Groupe:

Festival Rock The Lakes 2025 édition IV - Jour 2

Date:

16 Aout 2025

Lieu:

Cudrefin, Suisse

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Les premiers hard rockeurs ignoraient qu’ils l’étaient. Ils arpentaient simplement les manches de leurs guitares électriques, en quête de riffs neufs, de voyages sonores inédits, défiant les esprits mauvais qui, bientôt, s’empareraient de cette sphère naissante. Ainsi est né le Hard Rock. Et très vite, ses frontières trop étroites ont éclaté pour donner naissance à un univers plus vaste : le Metal.

Et comme à chaque nouveau monde, s’est greffé un commerce.
Car n’en déplaise aux salons romantiques, tourner, presser des disques, fédérer un public exige bel et bien une organisation logistique, un réseau de diffusion, des mains pour porter les caisses et des têtes pour compter. Bref : du commerce.
Beurk. Voilà un mot qui sent le soufre, et qui hérisse l’échine de ceux qui veulent croire que le Metal se tient « au-delà » de la musique comme du marché.
Le Metal serait passion pure, flamme inaltérable, rempart à l’absurdité de nos vies. Un art, une transcendance. Peut-être. Mais cette posture, à force d’être répétée, frise parfois la coquetterie.

L’épatant, dans cette courte histoire (moins de cinquante ans), c’est l’énergie déployée autour du Metal pour soliloquer, expliquer, certifier qu’il n’est pas un commerce.
Un petit monde satellite refuse encore de l’entendre.
Le Metal serait « juste » un état d’esprit, une hauteur d’âme, un remède à l’absurdité.
On en passe, et des formules plus élevées encore, dont le propos — on le soupçonne — est de se tenir à la plus lointaine distance du seul objet musical et commercial, jugé trop « ras les pelouses » pour l’idée qu’ils se font de leur passion… et d’eux-mêmes.

L’intention derrière cette posture est assez claire : il est toujours plus flatteur de présenter son centre d’intérêt comme un art plutôt qu’une vulgaire pratique.
Ça vous pose en ambassadeur élégant d’un univers « supérieurement différent ».
Qui, dans les dîners en ville, crie son amour pour l’orpaillage ou pire pour le cours de l'or ?
Tout cela découle d’une tradition paresseuse — et pour tout dire assez française — qui voudrait l’électroencéphalogramme des artistes nécessairement plat, et l’aptitude d’un sensible de l’âme à poser une main sur une guitare tout aussi désespérante. Le Metal n’est pas une exception. Dans d’autres pratiques, où règnent d’autres règles du jeu, on retrouve les mêmes cécités : ce refus de qualifier sa passion de sport, par peur d’y perdre quelque chose. Ainsi, pour nombre d’aficionados qui n’ont jamais mis les mains sur un ballon, le rugby serait un « art de vivre ».

Dans notre Metal, on sanctifie nos pionniers comme des prophètes, voire des dieux pour les plus atteints d'entre nous.
La ferveur populaire au décès de Lemmy, Dio, et maintenant d'Ozzy, en témoigne.
Mais derrière l’icône, il y avait aussi des stratèges avisés, souvent de redoutables hommes d’affaires.
Maître Ozzy, plus maître dans l’art de s’entourer et de vendre une image que par ses seules cordes vocales, a probablement été l’un des plus visionnaires en matière de commerce musical. Pendant ce temps, d’autres, restés dans l’ombre, n’ont jamais trouvé la gloire mais ont gardé intacte cette pure folie originelle.

Alors, faut-il choisir ? Doit-on trancher entre l’« état d’esprit » invendu et l’industrie assumée ? Ou bien se mentir ? Ce serait ridicule.
Les enfants de onze ans, eux, ne supportent ni les promesses non tenues, ni les mensonges, ils sentent viscéralement quand on leur ment. Autant leur dire la vérité. Et pour y parvenir, la solution est simple : c’est une petite histoire de « qu’ ». Le Metal n’est pas « qu’ » un commerce. Il l’est aussi. Il pourrait être une chaire de philosophie, si vous le souhaitez. Un manège pour enfants. Un parc d’attractions. Une aire d’amitiés. Un peu tout, de tout un peu, selon ce que votre vie vous réclame. Le Metal est généreux : il accueille tous les mobiles, et leurs contraires.

Dans un monde où l’on juge que le principal danger est le manichéisme de pensée, se dire qu’une sphère musicale accueille, à oreilles ouvertes, la diversité des projets et la polyvalence des bonheurs, a quelque chose d’exaltant.
Heilung, hier soir, était là pour ça.
Et Heilung en a donné la plus belle des démonstrations : pour certains, c’était un rituel chamanique ; pour d’autres, opéra païen ; pour moi, un voyage suspendu, hors du temps.
Voilà ce que le Metal autorise : que chacun y projette son propre usage, sa propre intensité.

Que le Metal ne soit pas touché par la dictature du triage donne furieusement envie de retourner au cœur de la meule d’emmental au Rock The Lakes.
Car on ne vient pas ici pour choisir entre « art » et « commerce ». On vient pour y vivre. Pour se laisser happer par l’odeur de bonnes bières, les clameurs de la foule, les amplis qui grésillent au loin.

Les musiciens prennent place.
Les premiers riffs appellent déjà.
Le Jour 2 peut commencer… et s'annonce déjà prometteur, pour les enfants de onze ans que nous sommes restés

 

CardiaC

CardiaC est un groupe de heavy Metal, originaire de Genève. C'est donc un groupe suisse aux origines hispaniques, mélangeant rock 'n' roll, stoner, groove, punk hardcore et Metal avec un chant en espagnol, qui apporte les racines latines. Pour faire court à cette liste d'influences pouvant se décliner à l'infini, vous prenez du Manu Chao, oui le type qui me ronge le bide et les oreilles... et bien vous prenez ça et vous Metalisez le tout pour obtenir CardiaC. Très bon groupe local, qui mouille bien la chemise, et amène son public acquis à la cause dans un joyeux merdier. Ils ont fait sauter la pile des fest-estivaliers. Nos genevois pas si cardiaques que cela. Le public de fans chantant ibérique et fumant ganja (virtuellement bien sûr...), danse avec Ricardo les ayant rejoints dans la fosse... 

 


Within Destruction

Voici que déboule un jeune groupe venu d'une destination rare dans nos Fests de l'Europe de l'ouest, en effet, les gamins sont Slovènes. Un ensemble de musiciens bien agacés qui déploie un Deathcore de très bon goût, bien rythmé et apportant de jolies sonorités novatrices et jeunes. Show bien dense, musique un rien brutale mais menée sans facilité et avec une énergie communicative sans faille. Groupe généreux sur scène, que même une coupure de son de quelques secondes n'altère ni leur déroulé ni leur enthousiasme. Wouah !!! Jolie découverte.

 

 

Rivers Of Nihil

Bon, la glace tant attendue n'avait pas ce goût délicieux qu'attendent les enfants amateurs de glace italienne... bon, pas grave, ce n'est pas un échec, juste une déconvenue. Alors oui il fait hyper chaud, au point que même la pluie normalement salvatrice amène une touche d'horreur dans cette fournaise. Trois kilos de cerise sur la tartelette, les Rivers Of Nihils n'ont pas bon goût. Jeux de scène proche du zéro absolu mais qui n'a pas d'action sur la fournaise du jour, variation mélodique linéaire, et qui pourtant aurait dû être le job de leur section cuivre. Elle devait apporter fraicheur et légèreté, et dans mon cas ce fût plutôt l'agacement auquel je pensais. A noter un solo guitare de 10 secondes... plombant. Pour être tout à fait juste et honnête, le show s'améliore un tantinet sur la fin du set. Les sonorités deviennent plus équilibrées, plus riches et également plus variées... le set devient supportable. Mais hélas le son reste trop massif, intrusif et brouillon.

 

 

Kublai Khan TX

Recommandés par quelques donneurs de bonnes aventures, je me suis laissé convaincre pour rejoindre les KK TX, par faiblesse sans doute ou par fidélité à leur bon goût légendaire. Donc me voilà face aux quatre américains qui délivrent dès leur premier titre un Deathcore très simpliste, très brutal et recouvert de basses avec un grand S. A tel point que je suis resté deux petites minutes dans le pit photo. 10 photos et basta. Quand est ce que l'on créera la taxe Son, à + 100 %, sur l'importation des groupes américains venant déverser leurs poubelles sonores sur notre beau continent ? Le public est éteint. Je file à l'ombre, du soleil et des notes discordantes.

 

 

Ensiferum

 

Quel plaisir de les retrouver après une petite période bien moins propice aux belles choses, que ce soit sur galette ou en live, car le groupe semblait chercher son chemin, en multipliant des tests de chanteurs, de musiciens avec ou sans accordéon etc...  Cependant depuis le dernier album, sublime, Winter Storm, mais également avec son prédécesseur, nos Ensi adorés, on retrouvé le feu sacré, celui de leurs premières années. Cette formation forgée dans les terres froides scandinaves, possèdent des musiciens hors pairs qui aiment partager leur Metal Pagan festif et hautement addictif.

Mention sublime :

- Au bassiste, trublion des scènes ;

- Au batteur, qui est dingue, complétement dingue.

Mention exceptionnelle :

- Aux deux chanteurs (guitare et claviers), qui ont enfin trouvé symbiose alors que leurs chants sont diamétralement opposés.

Pour les deux guitaristes, je la ferme, vous savez déjà. Le son est dément, les fest-estivaliers maintenant nombreux ce samedi après midi ont chaviré dans du grand n'importe quoi. Le show largement le plus fest du Rock The Lakes 2025.

 

The Halo Effect



Et puis arrive le moment tant attendu, succédant à ses prédécesseurs tout autant attendus, celui où The Halo Effect va prendre possession de la scène comme des seigneurs du son léché. Le public, dont la densité semble croitre, s’accroche à ses derniers espoirs d'échapper à l’hyperthermie grâce à la chaleur dégagée par le show précédent. Et ainsi, après des heures à braver la chaleur, l'intensité du soleil et l'effet cocotte minute découlant de légères averses orageuses, THE, débarque enfin pour émerveiller le Rock The Lakes.

On ressent chez nos artistes, une excitation peu anodine  lors de leur entrée sur la superbe scène de nos amis suisses.
Concert blindé donc, le son est excellent, frôlant le sublime même, le chanteur Mikael Stanne, leader du groupe, mène naturellement le bateau, comme depuis toujours dans ces autres formation, Dark Tranquility par exemple. 
Il partage tout avec les fans, sueur, enthousiasme, le plaisir simple d'être là au milieu d'eux ... un garçon charmant, hypersensible qui revit artistiquement, et qui s'est bien relancé sur ses projets depuis 2021, et encore plus peut être au sein des THE, bien moins ronronnant que DT. Mention spéciale aux trois guitaristes, monstrueusement efficaces qui apporte vraiment une puissance très moderne à THE en live sur des compositions studio de très hautes qualités.

Les spectateurs sont ravis, sous influence énergétique du show, ils communient à l'unisson de ce groupe dont ils connaissent les hits.
Leur set reprend bien évidemment tous les hits du groupe, déjà nombreux en deux albums, et nous aurions tant apprécié qu'il dure tout l’après midi.
Alors, pour se consoler, on se jettera sur leur dernier album, March Of The Unheard, qui est excellent (voir chronique de janvier). Grand Groupe en à peine deux albums, futur très grand groupe, qui possède toutes les qualités intrinsèques pour devenir un énorme groupe.

J'en attendais énormément de ce premier live avec les The Halo Effect, et ce que j'en espérais a été dépassé de beaucoup.

 

Udo Dirkschneider

Juste le temps de se remettre du show précédent, de glisser vers l'autre grande scène et le quintet allemand UDO entre en scène. D’entrée, il jouent avec le public. Facile puisque notre iconique UDO a décidé de remettre sous les lumières des projecteurs le légendaire Balls to The Wall (auquel je préfère encore l'avant-gardiste Restless and Wild ). Et pourtant les deux guitaristes Dee Dammers et Andrey Smirnov ainsi que le bassiste Marcus Bielenberg (qui a la lourde tâche de remplacer The Peter Baltes), volent presque la vedette au leader et chanteur charismatique Udo Dirkschneider. Les titres s’enchainent limpidement, lourdement et avec efficacité.

C’est heavy en plein bien sûr, l'époque voulait cela. Les vieux hits d'Accept, font semble-t-il l’unanimité. La voix criarde style Joe Cocker hystérique d'Udo reste impressionnante malgré la fatigue inhérente à l'age certain du maître. Surprenant le niveau de ce groupe en live et finalement extrêmement rafraichissant. Le groupe quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements après un ultime Fast at The Shark somptueux. Magique et douce nostalgie qui nous étreint quatre décennies plus tard...

 

Eluveitie

Beaucoup, beaucoup de monde pour ce show, le public est venu en nombre. Un public de samedi soir, plus bigarré, plus libéré pour la future grasse matinée du dimanche matin, un rien plus familiale et surtout plus féminin. Nos Eluveitie, appartenant au patrimoine local, sont attendus car réputés très adaptés aux fests grâce à leur Folk Metal communicatif. Pour moi, le set tombe à plat dès les premiers instants, sous un surpuissant, un mélange brouillon d'instruments de tout genre et le tout couvert par le chant criarde de Fabienne Erni, qui comme toujours en fait des tonnes devant son miroir lui annonçant qu'elle est la plus belle. Une sévère désillusion, une de plus, comparable à leurs deux dernières prestations... confirmation d'un niveau live en berne alors que leur dernier effort, Ànv, semblait amorcer une reprise de qualité. Bon, il me reste à guetter les réactions du public. Et bien je ne saurais dire... le show semble honnêtement plat... mais je ne discerne rien d'autre... Quel dommage.

 

Feuerschwanz

C'est un euphémisme de préciser que les Feuerschwanz sont attendus, la foule dense qui couvre un panel de Ethane 5 ans à papi Dédé le démontre. Leur place un samedi soir pas trop tardivement est toute naturelle. La fraicheur est enfin bienvenue. Et pour réchauffer tout ce petit monde nos guerriers et guerrières de Feuerschwanz vont dégainer longues épées et pyro majuscule. Énormes flammes pour une belle ambiance festive. Peut-être le groupe que les familles, drôlement nombreuses ont dû le plus aimer sur l'ensemble du RTL 2025. Le groupe est bon, juste, l'humour y est déconnant (moins qu'il y a quelques années) et très pro. Good job.

Ritournelle de Vallamand (référence à l'univers des Feuerschwanz et au village proche de Cudrefin), balancé entre chaque morceau, sauf que c'est à 10 km d'ici. Belle gestion d'un incident surveunu dans le public, une dame qui s'est cassée le tibia dans le Pit, pendant lequel le groupe s'est arrêté de jouer pendant 5 minutes. Fabienne Erni d’Eluveitie est venue apporter sa contribution en plaçant un duo sur Bastard Von Asgard, sympa, d'autant plus que la dame chante juste sans hurler... comme quoi.

Avant-dernier groupe, et dernier groupe pour moi (normalement à minuit je suis déjà au dodo, et ma mère aurait hurlé depuis 22h), répondant au très local Absolut Emmental, surprise locale donc (mouais toutefois, car affaire hautement éventée...) et ils auront que peu de temps pour s'exprimer et lancer la chansonnette. Un guitariste aux lunettes de soleil déboule sur scène, suivi par un second guitariste pour lancer le premier riff d’un jeune groupe australien au nom d’AC/DC. On a reconnu le patron du fest qui se tape son petit délire avec ses potos, sur scène, pour nous faire marrer, pour nous remercier d’être là si nombreux et rendre hommage à Maître Ozzy. Ils nous font écouter un Mama I’m Coming Home circonstancié, ouiiiii maman, j'arrive pour faire dodo.

 

La nuit est tombée depuis quelques heures maintenant, et je ne redescends pas vraiment en rejoignant le doux logis en toile de tente. La journée m’a traversé comme un torrent, et je reste cet éternel enfant, les yeux écarquillés devant un monde trop vaste pour lui. Je vous entends fidèles lectrices et fidèles lecteurs dire qu’il ne faut pas idéaliser, qu’il faut garder la tête froide, qu’après tout ce n’est « que » de la musique. Je n’ai pas envie de m’excuser d’avoir couru, sauté, hurlé, levé les bras.

Le Metal en Fest-estival est surtout ce vertige qui vous prend à la gorge et vous arrache un sourire idiot au beau milieu de la nuit. Ce cadeau un peu fou, un peu bancal, qui rappelle à chacun l’enfant qu’il fut et qu’il cache encore maladroitement sous ses cheveux grisonnants, son bracelet de festival ou son T-shirt troué des Judas Priest époque Live in Japan.

Alors je garde ce trésor comme une amulette. Le Metal ne nous promet pas l’éternité, il nous promet seulement de nous rendre, l’espace d’un instant, invincibles, comme ces gosses qui sautent dans une fosse en croyant voler. Et si demain on retombe lourdement sur nos pieds fatigués, tant pis : on aura eu nos ailes pour quelques heures.

Voilà pourquoi on revient. Voilà pourquoi on recommencera demain, et après-demain, et autant de fois que possible. Parce qu’au fond, il est là le vrai commerce du Metal : vendre à crédit l’illusion qu’on a encore onze ans… et qu’on n’a pas fini d’y croire.

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