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S’il y avait une tournée que les fans de melodeath ne pouvaient décemment pas manquer cette année, c’était bien le Rising From The North Tour ! Quel line up ! Trois poids lourds emblématiques nés dans les années 90, trois noms suédois que nul ne saurait ignorer : Arch Enemy, In Flames et Soilwork réunis pour vous apporter une dose de “Pure Fuckin’ Metal“. Elle est pas belle la vie ? Cette affiche a honoré la France de deux dates. L’une d’entre elles dans la capitale, au Zénith. Je ne pouvais clairement pas laisser passer cela. La soirée commence logiquement avec le moins gros groupe du trio mais pas le moins talentueux : Soilwork. Vu ses derniers albums, je dirais même qu’il enterre la concurrence et mériterait de figurer en tête d’affiche mais passons… Une petite crainte se manifeste juste avant le concert : et si Soilwork souffrait des conditions classiques d’un groupe de première partie, à savoir son au rabais et light show malingre ? Dès les premières secondes de Stabbing The Drama qui sonne le coup d’envoi, je suis rassuré… le son est massif, puissant et clair… ça va tabasser ! 
Le groupe le sait, ses dernières réalisations n’ont pas à rougir si on les compare aux albums plus fondateurs / anciens qui les a révélés… et il peut en être fier. Cela se ressent dans la setlist - intéressante - proposée ce soir car aucun titre issu des quatre premiers disques du combo ne sera joué (en cela, la conduite adoptée ne diffère pas trop des habitudes, Soilwork privilégiant ses sorties les plus récentes depuis des années). On s’en était déjà rendu compte en 2023 lors de leur passage à la machine du Moulin Rouge, la bande à Björn, déjà très bonne auparavant, ne cesse de progresser sur scène et offre des performances de plus en plus scotchantes… et ce soir, cela se confirme encore une fois. Ainsi, Arrival, avec ses blasts de malade, nous atomise complètement et même des titres moins ébouriffants comme Exile (surprenant car issu de l’impopulaire Sworn To A Great Divide) ou Distortion Sleep se révèlent réjouissants. Une partie du public est carrément conquise, l’autre semble mal connaître le groupe mais on voit bien des regards ou expressions impressionnés se dessiner sur certains visages. Le Zénith est déjà très correctement rempli mais la fosse est un peu calme (chose que Strid, en bon frontman tenant de galvaniser les foules, ne manquera pas de faire remarquer à l’assistance). 
Peu importe, les gars de Soilwork donnent tout. Les guitaristes excellent (notre Sylvain national est toujours expert en tirage de langue), Rasmus maltraite sa basse et balance des choeurs (plus black que death, soit dit en passant) extrêmes bien sentis, le jeu de batterie de Bastian est remarquable, les claviers de Sven sont indispensables pour poser les ambiances chères au groupe… mais celui qui m’impressionne le plus, c’est évidemment Björn Strid dont le chant semble s’améliorer à chaque nouvelle tournée. Quelle puissance, quelle maitrise et quelle justesse !!! Aussi bien dans les grosses gueulantes velues que dans les aigus ou les parties plus mélodiques. Le groupe teste sur nous son tout nouveau single, Spirit Of No Return, fraichement sorti pour cette tournée et ce dernier passe très bien. Mais le meilleur reste à venir : entre speederies épiques (Övergivenheten, The Ride Majestic), mid-tempo aussi groovy qu’endiablé au refrain qui tue (incroyable et intense Death Diviner) ou single ultra catchy impeccable pour une telle affiche en guise de conclusion (Stalfagel), les Suédois ne font pas de prisonniers. Neuf morceaux, quarante-cinq minutes menées tambour battant… Et je me dois donc de le répéter : Soilwork mérite une reconnaissance plus grande. C’est une évidence. 
Setlist Soilwork : Stabbing The Drama Arrival Exile Distortion Sleep Spirit Of No Return Övergivenheten Death Diviner The Ride Majestic Stalfagel A peine vingt petites minutes après la fin de cette jolie mise en bouche et voilà que débarque déjà In Flames avec un show visuel plus poussé reposant globalement sur un nombre important de lumières sur scène. Le groupe a beaucoup changé depuis la dernière fois où j’ai croisé sa route (oui, notre relation a connu quelques déboires et je n’ai pas été le voir depuis la tournée pour l’album Come Clarity en 2006 il me semble). De l’époque où j’allais volontiers et régulièrement voir ce pionnier du death mélodique sur scène, je ne reconnais que Anders Fridén et Björn Gelotte. J’ai hâte de voir ce que donne ce line-up (qui compte tout de même l’ex-Megadeth Chris Broderick à la guitare) et suis curieux de découvrir les choix du groupe en terme de setlist (en croisant les doigts pour que quelques vieilleries soient de la partie).  
Justement, le set démarre bien avec Cloud Connected, hit extrait de Reroute To Remain (album que j’aime beaucoup). Gros son, lumières de folie, titre de qualité, public réveillé… pas difficile dans ces conditions de rentrer dans ce concert. Take This Life déboule en seconde position avec sa vitesse et sa hargne… parfaite pour enfoncer le clou. La plus récente Deliver Us (là, on entre dans la partie de la carrière du groupe que je connais moins pour cause de désintérêt) marque également des points… Tout est en place et les titres proposés sont hyper entraînants. Mais il y a un bémol. Anders est en petite forme vocale. Enfin, tout est relatif, ses growls sont puissants et m’impressionnent, par contre, quand il s’agit de faire dans le mélodique et passer en chant clair, c’est beaucoup plus fragile (et je reste poli). Le frontman a l’air fatigué, même quand il parle entre les morceaux (avec un humour appréciable), on sent que la voix est un peu limite… c’est sans doute un soir sans (c’est du moins ce que je pensais avant que deux connaissances me confient avoir vu le groupe plusieurs fois ces dernières années et que Fridén n’était pas un très bon vocaliste live et massacrait régulièrement ses parties en chant clair). 
La suite du show propose titres plus ou moins dispensables (à mon sens… comme Paralyzed ou Voices) avec quelques petites tueries bien senties (merci à l’enchaînement Food For The Gods / Coerced Coexistence / Trigger / Only For The Weak qui m’a rappelé ma jeunesse et l’époque où je trouvais ce groupe excellent). Les titres du nouvel album passent plutôt bien, j’aime bien quand Fridén introduit State Of Slow Decay en tant que “disco song“ alors que son tempo rapide défouraille à tout va. Le frontman présente longuement le groupe, toujours avec humour (il dit que Gelotte est un peu comme sa deuxième épouse, un peu plus poilue que la première), nous remercie très chaleureusement en disant à quel point ça le touche qu’on laisse son groupe faire partie de nos vies, ne serait-ce qu’un petit peu… Et la fin du set envoie des compos qui me captivent moins mais restent sympathiques, me permettant tout de même de me rendre compte que I Am Above est un énorme hit qui emporte sans mal l’adhésion de la salle (la mienne comprise). Par contre, je suis un peu déçu par My Sweet Shadow, chanson qui avait retenu mon attention à l’époque de sa sortie, mais que je trouve - avec le recul - pas si passionnante que cela (notamment à cause d’un couplet qui fait retomber la sauce pourtant bien montée par le riff principal et un refrain plutôt efficace). Globalement, le show est carré mais il me manque quelque chose… une performance vocale plus forte mais pas que… le groupe est un poil statique, je me souviens de concerts de folie donnés à l’aube des années 2000, ça n’est plus exactement la même intensité. Cela dit, il ne faut pas être méchant, les gars n’ont plus vingt ans non plus… c’est normal que le groupe ait un peu perdu en fougue. 
Setlist In Flames : Cloud Connected Take This Life Deliver Us Paralyzed In The Dark Voices Food For The Gods Coerced Existence Trigger Only For The Weak Meet Your Maker State Of Slow Decay Alias The Mirror's Truth I Am Above My Sweet Shadow Dernier concert de la soirée : la grosse machine de guerre Arch Enemy. Après un petit Ace Of Spades de la bande à Lemmy gerbé par les enceintes de la salle afin d’annoncer l’arriver du groupe, les Suédois proposent une entrée en matière ultra énergique et speed avec Deceiver, Deceiver suivie de The World Is Yours et House Of Mirrors. La scène est très colorée, on a du gros light show, un son puissant et une Alissa très en voix. Ca bastonne et, évidemment, ça joue avec une vitesse et une précision qui intiment le respect.  
En quatrième place, c’est My Apocalypse, gros hit qui fait toujours son effet avec sa rythmique imparable et son ambiance glauque renforcée par des lumières vertes qui lui vont très bien. A l’instar de Soilwork, on constate vite que Arch Enemy n’est pas un groupe qui joue la carte de la nostalgie. En effet, loin de s’appuyer sur un passé plus ou moins glorieux, la formation met principalement en avant l’ère White-Gluz, ne proposant que deux titres de la période Angela Gossow (My Apocalypse, déjà cité, et bien sûr l’imparable Nemesis en fin de set). Petite nouveauté sympa : le récent Dream Stealer nous est offert ainsi que le single Liars & Thieves tout frais (tellement frais qu’il n’était même pas encore sorti au moment du concert). Ces deux nouvelles compos montrent un Arch Enemy conquérant, speed et agressif. Ca n’est pas pour me déplaire… 
A part ça, Alissa nous fait allumer nos portables pour éclairer la pénombre, nous sort du « Paris, ça va bien ? » en français, fait taper les mains des fans en rythme, l’ambiance est franchement bonne, on ne va pas s’en plaindre… même si, ayant déjà vu quelques shows du groupe auparavant, je trouve que tout cela manque un peu de surprise ou de spontanéité. Les titres s’enchainent sans temps mort et on se prend du hit en pleine face (War Eternal fait toujours son petit effet). Bon, personnellement, j’aurais bien troqué The Eagle Flies Alone et First Day In Hell qui font un peu retomber la pression contre quelques anciennetés comme Ravenous ou Silent Wars mais ça va (quand est-ce que le groupe se décidera-t-il à me consulter pour ses setlists quand même ?). 
Les musiciens sont impeccables, la rythmique est solide et tenue au millimètre, le duo Amott et Concepcion nous régale avec ses riffs monstrueux et solos virtuoses, White-Gluz reste une vocaliste plus que solide… on notera qu’elle insère quelques petites touches de chant clair par endroit alors qu’elles étaient absentes des versions studio mais ça le fait bien… et le final du concert est dantesque en enchainant As The Pages Burn, Sunset Over The Empire (sur laquelle le public est longuement invité à donner de la voix), l’imparable Handshake With Hell et la tuerie Nemesis. Arch Enemy a donc convaincu sans mal. Leur show est ultra pro, parfaitement huilé, sans grande surprise ou magie (oui, je suis tatillon, désolé) mais hyper efficace. 
Setlist Arch Enemy : Deceiver, Deceiver The World Is Yours House Of Mirrors My Apocalypse Dream Stealer War Eternal Liars & Thieves The Eagle Flies Alone First Day In Hell As The Pages Burn Sunset Over The Empire Handshake With Hell Nemesis Fields Of Desolation Au final, une belle soirée bien rythmée qui valait le déplacement - même si elle ne fut pas forcément parfaite - pour les amateurs de death mélodique suédois et fans des groupes mobilisés. Un grand merci à Live Nation pour l’accréditation !
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