Groupe:

Queensrÿche + Night Demon

Date:

17 Fevrier 2025

Lieu:

Paris

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Le 17 février, c'était soirée nostalgie dans la belle salle parisienne du Trianon. En effet, c'était le retour de Queensrÿche (qui n'était pas venu nous rendre visite depuis 2019) avec une tournée dont le concept était de revisiter les débuts du groupe, il y a un peu plus de quarante ans de cela, en présentant son premier EP et l'album The Warning, joués en intégralité. Un événement à ne pas manquer... c'est pour que ça que nous y étions !

Aux Etats-Unis, pour cette tournée justement baptisée "The Origins Tour", Queensrÿche avait emmené Armored Saint, en guise de chauffe-salle (de luxe), dans ses bagages. Pour l'Europe, la première partie n'est autre que Night Demon. L'occasion pour moi de voir ce power trio californien pour la première fois sur scène. Alors, c'est sûr, le groupe ne joue pas un vieil album en intégralité (de toute façon, rien de bien ancien chez lui, son premier méfait date de 2013) et sa musique est relativement éloignée de celle de la tête d'affiche mais, d'un point de vue thématique, il cadre très bien avec l'aspect nostalgique de la soirée car si vous connaissez un peu Night Demon, vous savez à quel point sa musique est très solidement ancrée dans les années 80, avec la NWOBHM comme influence principale. 

Le power trio a donc balancé un set assez puissant et énergique d'une quarantaine de minutes en piochant allègrement dans ses trois albums et son premier EP. Le concert a démarré avec Outsider, chanson d'ouverture du dernier album (du même nom) et il nous a pas fallu longtemps pour réaliser que les Américains étaient en place et en forme. Le tempo s'accélère avec Screams In The Night, issu du premier album, et l'on se croirait revenu une quarantaine d'années en arrière. Les influences de Night Demon se repèrent facilement, il y a du vieux Maiden là-dedans, du Diamond Head aussi et même du Riot, cela se perçoit sur les morceaux les plus enlevés mais les Américains ne proposent pas que des titres rapides, ils savent aussi se faire plus lourd et faire parler le Black Sabbath qui sommeille en eux (avec The Wrath notamment). Voilà de quoi contenter tous les fans de bon vieux heavy metal traditionnel en somme. 

Le public est d'ailleurs plutôt chaleureux et enthousiaste... entre les morceaux. Parce que pendant les chansons, à proprement parler, c'est le calme plat. Probablement parce que beaucoup de personnes présentes ce soir ne connaissent pas le groupe. Elles sont donc plus en phase "découverte / observation" qu'autre chose. Mais pour se mettre le public dans la poche, le groupe a quelques atouts. Des compos globalement solides / efficaces d'abord... mais également beaucoup d'énergie (les musiciens headbanguent dès qu'ils le peuvent et n'arrêtent pas de bouger sur scène, le guitariste et le chanteur bassiste échangeant même assez régulièrement leur poste) et un sens de la mise en scène avec ce qu'il faut de théâtralité pour divertir : des lumières façon "orage" en intro d'un morceau, des colonnes de fumée jaillissant du sol (dans lesquelles le frontman et le guitariste se placent) en début et fin de concert... et même un démon qui débarque sur scène avec une coupe à la main sur le morceau The Chalice. Fun.

Un début de soirée très agréable donc même s'il faut reconnaître que bien que le démon ait intrigué, intéressé voire charmé son auditoire, il n'a pas totalement mis le feu non plus. En tout cas, on ne pourra pas lui reprocher de ne pas s'être donné. Vraiment, l'énergie et l'enthousiasme déployés ont fait plaisir à voir ! 

Setlist Night Demon :

Outsider
Screams In The Night
Escape From Beyond
Dawn Rider
The Howling Man
Beyond The Grave
The Wrath
Welcome To The Night
The Chalice
Night Demon

Evidemment, l'ambiance est plus chaleureuse et électrique quand la tête d'affiche investit la scène. Cette dernière est d'ailleurs très sobre. Derrière la batterie de Casey Grillo, un grand backdrop avec le logo du groupe époque 1983 (premier EP)... et n'attendez pas de mise en scène particulière. C'est Queensrÿche, priorité à la musique, à la qualité de l'interprétation, rien de grand-guignolesque ici mais une classe indéniable. D'ailleurs quand le quintet débarque, c'est évidemment avec le titre Queen Of The Reich (oui, pas de surprise, on commence par le premier EP, l'album The Warning suivra... tout sera joué dans l'ordre) et là, immédiatement, ça en jette. Le son est clair et puissant, le groupe est carré... et bien sûr, Todd La Torre est magistral. Et il faut l'être pour chanter ce titre vieux de quarante-deux ans, en respectant l'accordage d'origine. 

Superbe entrée en matière donc, heavy à souhait... et encore, Queen Of The Reich, ceux qui ont déjà vu le groupe en concert (voire Geoff Tate depuis qu'il mène sa carrière de son côté) ont déjà eu l'occasion de l'expérimenter en live... mais dès la piste suivante, Nightrider, c'est parti pour les raretés ! Il n'y a clairement pas que des personnes toutes jeunes dans le Trianon mais je ne pense pas trop m'avancer en disant que peu ont dû avoir l'occasion d'entendre beaucoup des titres joués ce soir, live, auparavant. Car beaucoup d'entre eux ont quitté les setlists de Queensrÿche depuis le milieu des années 80. C'est évidemment le cas de Nightrider donc mais aussi celui de Blinded... C'est un plaisir de les écouter avec un gros son, véritablement impeccable, et bien plus percutant que celui du EP sorti en 1983. Encore une chanson, The Lady Wore Black, magistralement interprétée elle aussi... et il est déjà l'heure de passer à l'album The Warning

Comme je le disais plus haut, Queensrÿche sur scène, c'est sobre. Pas d'esbrouffe. Mais des musiciens compétents, charismatiques... surtout Todd La Torre, un peu plus chaleureux ou démonstratif que les autres. D'ailleurs, le groupe enchaîne les compos sans interruption ni bla bla... il faudra attendre la fin de NM 156 pour les voir marquer une pause et écouter La Torre nous parler un moment. Il en profitera pour nous remercier chaleureusement de continuer à soutenir le groupe et venir à des concerts, il demandera si certains voient Queensrÿche pour la première fois ce soir, il nous remerciera également d'être arrivés tôt afin de pouvoir assister au show des talentueux Night Demon... Bref, Todd pense à beaucoup de monde, ce qui lui vaudra d'ailleurs des "A poil !!" (très) répétitifs (c'est éventuellement "marrant" une ou deux fois, mais cinq ou six fois, c'est juste lourd) d'une fan vraisemblablement impatiente que son discours se termine.  

A part ça, quel plaisir d'expérimenter l'album The Warning dans son intégralité et de telles conditions. C'est l'occasion de constater que beaucoup de ses compos tiennent encore particulièrement bien la route et s'avèrent plus que plaisantes sur scène. Bien sûr, il y a les classiques déjà entendus lors de tournées précédentes (comme Take Hold Of The Flame sur laquelle le public sera invité à chanter en fin d'intro, ou NM 156, toujours géniale) mais redécouvrir Deliverance ou Before The Storm avec un gros son qui claque et la prestation bluffante de La Torre est un beau cadeau... même si l'on sent que le vocaliste est parfois un peu plus en difficulté sur certaines parties ardues (on ne lui en tiendra pas rigueur tant ce qu'il fait est globalement d'un niveau que peu de chanteurs sont capables d'atteindre). Michael Wilton, guitariste présent depuis les débuts du groupe, est acclamé par le public juste avant Take Hold Of The Flame, Eddie Jackson (l'autre membre d'origine) nous régale avec ses excellentes lignes de basse et ses chœurs, Casey Grillo assure ses parties de batterie avec force et précision... et Mike Stone a toujours l'air un peu perché et attire le regard avec son futal rouge et son chapeau de cowboy... Lui et Wilton reproduisent les riffs et solos de toutes les compos avec classe. Tout se déroule parfaitement (bien que dans une atmosphère un peu sage), la soirée passe vite... et une fois l'épique Roads To Madness terminée, c'est évidemment l'heure du rappel. Quatre chansons, quatre classiques, que des morceaux de choix extraits d'albums légendaires : Walk In The Shadows (Rage For Order), l'album Empire est représenté par Jet City Woman et sa chanson titre (sur laquelle La Torre présente chaque membre du groupe) et le tout s'achève avec l'incontournable Eyes Of A Stranger (Operation: Mindcrime). Les fans chantent, l'ambiance est excellente... le show s'achève une bonne heure quarante après avoir démarré.

Verdict : une bien belle soirée évidemment. Si certains veulent s'obstiner à bouder Queensrÿche sous prétexte qu'une bonne partie du lineup d'origine est absente, c'est leur choix, il faut le respecter... mais franchement, ils passent à côté de quelque chose. Tant pis pour eux. Comme on le sait, "les absents ont toujours tort" de toute façon... mais les personnes présentes ce soir-là au Trianon n'ont pas boudé leur plaisir et n'ont pas eu d'autre choix que d'admettre que les Américains, sous cette mouture, sont tout à fait capables d'entretenir la flamme et honorer le nom du groupe dont j'attends les prochaines aventures avec curiosité et hâte. 

Un grand merci à Olivier Garnier de Replica Promotion pour l'accréditation.

Setlist Queensrÿche :

Queen Of The Reich
Nightrider
Blinded
The Lady Wore Black
Warning
En Force
Deliverance
No Sanctuary
NM 156
Take Hold Of The Flame
Before The Storm
Child Of Fire
Roads To Madness
-----------------------------
Walk In The Shadows
Jet City Woman
Empire
Eyes Of A Stranger

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