pour faire la fête ! Ils n'hésitent pas non plus à s'appuyer à l'occasion sur des riffs plus lourds, j’en aurais bien repris une rasade supplémentaire d’ailleurs ! L'affiliation assez naturelle de la formation me semble être Sum 41, ça saute aux oreilles et fait mouche auprès du public.
La mayonnaise prend rapidement : l'ambiance décolle véritablement et donne lieu aux tous premiers stages divings de la journée sous un soleil de plomb. Même si la proposition reste assez variée dans l'ensemble et peine parfois à convaincre les amateurs de sonorités plus bourrines et extrêmes comme moi… La prestation demeure très agréable, rafraîchissante et parfaitement taillée pour un début d'après-midi décontracté.


Imparfait :
Sur scène, la chanteuse Prisca Kalengay s'impose d'emblée comme une véritable lionne, haranguant la foule avec un chant habité intégralement en français. L’impressionnante frontwoman est épaulée par le bassiste Bruno et le batteur Léo. Imparfait déploie une fureur brute qui rappelle immédiatement l'esprit survolté d'un Shaka Ponk.
Le choix instrumental va droit au but grâce à une assise basse/batterie ultra-solide et quelques rares samples injectés au bon moment. Les ambiances s'enchaînent sans répit, oscillant du rock au Metal en passant par des grooves aux accents disco, et des clins d’œil plus indus... Tout repose ici sur le rythme pur plutôt que sur de longues lignes mélodiques, rendant le set redoutablement efficace. Le chant est en phase passant aisément d’un style rapé, à un chant plus vindicatif, mais toujours avec une énergie sans commune mesure.


Solitaris :
Créé en 2018, le quatuor parisien Solitaris investit le plateau avec une armada technique imposante. Si la puissance brute est indiscutablement au rendez-vous, le set peine à révéler une véritable personnalité. Malgré quelques riffs qui me font tendre l’oreille, je trouve que le groupe abuse de beatdowns répétitifs qui semblent parfois servir de cache-misère… Je suis désolé que cela sorte sur le set de Solitaris, mais je crois que je sature de ce Metal Moderne qui utilise des artifices techniques pour combler un manque d'idées et de caractère. Faire rugir des guitares accordées avec quelques tons en plus, ne suffit malheureusement pas à bâtir une identité forte, et lorsque la lourdeur reste le seul et unique argument, l'ensemble finit par me paraître bien fade.
Bref pour en revenir à la prestation de Solitaris, c’est une prestation techniquement propre et lourde à souhait, mais qui manque cruellement d'âme et de relief pour me marquer durablement. Le public a, quant à lui, l'air d’apprécier, et c’est bien là le plus important. Mes états d'âme, on s’en fout.


Future Palace :
Venue tout droit de Berlin, la formation allemande Future Palace prend le relais sous la forme d'un trio emmené par la chanteuse Maria Lessing, flanquée du guitariste Manuel Kohlert et du batteur Johannes Früchtenicht. Évoluant dans une veine alternative et post-hardcore qui me rappelle aussi bien Linkin Park, que Bring Me the Horizon. Le groupe livre un set d'une efficacité remarquable malgré l'absence de bassiste sur scène.
Le soir commence à tomber sur le festival, mais la tension ne baisse pas pour autant. Maria alterne entre douceur cristalline et rage vocale impressionnante, introduisant une chanson dédiée à la défense des droits des femmes après un discours plein de bon sens sur la tolérance au sens large du terme. Le groupe surprend même son monde en injectant une touche dancehall, aux accents futuristes inattendus, offrant ainsi un concert varié, moderne et particulièrement percutant.


Heriot :
Les Britanniques d'Heriot débarquent pour muscler sérieusement l'atmosphère du 666. Porté par l'attaque vocale croisée de Debbie Gough (guitare/chant) et du bassiste Jake Packer (également au chant), épaulés par Erhan Alman (guitare) et Julian Gage (batterie), le groupe prouve avec brio que technicité et lourdeur peuvent faire bon ménage. Les riffs complexes côtoient des breakdowns destructeurs sans jamais perdre en cohérence.
L'énergie déployée par Debbie Gough est tout simplement incroyable : la frontwoman ne lâche pas la foule du regard une seule seconde pour en extraire l'intensité maximale. Conservant des racines hardcore aux nuances punk, Heriot excelle également dans l'élaboration de passages mid-tempo écrasants et étouffants. Une véritable démonstration d'agressivité maîtrisée.


Fit For An Autopsy :
Avec l'arrivée des Américains de Fit For An Autopsy, le festival franchit un nouveau palier dans la violence brute. Le sextette, porté par le chanteur Joe Badolato, le trio de guitaristes Pat Sheridan, Will Putney et Tim Howley, le bassiste Peter Spinazola et le batteur Josean Orta, déploit une armada sonore d'une précision chirurgicale. C'est la grosse artillerie à l'américaine : production dantesque, riffs d'une technicité parfois proche de Meshuggah et breaks hardcore dévastateurs qui mettent immédiatement le feu au circle pit.
Précurseurs de la scène deathcore moderne, les musiciens maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts. Même s'il serait réducteur de les cantonner à cette étiquette, puisque avec un clin d’œil au Death Metal, une pincée de Groove, de Sludge et de Post-Metal, nous sommes loin d’une recette unique. Le set est aussi lourd qu'un jour de canicule ! Il suffit de prendre le riff destructeur du titre Hostage pour avoir l'impression littéralement d'enfoncer des clous avec la tête ! La fosse s'embrase sous une pluie ininterrompue de stages divings jusqu'à la dernière note.


Kim Dracula :
Véritable ovni de l'affiche et découverte totale pour beaucoup, l'artiste australien Kim Dracula (Samuel Wellings) livre une prestation totalement déjantée. Étant un grand amateur de tout ce qu’à pu produire M. Mike Patton, je pense que les amateurs de Faith No More sont aux anges ! Comme son aîné, Kim Dracula adore s'amuser avec tous les codes, passant du Jazz au Deathcore avec un plaisir malicieux pour déstabiliser son auditoire tout en maintenant une réelle cohérence artistique.
Entre les samples, des passages saxophone inattendus, une intro façon James Bond, une reprise d’Even Flow de Pearl Jam, tous les styles y passent. Enfin un vent de pure créativité qui dépasse la simple sauvagerie brute ! Même si la communication avec le public est réduite au strict minimum pour laisser place à un show réglé au millimètre, l'interprétation reste remarquable. C’est pour ma part, et sans conteste la plus grande révélation du festival à ce stade. Dommage que l’orage soit arrivé.


Skindred : (Annulé)
Alors que mon impatience était à son comble pour accueillir Benji Webbe et sa bande, le sort en a décidé autrement. Un orage, qui tournait autour du site depuis un moment, s'est abattu soudainement sur le site du festival, mêlant des rafales de vent dangereuses et des éclairs menaçants. Pour des raisons de sécurité évidentes pour le public et les équipes techniques, le site a dû être évacué en urgence. Skindred ne pourra malheureusement jamais monter sur scène mais tout le monde est sain et sauf, c’est bien le plus important.