Petit événement avec le retour en ville de Stray From The Path de passage sur Toulouse accompagné d'un plateau conséquent. Les new-yorkais ont annoncé que dans la continuité du récent (et très bon) Clockworked, une tournée d'adieu suivrait et que le groupe raccrocherait ensuite les gants. Avec seulement deux grosses décennies au compteur, la décision du groupe en a surpris plus d'un, d'autant que le succès était au rendez-vous. Aucun problème entre les musiciens, juste une envie de faire autre chose et de mettre un terme à un projet pour s'atteler à de nouvelles occupations. Décision respectable pour un groupe profondément intègre mais forcément frustrante pour les amoureux du combo. Raison de plus pour se déplacer et aller les saluer dans les règles de l'art pour un dernier show rapcore. Car les connaisseurs le savent, Stray From The Path est un groupe impressionnant en live.
On commence à bien connaître la salle, ce véritable joyau avec ce plafond très haut, ces lights sublimes et ce son EXCEPTIONNEL. Les travaux ont pris du retard post crise sanitaire mais le résultat est une merveille. Allez reste à nous faire un accès piéton digne de ce nom (on entre littéralement via le parking voitures en se faufilant entre les véhicules) avec une allée et ce sera parfait.
Calva Louise
A la première lecture, le plateau proposé m'a quelque peu décontenancé. Je dois bien confesser que je n'en connaissais tous les noms et les quelques écoutes ne m'ont pas plus interpellé que cela. Déjà, avec un line-up de quatre formations, je m'attendais à un démarrage plus anticipé mais c'est à 20h que le premier groupe débarque. La soirée se finira tard, le running order nous l'a bien précisé et c'est heureux que le premier groupe sur les planches, souvent "victime" des horaires anticipés, puisse bénéficier d'une salle déjà remplie. Très vaste, cette dernière sonne deux tiers plein avec un espace bar au fond dégagé (et désormais "caché" par un auvent rendant l'endroit un peu plus indépendant).
Calva Louise désarçonne car nous avons là un mix étonnant entre indie rock, alternatif et metalcore. Ca part un peu dans tous les sens mais ma foi c'est pas mal une fois accepté le registre du groupe. Sympathique surprise, la chanteuse / guitaristes parle français étant franco-vénézuélienne ce qui explique ce petit accent que je n'arrivais pas à cerner (ce qui vu ma situation familiale est presque un crime de lèse majesté !).
Techniquement impeccable, très versatile avec des samples, du piano, quelques passages bien metalcore, la musique de Calva Louise lance bien les hostilités avec en atout majeur une frontwoman assez solaire. Ce show amorce un crescendo qui s'achèvera par le show des maîtres de cérémonie. Original, bien troussé quoique pas transcendant, Calva Louise a fait le job et surtout permis une variation dans l'offre du soir. Car à partir de là, les amoureux de la finesse vont devoir passer leur chemin.
Graphic Nature
Après cette première proposition plus variée, place à Graphic Nature et son nu metalcore plus "conventionnel". La profondeur physique de la scène de l'iInterférence permet à chaque groupe de bénéficier d'un maximum de place, c'est vraiment top pour les groupes ça. Décidément, ce lieu accumule les bons points.
De noir vêtu, casquette et capuche pour l'un des guitaristes, Graphic Nature c'est du metalcore anglais comme on en a déjà pas mal entendu. Et du bon ! Le frontman Harvey Freeman tient bien sa scène, fait participer le public avec circle-pit, wall of death et autres slams. Si le démarrage semble un peu froid entre le public et le groupe, ça se réchauffe vite et l'ambiance monte d'un premier cran. La musique des anglais n'est pas très originale mais ma foi bigrement efficace. On pense parfois à un Limp Bizkit moderne. Marrant d'ailleurs, on assiste à un beau revival de la scène néo metal (j'y associe Linkin Park) ce qui ne laisse pas d'étonner un peu la popularité de ces groupes ayant un peu décroché dans les années 2010 (je pense surtout à Limp Bizkit qui va devenir tête d'affiche du Hellfest 2026). Les bouddhistes ont raison, tout n'est que cycles ...
Hyper en place, efficace, Graphic Nature a fait le job et se présente comme une solide formation de metalcore. Ce soir le boulot fut fait, et bien fait.
L'ambiance va encore monter d'un cran avec les australiens d'Alpha Wolf. L'agressivité aussi car les aussies ne font pas dans la dentelle. Au programme un nu metalcore (thème de la soirée, forcément) assez bas du front mais d'une intensité phénoménale. Nous ne sommes pas devant la classe d'un Parkway Drive mais un metalcore hyper énergique, looké (le gratteux avec le long short et le maillot de rugby). Le frontman sollicite beaucoup l'auditoire et tout y passe : wall of death, circle-pit, slam. L'absence de crash barrières permet à certains de monter sur scène, l'ambiance est électrique, la salle s'enflamme. Les riff de guitares sont tranchants, surpuissants et la qualité du son valorise ce metalcore frontal et énervé.
Valeur sûre en live, Alpha Wolf démonte le public à coup de gros riff, c'est percutant. J'ai trouvé le chanteur bien trop bavard avec de longs tunnels (avec en fond des guitares qui assuraient des bruits d'ambiances écrasantes) mais ça n'a pas semblé gêner qui que ce soit. Le final sur Akudama fut juste fou avec un pit qui ne tenait plus en place. Pas bien raffiné, encore moins malin mais un show défouloir hyper efficace, impeccable dans l'énergie (presque excessive même). Un groupe sacrément solide dont on sent clairement la filiation avec les patrons du soir.
Stray From The Path
La soirée monte en puissance, il est 22h45 et la dernière danse française de Stray From The Path s'apprête à démarrer. Le backdrop est sobre avec ce message visible "The End To My End is My ... . Le seul hic est que, malgré la hauteur de la scène, on ne voyait pas la fin de la phrase. Cela fut un questionnement pendant toute la mise en place du concert. La réponse est "Control" avec cette approche hardcore de "maîtrise" de soi, de contrôle de son destin. Cela va bien au groupe new-yorkais qui va délivrer un show incroyable d'une heure.
En toute logique, la setlist est un best of très orienté sur leur disque majeur Euthanasia et bien sûr sur le petit dernier Clockworked. Le frontman Drew York irradie toujours autant. Chant rappé à la Zach de la Rocha impérial, présence ultra charismatique, le vocaliste dégage toujours une excellente impression. Craig Reynolds frappe comme un damné (il retrouvera vite un job lui !), Anthony Altamura permet une bonne assise à l'ensemble avec sa basse. Mais surtout, je reste subjugué par la puissance du guitariste Thomas Williams. Le son de sa gratte est dingue (le motif de guitare sur Guillotine est dément), techniquement c'est impérial. Le groupe survole les débats, les musiciens sont hyper en place. La scène est régulièrement prise d'assaut par des slammeurs, ça vit et le chanteur encourage tout ce petit monde. A noter une totale auto gestion entre groupe et public pour l'accès à la scène et cela s'est excellemment bien passé. Comme quoi parier sur l'intelligence collective et le bon sens humain peut parfaitement fonctionner ...
Le show passe incroyablement vite, c'est une déferlante de hits, les motifs vocaux sont excellents. Surtout, malgré le contexte de tournée d'adieu, le groupe n'en fait pas des caisses sur le sujet. Malgré un premier rang un peu trop enthousiaste, Drew York profite d'un moment un peu plus solennel pour remercier le public pour son soutien indéfectible, pour avoir fait partie de leur aventure. Ce qui est sympa, c'est que dans une bonne veine hardcore, il ne tombe pas dans le pathos mais dans la belle énergie vitale, c'est très sain. Le triptyque final arrache tout, Stray From The Path conclut un concert excellent et achève ainsi une soirée bien énergique.
Vu les "faux" départs récents de certains groupes, on ne sait plus trop s'il faut prendre ces tournées d'adieux au pied de la lettre ou comme un gimmick marketing. Un excès émotionnel pourrait ainsi paraître un peu risible a posteriori notre business ayant sa réalité propre et les comebacks pas toujours motivés par de bonnes raisons ne sont plus jamais à exclure. Il n'en demeure pas moins que ça ressemblait ici à un vrai au revoir, réalisé avec classe et élégance. Stray From The Path restera comme une formation ébouriffante en live, d'un professionnalisme épatant, d'une présence charismatique et de shows déments. Un sacré groupe dont on n'aura pas peur de dire qu'il aura été un des meilleurs du genre, et ce en toute simplicité. Stray From The Path ou le hardcore à son meilleur. Merci messieurs et bon vent !