Groupe:

The Pineapple Thief

Date:

05 Mars 2024

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

Au cœur d’une semaine bien chargée professionnellement, Bruce Soord et son gang de voleurs d’ananas m’offrent une pause salutaire et rien que pour ça, je les en remercie. Direction le Metronum au Nord de Toulouse et l’ambiance est d’entrée bien plaisante à l’intérieur de la salle. Dans le patio, quelques personnes attendent pour se restaurer et le bar tourne gentiment. L’affluence est plutôt bonne mais le public, progressif, est de fait plutôt calme et serein. Loin de l’excitation des soirées Metal où chacun vient pour en découdre, non ce soir, c’est ambiance classe, élégante entre initiés du public prog. La première partie est assurée par Randy McStine qui la joue solo avec un petit synthé mais surtout sa guitare avec laquelle il développe différentes atmosphères bien construites à base de loops. Le garçon se présente au public, rappelle sa participation à des tournées de Porcupine Tree dont l’ombre tutélaire continue de planer au-dessus de The Pineapple Thief à mon grand étonnement d’ailleurs tant ma préférence va tant à ces derniers. Trente minutes chrono, un show sympathique à défaut d’être inoubliable, le public est prêt, les boss peuvent arriver.

The Pineapple Thief

L’intermède passe très vite, l’impressionnant kit de batterie de Gavin Harrison est enfin visible et les cymbales ne manquent pas. Mes camarades de notre auguste webzine me réclament des clichés et il est vrai que cela manque sans doute mais ce soir, j’ai une bonne raison, une voix off nous demande de ne pas utiliser nos téléphones portables pendant le show donc ni photos, ni film. L’objectif est de ne pas « déranger les autres spectateurs ». Et la sécurité joindra les gestes à la parole ce qui donnera deux - trois scènes où les agents zélés demandèrent à des fans de ne pas filmer. On le sait, c’est un souhait de Gavin Harrison, batteur aussi génial que parfois « particulier » (on se souvient d’une date au Divan du Monde où il n’avait pas décroché un sourire). C’est ainsi, le prix de l’excellence, ce dernier souhaitant que le live reste une expérience à vivre en direct (sic) et non via des écrans. Débat qui revient régulièrement sur la volonté de chacun de les vivre selon son souhait où les différentes approches s’expriment de manière quasi générationnelle. Disons que ce soir, Gavin décide pour nous … ce qui pour ma part me va bien. 

Le backdrop est à l’image de ce que le groupe est devenu : plus grand. Et c’est génial car je ne dirai jamais assez de bien de ce groupe. Devenu quintette depuis l’intégration de Beren Matthews à la guitare (très sérieux sur scène) et aux chœurs rejoignant ainsi Jon Sykes toujours aussi impeccable à la basse et Steve Kitch aux claviers, des habitués désormais, The Pineapple Thief est depuis quelques années devenu une pointure du genre en proposant un rythme particulier. Un album tous les deux ans composé à distance mais de manière collaborative puis des tournées optimisées de deux grosses semaines en Europe puis aux USA, réparties courant de l’année. On se souvient que le groupe avait été parmi les premiers à rouvrir le bal post-crise sanitaire (pour un concert fantastique à Toulouse) et les revoilà ce qui fait bien plaisir. 

Plutôt malins, les musiciens ont bien adapté la setlist, nouvel album oblige et sera très bien représenté avec huit titres, mais surtout brassent bien leur récente discographie, faisant par contre presque table rase de la période pré-Gavin Harrison. Sans regret tant le groupe a depuis lors passé un cap absolu à tous points de vue et puis il y a de la matière, le groupe étant particulièrement productif. Aussi, le groupe met en valeur ce Give It Back où ils ont repris des anciens titres et les ont revisités à la sauce Gavin (Give It Back, Dead In The Water). Le concert commence à 20h50 et pour tout dire, je ne l’ai pas vu passer tant c’était fluide, tellement que j’étais dedans. Alternant pistes plus rock et autres plus basées sur les ambiances, The Pineapple Thief embarque l’auditoire dans son monde, hyper émotionnel, porté par des musiciens d’un niveau incroyable (groupe de prog oblige). 

Les nouvelles compositions assurent donc les impeccables It Leads To This et un Rubicon époustouflant. L’envoutement est complet, le public enthousiaste et même participatif. Les sourires sont visibles et la musique un vrai bonheur d’initiés. Bruce Soord anime très bien sa scène tout en faisant le job. Souriant, la jouant collectif en laissant des solos à un Beren Matthews ne se mettant que peu en avant sous le sourire paternaliste et affectueux de son leader. Sur un solo, il m’a même fait penser à l’immense David Gilmour, pas le moindre des compliments chez moi. La section rythmique est toujours dingue, ça groove fort et le jeu de Gavin Harrison toujours aussi « délirant » techniquement (cette utilisation des cymbales est juste « folle »).

C’est avec le définitif The Final Thing On My Mind, joyau prog qui fait clairement partie des grands classiques de rock prog que le groupe conclut son show. Morceau démentiel, très abouti et ambitieux au break d’une douceur infini dans un jeu de light vert somptueux. Toujours un moment magique que ce titre qui fort heureusement continue de squatter les setlists du groupe. Le rappel, hyper percutant, avec In Exile dont le final est un bijou de rock, très entrainant puis le définitif Alone At Sea ressorti du mésestimé Magnolia hyper nerveuse et dotée d'un refrain XXL.

Immense show encore une fois, maîtrisé à la perfection par des musiciens surdoués. Un concert d’1h45 passé comme un instant dont on aurait repris une bonne heure de musique. Un groupe magnifique, une musique prenante et envoûtante. Le rock Progressif à son top.

Setlist :

The Frost
Demons
Put It Right
Our Mire
Versions Of The Truth
Every Trace Of Us
Dead In The Water
All That’s Left
Now It’s Yours
Fend For Yourself
Rubicon
Different World
To Forget
It Leads To This
Give Back
The Final Thing On My Mind
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In Exile
Alone At Sea

 

PS Une vidéo de l'excellente Rubicon que je trouve incroyable qui rend grâce au génie de Gavin Harrison : légèreté, technicité hallucinante, impression de facilité déconcertante, la parfaite alchimie entre détente et puissance ... 

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